"On sait ce qu’il faut faire, maintenant il faut le faire", prévient le président du Conseil scientifique

"On sait ce qu’il faut faire, maintenant il faut le faire", prévient le président du Conseil scientifique

ECLAIRAGE - Invité d’Elizabeth Martichoux ce mardi, le Professeur Delfraissy, président du Conseil scientifique, est revenu en détail sur les conditions pour réussir la sortie du confinement.

Essai clinique prometteur, vidéos de jeunes dansant dans la rue en plein confinement, réouvertures des écoles, port du masque obligatoire, tests… A quelques heures de la prise de parole attendue d’Edouard Philippe sur la stratégie gouvernementale pour l'après 11 mai, le président du Conseil scientifique Covid-19, invité d’Elizabeth Martichoux ce mardi, est revenu sur certains faits qui ont marqué l’actualité des derniers jours tout en détaillant les conditions d’une sortie de confinement réussie.

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Elizabeth Martichoux : L'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a révélé avoir mené un essai clinique sur un traitement qui freinerait le passage en réanimation. C’est un espoir ? 

Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique : C'est un espoir prometteur. Les enjeux du traitement du Covid sont d'abord un antiviral qui permettrait de bloquer l'infectiosité et depuis plusieurs semaines, ce sont aussi les traitements des formes graves. Le traitement en question utilisé dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde est un anti-inflammatoire qui permettrait de réduire la mortalité-morbidité. Ce sont des premiers résultats, ils ont bons à prendre, ils doivent être confirmés.

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E. Martichoux : Que vous ont inspiré ces images de jeunes sortis danser dans la rue ce week-end. Ça vous a choqué ?

J.-F. Delfraissy : C’est l'un des risques. Dire que ça nous fait plaisir, non… Néanmoins, je maintiens ma position. J'ai confiance dans l'intelligence des Français, nous faisons des recommandations mais en aucune façon, ce sont des obligations. Ce sont des choix de responsabilité individuelle.

Tout le monde a bien compris que le confinement doit s’arrêter, personne ne souhaite la poursuite du confinement. Il avait pour objectif, je le rappelle, de réduire le nombre de formes graves et de décès ; et deuxièmement de réduire la vitesse de circulation du virus. Début mars, on avait plusieurs dizaines de milliers de nouveaux cas chaque jour d’infections par le Covid en France. On estime qu’on sera mi-mai avec une vitesse de circulation passée de 3,4 à 0,6 dans notre jargon "R zéro" avec quelques milliers de nouveaux cas chaque jour, 2000 ou 3000 selon nos estimations. C’est très important car c’est le moment où tous les moyens dont on parle pourraient être utilisés pour dépiter ces nouveau cas. L’enjeu majeur, c’est que la vitesse de circulation ne reparte pas, c’est qu’on arrive à vivre avec donc il faut de la discipline. C’est un déconfinement et qui va se faire de façon progressive.

E. Martichoux : S'agissant de l'épineuse question de la réouverture des écoles, vous recommandiez initialement, pour une sortie de confinement réussie, qu'elle ait lieu qu'en septembre. Le gouvernement a décidé de ne pas suivre cette recommandation, que pouvez dire aux parents inquiets ?

J.-F. Delfraissy : Les connaissances sur le Covid évoluent sinon de jour en jour, de semaine en semaine. Pour rassurer les parents, il n y a pas de risques d'aller à l'école pour les enfants puisqu'ils ne développent pas de formes graves et que quand ils font une infection, en général, il y a assez peu de virus avec une transmission relativement faible. 

Le problème est le suivant : quand on réunit un certain nombre de petits enfants avec lequel il est dur de respecter la distanciation sociale, il y a un risque qu'ils se contaminent sans grande conséquence pour eux-mêmes donc, mais en revanche quand il rentrent chez eux, ils retrouvent frères et sœurs, parents et éventuellement grands-parents. Et, ça peut être une chaîne de transmission. D’où notre positionnement initial qui était de dire : "ne prenons pas ce risque".

En sens inverse, il n y a pas que le risque sanitaire, il y a des enjeux sociétaux, il y a notamment des enfants qui ne supportent plus le confinement, et des familles où c’est très compliqué avec des violences. Donc, il y a eu une décision politique qui a pris en compte ces aspects à la fois sanitaires, sociétaux et nous en prenons acte. Nous avons émis à partir de là un certain nombre de recommandations pour éviter que les écoles deviennent une sorte de foyer d'infection, même si cela est d'ailleurs peu probable.

E. Martichoux : Ne doit-on pas voir malgré tout dans ces nombreuses recommandations, un certain scepticisme de la part du Conseil scientifique ?  

J.-F. Delfraissy : Non, ça dit uniquement notre prudence. On n'est pas seuls dans le monde, il y a d’autres pays concernés à coté. L’Allemagne par exemple rouvre ses classes avec à peu près le même modèle que celui que nous préconisons. Pourquoi les Français ne pourraient pas avoir une attitude assez proche de celle de nos voisins allemands ? Et si, en plus, au sortir du Covid, on apprenait que certaines pratiques sont une bonne chose, ça serait positif pour les générations futures.

Je reconnais bien sûr que ça va être difficile, et en particulier s'agissant des petits enfants, il va y avoir de l'adaptation. 

L'imagination doit être un petit peu au pouvoir. Laissons faire les enseignants, les administratifs, les parents d’élèves, les collectivités locales...

E. Martichoux : S'agissant du port du masque, vous maintenez que ça serait l’idéal que tout le monde en porte dès que l'on sort de chez soi à partir du 11 mai ?

J.-F. Delfraissy : Oui, je pense qu'il faut des masques pour tous les Français qui sortent dans l'espace public au sens large pour le déconfinement. Clairement, il faut des masques. Qu'ils soient usuels, artisanaux car ils ont pour objectif premier, rappelons-le, de protéger les autres : on peut être porteur du virus sans le savoir. Et par ailleurs, le masque permet de se protéger un peu. 

Mais l'utilisation des masques ne doit pas faire oublier les mesures de distanciation sociale.

E. Martichoux : Que dire des importantes disparités géographiques face à ce virus ?

J.-F. Delfraissy : Je comprends que l’aspect régional puisse interpeller, nous y avons d'ailleurs beaucoup réfléchi, sachant que le niveau de circulation du virus est en effet très différent dans la région parisienne et dans le Sud-ouest par exemple.

On aurait donc pu imaginer une stratégie de déconfinement par région, ou par département. Mais, il faut avoir à l'esprit qu'il va y avoir des mouvements de population importants. Une grande partie des Parisiens va probablement revenir tandis qu'à l'inverse, un certain nombre de seniors qui n ont pas eu le temps de partir vont quitter la région parisienne. (...) Donc on voit bien que la vision de bastions un peu sacralisés, ne va pas tenir sur le moyen terme.

E. Martichoux : Sur la question des tests, qui devra-t-on tester ?

J.-F. Delfraissy : D’abord, rappelons qu'il y aura deux types de tests. Je parle des tests diagnostiques. Nous en avions 3.000 par jour, nous en avons environ 45.000 par jour et nous devrions en avoir environ entre 100.000 et 120.000 début mai. La France n’a pas pu tester massivement en février, il ne faut pas retomber dans ce piège. La sortie du confinement doit s'appuyer sur de très nombreux tests. Qui tester ? D'abord les personnes qui ont des symptômes, ça c’est le bon sens mais il faut aller beaucoup plus loin, avec notamment une personne qui a un doute et qui pense avoir été en contact avec une personne porteuse. L’ensemble de ces tests vont être réalisés dans le public et dans le privé, et il va se monter toute une série de stratégies de l’utilisation de ces tests.

Néanmoins, les tests, c'est bien mais c’est pas suffisant.La personne qui est testée positive, qu'est-ce qu'on en fait ? C’est la deuxième partie. Et bien des équipes vont aller voir les personnes pour lui demander de rester chez elle ou d’aller a l’hôtel, c’est elle qui choisit, là encore rien n’est imposé.

S'agissant de cette "brigade" de personnes qui mèneront les interrogatoires, le chiffre de 30.000 que j'ai pu évoquer sur la base de qu'il s'est fait ailleurs dans le monde, est à prendre avec des pincettes. C’est en train de se monter. L'aspect opérationnel qui va être décliné par nos autorités politiques d'ici le 11 mai est le point majeur. On sait ce qu'il faut faire en terme de décision de santé publique, donc maintenant il faut le faire.

E. Martichoux : Enfin, qu'en est-il de votre première recommandation qui visait à envisager la prolongation du confinement pour les personnes âgées après le 11 mai ?

J.-F. Delfraissy : Je n’ai jamais dit ça, on m’a fait dire ça ou j'ai mal été compris. J’ai indiqué lors de mon audition au Sénat qu'il y avait une fraction de la population, dont font partie les personnes les plus âgées, qui était plus à risque de développer une forme grave et donc, le 11 mai, cette population qui comporte pratiquement de 15 millions de personnes, était plus a risque. Il était donc de notre rôle, de Conseil scientifique et de médecins, de le dire mais en aucune façon, nous avons dit qu'il fallait imposer une prolongation de confinement à ces personnes.

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