Un "monsieur" ou "madame vaccin"... pour quoi faire ?

Un "monsieur" ou "madame vaccin"... pour quoi faire ?

STRATEGIE SANITAIRE - Le scénario de la couverture vaccinale face au Covid-19 sera l'un des points les plus sensibles de la gestion de la crise sanitaire dans les mois à venir. Pour organiser cette étape, l'exécutif envisage de nommer une personnalité extérieure au gouvernement.

C'est l'une des étapes les plus cruciales de la gestion de la crise sanitaire qui s'annonce pour les mois à venir. Après les essais concluants de plusieurs candidats-vaccins annoncés par les laboratoires, la France doit se préparer, comme les autres pays, à organiser la couverture vaccinale de la population à partir du début de l'année 2021. 

Si les avancées de la recherche ont été saluées unanimement, la mise en œuvre de cette politique vaccinale s'annonce particulièrement complexe. A tel point que le dossier, entre les mains du ministre de la Santé Olivier Véran, pourrait être confié en parallèle à une personnalité transversale, probablement extérieure au gouvernement. Une source gouvernementale a en effet indiqué mercredi que la nomination d'un "monsieur" ou d'une "madame vaccin" était désormais sur la table, sans donner de détail sur le profil recherché. 

Cette nomination ferait écho à celle, au printemps dernier, de Jean Castex, "monsieur déconfinement", qui avait eu la charge de coordonner l'action de l'exécutif et de son administration dans la période de sortie du premier confinement, avant sa nomination à Matignon en juillet. Une fonction interministérielle qui était placée sous l'égide du Premier ministre, et devait aussi assurer la courroie de transmission avec le monde de la santé et les acteurs économiques et sociaux. En d'autres termes, une fonction pilotée directement depuis le sommet de l'Etat. 

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Si une telle nomination est envisagée, c'est parce qu'une politique vaccinale, qu'il s'agisse du Covid-19 ou d'un autre virus, est l'un des chantiers les plus complexes à mettre en œuvre. D'autant que la France doit organiser, en parallèle et de façon synchronisée, l'assouplissement des règles sanitaires tout en évitant une troisième résurgence de la pandémie, ce qui mobilise la quasi-totalité des ministres.

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Le premier chapitre est logistique. La ministre Agnès Pannier-Runacher a indiqué, jeudi sur LCI, qu'une "task force" était déjà en place au sein de l'exécutif, et qu'elle s'était "renforcée" pour piloter "l'ensemble du travail sur les vaccins"

Dès que l'ensemble des contrats auront été signés entre l'Union européenne et les laboratoires, et que l'homologation du ou des vaccins sera effective, les autorités devront s'assurer que la production sera suffisante pour répondre aux besoins de la population. Un "monsieur vaccin" devrait aussi veiller à ce que les échantillons ainsi produits soient ensuite acheminés dans les bonnes conditions, avec les contraintes de conservation qu'imposent chacun des vaccins qui seront sur le marché. 

Qui vacciner ? Avec obligation ou non ?

Le second défi sera de déterminer qui devra être vacciné, du moins dans la première phase qui commencera début 2021. L'exécutif devra attendre un avis de la Haute autorité de santé (HAS) sur le sujet, sur la base d'une évaluation scientifique des vaccins. L'OMS a d'ores et déjà indiqué que les soignants et les publics prioritaires seront les premiers concernés. En France, on estime entre 17 et 22 millions le nombre de personnes pouvant être considérées comme "vulnérables". Un "monsieur vaccin" devra ainsi organiser concrètement l'ordre des priorités dans la vaccination. 

L'exécutif n'a d'ailleurs pas tranché, pour l'heure, sur la stratégie vaccinale : faudra-t-il se cantonner aux publics vulnérables, ou bien envisager une couverture de l'ensemble de la population ? Et faudra-t-il ou non rendre le vaccin obligatoire ? Des sujets brûlants, d'autant que les autorités scrutent avec fébrilité l'état de l'opinion française, beaucoup moins prompte que d'autres pays à se faire vacciner. Selon un sondage Odoxa pour BFM publié mercredi soir, seuls 4 Français sur 10 envisageraient de se faire vacciner contre le Covid, un chiffre en baisse par rapport à la fin du mois d'octobre, invoquant notamment le manque de recul sur le virus et la peur des effets indésirables. 

"Nous espérons tous que les vaccins puissent se développer, qu’ils soient efficaces et qu’ils seront recourus par nos concitoyens", a résumé Jean Castex mardi soir devant la commission d'enquête sur le Covid-19 à l'Assemblée nationale. "Tant que je n’ai pas ces trois conditions remplies il est de mon devoir d’organiser une gestion au long cours."

Comment vacciner ?

Le troisième chapitre, non moins sensible, concerne le déploiement de la vaccination pour les millions de Français qui seront concernés. L'exécutif et son possible "monsieur vaccin" devront trancher la question des lieux de vaccination, un sujet qui avait alimenté la polémique lors de la crise du H1N1 en 2009. Comme l'a rappelé Le Monde, un rapport parlementaire de 2010 avait rappelé que l'ouverture de plus d'un millier de centres de vaccination, sans le concours des cabinets de médecine libérale, des infirmiers libéraux et des pharmaciens, avait suscité la colère de ces professionnels de santé, et s'était soldée par un taux de vaccination bien inférieur aux objectifs attendus. La question de l'implication de ces soignants pour la vaccination contre le Covid-19 devrait donc être au cœur des réflexions. 

Avec la possible nomination d'une personnalité en charge de coordonner cette politique, l'exécutif veut également éviter de prêter le flanc à des critiques similaires à celles qui ont émaillé l'approvisionnement en masques, puis le déconfinement du pays au printemps dernier. Une gageure dans une période où l'union nationale autour de la crise sanitaire n'est plus qu'un lointain souvenir. 

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