Non, la France ne décroche pas "la palme de la récession la plus sévère des pays du G7"

Eric Woerth, le 10 juin 2020, à l'Assemblée nationale
Politique

CHIFFRES - Enjoignant le gouvernement à des réformes urgentes, Éric Woerth a affirmé mardi devant l'Assemblée nationale que la France était le plus mauvais élève du G7 en matière de croissance. Ce qui est faux.

Quand l'introduction ne sert pas la conclusion. Face aux députés ce mardi 15 septembre, Éric Woerth a avancé les données de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) afin de bâtir son argumentaire sur la nécessité d'une réforme "urgente" en France. Dans son propos liminaire (voir la vidéo ci-dessous), le président de la commission des Finances a donc affirmé que le pays "plonge deux fois plus fort que l'Allemagne au premier semestre" et qu'il "décroche la palme de la récession la plus sévère des pays du G7". Une allégation contredite par les chiffres.

Vrai au premier trimestre, pas au deuxième

De fait, Éric Woerth cite directement l'OCDE, dont les ressources sont toutes disponibles en ligne, et notamment celles sur la croissance trimestrielle des principales économies mondiales. Sans surprise, on y lit que le PIB de la France s'est écroulé au premier trimestre de l'année 2020 (-5,9%). L'institution relevait alors que "parmi les sept grandes économies, le PIB a significativement chuté en France et en Italie (-5,4%, ndlr), où les mesures de confinement ont été les plus strictes et mises en œuvre plus tôt". 

Des indicateurs bien plus mauvais que ceux de l'Allemagne, dont la récession n'atteignait que 2 points de PIB entre janvier et mars. Il est donc exact de dire que l'économie hexagonale plongeait - au premier trimestre - "deux fois plus fort que l'Allemagne"

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Reste que ces courbes ont fortement évolué au deuxième trimestre, avec l'arrivée du Royaume-Uni sur le podium des mauvais élèves. Et pour cause, de l'autre côté de la Manche, le PIB a dégringolé de 20,4%, loin, très loin, devant la France, dont la richesse continuait malgré tout sa contraction, à -13,8%. Résultat, si les chiffres du premier semestre ne sont pas bons pour la France, ils restent meilleurs que le Royaume-Uni. 

Les six premiers mois de 2020, marqués par l'arrêt de l'activité mondiale à cause de la crise du coronavirus, auront ainsi fait chuter le PIB français de 18,9 points contre 22,2 points pour celui des Britanniques. En Allemagne, avec -9,7% au deuxième trimestre, la baisse s'établit à -11,7% pour la totalité du semestre. Un recul qui, là-encore, n'est donc pas "deux fois plus fort" qu'en France.  

L'Italie au plus mal sur l'ensemble de l'année

Quant à l'année 2020 dans son ensemble, selon les dernières projections de l'OCDE, c'est finalement l'Italie qui décrocherait cette malheureuse "palme de la récession la plus sévère des pays du G7", pour reprendre les mots du député de droite. Avec un PIB qui devrait perdre 10,5 points, la Péninsule devance de peu le Royaume-Uni (-10%) et... la France, en troisième position, qui pourrait, elle, perdre 9,5 points de sa richesse.

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