"On aurait dû tout arrêter, c'était une mascarade" : les propos sidérants d'Agnès Buzyn au sujet des municipales

"On aurait dû tout arrêter, c'était une mascarade" : les propos sidérants d'Agnès Buzyn au sujet des municipales
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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

CRISE SANITAIRE - Selon des propos rapportés par Le Monde, la candidate LaREM aux municipales à Paris, ex-ministre de la Santé, assure avoir compris dès son départ du ministère que le coronavirus allait toucher durement la France. Agnès Buzyn fait part de ses remords et estime que les élections municipales auraient dû être annulées. Dans un communiqué, elle a estimé que ces propos avaient été sortis de leur contexte et assuré le gouvernement de son soutien.

Ses propos font l'effet d'une bombe, alors que la France vient d'entrer dans une période de confinement face à la pandémie de coronavirus qui frappe son territoire. Dans un entretien rapporté mardi par Le Monde, Agnès Buzyn se livre à un surprenant étalage de ses doutes quant à la campagne qu'elle vient de mener pour les élections municipales à Paris. 

L'ancienne ministre de la Santé, qui avait quitté le gouvernement mi-février pour conduire la liste de la majorité présidentielle à la place de Benjamin Griveaux, confie avoir mené une campagne minée par le sentiment que la vague pandémique était inévitable. "Depuis le début, je ne pensais qu'à une chose : au coronavirus", assure au Monde celle qui a décidé de suspendre sa campagne lundi en raison de la crise sanitaire. 

La candidate LaREM, arrivée en troisième position au premier tour, va beaucoup plus loin. "On aurait dû tout arrêter, c'était une mascarade. La semaine dernière était un cauchemar. J'avais peur à chaque meeting. J'ai vécu cette campagne de manière dissociée", raconte-t-elle, "effondrée" et en larmes, selon la journaliste du Monde.

"L'hôpital va avoir besoin de moi", pense-t-elle, désormais libérée de ses activités politique. Puis elle lâche : "Il va y avoir des milliers de morts."

"La vague du tsunami était devant nous"

Des propos qui contredisent de plein fouet le choix du gouvernement, et d'Emmanuel Macron, d'avoir maintenu le premier tour du scrutin le 15 mars - l'exécutif s'était alors fondé sur les recommandations du Comité scientifique chargé de la crise du Covid-19. 

Des propos, aussi, qui jettent le trouble. Dans cet entretien, Agnès Buzyn raconte avoir alerté le directeur général de la santé, alors qu'elle était encore ministre, après avoir été "la première", pense-t-elle, à découvrir les cas de pneumopathies en Chine décrites sur un blog le 20 décembre. "Le 11 janvier, j'ai envoyé un message au Président sur la situation", indique l'ex-ministre de la Santé. "Le 30 janvier, j'ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein." 

Ce qui n'a pas empêcher l'ex-ministre de sauter le pas, "sans pression" d'Emmanuel Macron ou d'Edouard Philippe, et de quitter le gouvernement volontairement pour aller se présenter à Paris.

Agnès Buzyn a été critiquée pour avoir déclaré, le 24 janvier, alors que le Covid-19 semblait encore loin du sol national, que "le risque de propagation du coronavirus est très faible". "Je n'aurais pas dû prononcer ces mots", regrette-t-elle, tout en assurant avoir "tout préparé" au ministère avant de partir "malgré une inertie".

L'opposition réclame des comptes

Les propos rapportés d'Agnès Buzyn ont suscité une réaction immédiate de l'opposition politiquel. Le député LFI Jean-Luc Mélenchon a exigé que la mission d'information mise en place à l'Assemblée nationale pour suivre l'épidémie se saisisse des propos de l'ex-ministre.

"Malgré l'unité nationale, on ne peut se taire sur cette bombe : Agnès Buzyn admet donc que le gouvernement savait que l'épidémie allait être gravissime, et qu'il a tenté de faire comme si de rien n'était ?" a réagi pour sa part le vice-président du RN Jordan Bardella. "Il faudra qu'ils rendent des comptes." "Nous sommes peut-être à l'aube d'un scandale sanitaire majeur", a également estimé, peu après, Marine Le Pen sur Twitter. 

Sollicités par LCI, deux des têtes de listes de la candidate aux municipales à Paris n'avaient pas répondu mardi en début d'après-midi. "Pour l'instant, je ne sais pas quoi répondre. Du tout", a simplement réagi par SMS un soutien proche d'Agnès Buzyn. Signe du choc provoqué par les propos de l'ancienne ministre, qui semble avoir pris ses équipes de court. 

Agnès Buzyn "regrette la tonalité" de l'article

"Lorsque j’ai appris l’émergence du Coronavirus en Chine, j’ai eu l’intuition qu’une épidémie pouvait se profiler et ne pas se cantonner à la Chine", s'est justifiée l'ex-ministre dans un communiqué. "C’est vrai, j’ai exprimé mon inquiétude depuis le premier jour parce que c’était mon rôle", assurant avoir reçu "le soutien immédiat du président de la République et du Premier ministre", qui ont "très tôt considéré le virus comme une menace sérieuse". 

"En janvier, il n’y avait aucune alerte sérieuse de l'OMS, aucun consensus entre les médecins, les avis n’étaient pas unanimes quant à la diffusion possible en tant que pandémie du Coronavirus", poursuit Agnès Buzyn. "Nous avons cependant toujours choisi de prendre en compte les hypothèses les plus sévères."

Elle reconnaît s'être adressée au Premier ministre en lui disant "si la France en arrive à être touchée par un pic épidémique, alors il se pourrait que les municipales ne puissent pas se tenir", tout en disant avoir été "totalement solidaire" de l'organisation du scrutin. 

"Les propos, recueillis en pleine crise, doivent être pris dans leur contexte", explique enfin Agnès Buzyn. "Je regrette l'utilisation du terme de 'mascarade', qui dans mes propos concernait le fait de débuter des discussions de fusions de listes électorales dans le contexte que l'on connait. Je regrette la tonalité de cet article et l’utilisation qui en est faite en cette actualité où tout le pays doit être tourné vers la gestion de crise."

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