Corse : ce que les dirigeants nationalistes demandent à Emmanuel Macron et Edouard Philippe

REVENDICATIONS - Edouard Philippe recevait lundi les dirigeants nationalistes corses Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, en amont d'une visite d'Emmanuel Macron sur l'île de Beauté le 6 février. Parmi les sujets abordés : le statut de la Corse et de sa langue, la question foncière et le rapprochement des prisonniers.

Emmanuel Macron se met à l'heure corse. Le 6 février prochain, deux mois après l'écrasante victoire des nationalistes aux élections territoriales, le président de la République effectuera un séjour sur l'île de Beauté, afin de commémorer les vingt ans de l'assassinat du préfet Erignac. 


Le déplacement marquera aussi le début du dialogue entre le chef de l'Etat et cette collectivité, avec une liste de dossiers et de revendications en souffrance depuis plusieurs décennies. A cet effet, les deux dirigeants nationalistes, l'autonomiste Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de corse, et l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, étaient reçus lundi après-midi à Matignon pour un premier tour de chauffe avec Edouard Philippe. Ils devaient également rencontrer, mardi, les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, Gérard Larcher et François de Rugy, en pointe sur le projet de révision constitutionnelle à venir qui intéresse tout particulièrement ces élus. Les nationalistes portent une série de revendications après une première visite sur l'île, début janvier, de la ministre Jacqueline Gourault.  "L'état d'esprit est au dialogue", a fait savoir Matignon en amont de la rencontre de lundi. 

Revendication constitutionnelle et autonomie

Le premier point des discussions concerne l'inscription de la référence à la Corse ou au "peuple corse" dans la Constitution française, une vieille revendication des nationalistes.  Une hypothèse qui n'est pas exclue par le gouvernement, lequel indique "réfléchir" à la question. 


Encore faut-il préciser la portée d'une telle révision constitutionnelle. Pour les nationalistes, il n'est pas question d'une simple modification de façade, mais de "coconstruire avec l'Etat un statut d'autonomie", a expliqué lundi, sur LCI, le leader autonomiste Gilles Simeoni. Pour ce dernier, cette autonomie se justifierait par "une histoire, une langue, une culture, une insularité" et se traduirait par "une façon de permettre des lois spécifiques" sur l'île ou bien "l'adaptation de lois générales". 


Pour l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, qui s'est exprimé également sur LCI, il n'est "pas question d'engager un processus d'indépendance pour les dix ans qui viennent", mais c'est bien l'indépendance qui est l'objectif recherché "à terme". 

La question de la langue corse

La réforme constitutionnelle souhaitée par les dirigeants corses devrait notamment permettre la reconnaissance de la "co-officialité" de la langue corse, ce que l'article 2 de la Constitution interdit. "Si nous n'avons pas un dispositif propre à la Corse dans la Constitution, nous allons toujours nous voir opposer, soit d'autres articles, soit des principes constitutionnels", prévenait ainsi Jean-Guy Talamoni lundi dans Corse-Matin


Pour Gilles Simeoni, cette question de la langue corse "complémentaire du français" est "le point dur de la discussion" à venir avec le gouvernement. Début janvier, la ministre Jacqueline Gourault avait en effet écarté cette revendication. 

La question foncière

Autre demande des nationalistes : la création, demandée depuis plusieurs années, d'un statut de résident ne permettant qu'aux personnes établies depuis plus de cinq ans en Corse de pouvoir acheter un bien. Une façon, justifie Gilles Simeoni sur LCI, de lutter contre "le phénomène de spéculation" qui "exclue de la propriété" une partie des insulaires. Cette mesure est, en l'état, contraire au droit français. 


Il est question également de restreindre "le tourisme de masse, prédateur", au profit d'un "tourisme durable, respectueux de l'environnement et permettant le développement d'autres activités", a plaidé Gilles Simeoni. 


Sans détailler les intentions du gouvernement, Jacqueline Gourault avait indiqué début janvier que le projet de réforme constitutionnelle pourrait s'accompagner de certaines évolutions, sur la question foncière ou encore l'éventuel aménagement de la loi littoral. 

Le rapprochement des prisonniers

Le gouvernement pourrait également rouvrir les discussions au sujet des prisonniers corses incarcérés sur le continent, une vieille revendication, là encore, des nationalistes, qui parlent de "prisonniers politiques". Jean-Guy Talamoni réclame toujours l'amnistie pour les trois membres incarcérés - dont Yvan Colonna - du commando condamné pour l'assassinat, il y a vingt ans, du préfet Claude Erignac


"Nous posons la question de l'amnistie dans des termes de principe", a également indiqué Gilles Simeoni, pour qui "cette période douloureuse est derrière nous". Toutefois, admet le dirigeant politique, "nous savons que l'amnistie est un point infranchissable. La moindre des choses est d'appliquer à Yvan Colonna [et aux autres membres du commando] le principe du rapprochement en Corse", réclamé par les familles. Un sujet qui pourrait être au menu de la visite d'Emmanuel Macron début février. 

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