"Le politique décide" : l'exécutif veut tenir sa ligne malgré la pression accrue des médecins

"Le politique décide" : l'exécutif veut tenir sa ligne malgré la pression accrue des médecins

MESURES SANITAIRES - Face à la situation épidémique, médecins et scientifiques multiplient les mises en garde, appelant notamment à fermer immédiatement les écoles. L'exécutif, qui se donne quelques heures supplémentaires pour évaluer la situation, tente de garder le cap édicté depuis janvier par Emmanuel Macron.

"Tenir ensemble." Le slogan utilisé par l'exécutif pour mobiliser les Français face à la crise sanitaire, il pourrait se l'appliquer à lui-même. Alors que les médecins et les scientifiques multiplient les avertissements sur la situation hospitalière, il s'agit bien, pour Emmanuel Macron, de "tenir" la ligne édictée depuis le mois de janvier. Il y a deux mois, le président de la République avait choisi d'éviter un nouveau confinement, faisant valoir un choix "politique" face au tout-sanitaire, consistant à prendre en compte non seulement les données épidémiologiques, mais également sociales, psychologiques et économiques du pays. 

Une stratégie mise à mal par l'accélération de la circulation du virus sur le territoire, qui semble pour l'heure donner raison aux scientifiques qui projetaient une explosion des variants à partir de la mi-mars. Depuis une semaine, les médecins multiplient les avertissements, quitte à faire monter considérablement la pression sur le politique. "Il faut prendre cette fois les bonnes décisions pour l'Ile-de-France", tweetait dimanche l'infectiologue Karine Lacombe, au moment même où Olivier Véran réunissait les directeurs médicaux de l'AP-HP. "Trop de temps gaspillé depuis janvier : des vies perdues, une sortie de crise repoussée. Le printemps s'annonce dur." Sur LCI, son collègue Eric Caumes reconnaissait que la population "ne pourrait plus" supporter un reconfinement total du même type qu'en mars 2020, mais appelait à fermer "immédiatement" les écoles pour "casser les chaînes de transmission" et éviter le débordement des services de réanimation. 

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"Le politique décide", mais jusqu'à quand ?

Si l'exécutif devait changer de cap cette semaine et annoncer des mesures beaucoup plus dures, comment rester cohérent avec cette ligne ? Jusqu'ici, il continue de dérouler sa position de principe. "Le politique décide", répétait dimanche auprès de LCI l'entourage du ministre de la Santé Olivier Véran, en guise de réponse à l'injonction de Karine Lacombe sur Twitter. Par rapport à janvier et février derniers, la tonalité semble toutefois beaucoup plus prudente. Olivier Véran "a assuré les médecins de la pleine compréhension de la situation. Il n'y a aucune naïveté sur le sujet", insistait la même source après la réunion avec les huiles de l'AP-HP. "Un confinement, c'est aussi très violent socialement... Il y a beaucoup de choses à prendre en compte. Dans cette crise, on ne peut pas être dans le tout-sanitaire. Le politique décide, c'est un esprit de conjugaison."

Si Emmanuel Macron continue d'assumer lui-même les choix faits depuis janvier, il multiplie depuis plusieurs jours les signaux laissant comprendre que, si la situation l'exige, au nom du "pragmatisme", l'impératif sanitaire guidera à nouveau ses choix. "La bataille des prochains jours est simple", a-t-il expliqué, selon des propos cités ce week-end par le JDD. "Nous allons regarder l'efficacité des mesures de freinage et nous prendrons si nécessaire celles qui s'imposent. Mais à cette heure, rien n'est décidé."

Pour l'heure, l'exécutif reste écartelé entre plusieurs priorités qui s'entrechoquent. "C'est une équation multiple", a résumé un proche du chef de l'État auprès du Monde. "L'année qui vient de se passer, au-delà de la lassitude, a montré la détresse des étudiants, l'importance de la santé mentale, l'explosion des violences intrafamiliales, l'importance de l'activité physique, la nécessité de protection économique pour plein de secteurs. Vous avez une question de balancier sur tous ces sujets."

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Tensions croissantes entre politique et sanitaire

Depuis le début de la pandémie, il y a un an, les relations entre le pouvoir politique et le milieu médical se sont avérées de plus en plus complexes. De la création du Conseil scientifique en mars 2020 au déconfinement à l'été dernier, les décisions de l'exécutif avaient été largement guidées par l'avis des experts. Les premiers écarts d'appréciation s'étaient ressentis à la rentrée scolaire de septembre 2020, lorsque le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, avait pressé le gouvernement de prendre de nouvelles mesures, essuyant un refus d'Emmanuel Macron. La France ne s'était finalement reconfinée qu'à la fin du mois d'octobre. 

Le même Jean-François Delfraissy, ainsi que le Conseil scientifique, avaient à nouveau plaidé en janvier 2021 pour un troisième confinement, préventif, face à l'arrivée des variants, anticipant une saturation des réanimations à la mi-mars. Il avait essuyé là encore un refus de l'exécutif. Si la France devait se reconfiner strictement dans les prochains jours, les scientifiques pourraient tenir leur revanche sur le "politique", pour la deuxième fois depuis le début de la crise sanitaire en France. 

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