Crise sanitaire : pourquoi le torchon brûle entre le député LaREM Florian Bachelier et le patron de l'AP-HP Martin Hirsch

Le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch, en août 2020.

TENSIONS - La gestion de la crise sanitaire a fait l'objet d'une virulente passe d'armes entre le député LaREM Florian Bachelier et le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch, qu'il accuse de "faire de la politique". Un épisode qui témoigne des tensions récentes entre certains milieux hospitaliers et l'exécutif.

Que s'est-il passé entre eux pour que l'affrontement prenne un tour pareil ? Une passe d'armes sur fond de crise sanitaire a éclaté ces dernières heures entre le député LaREM d'Ille-et-Vilaine Florian Bachelier et le directeur général de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (APHP), Martin Hirsch. 

Dans un entretien sur CNews, le 30 mars, Florian Bachelier s'en est pris frontalement au patron de l'APHP, l'accusant d'une supposée proximité avec la maire PS de Paris, potentielle candidate à la présidentielle de 2022, et par conséquent de régler des comptes politiques avec le gouvernement. "Martin Hirsch est le directeur de campagne d'Anne Hidalgo, quasiment, si on écoute bien ce qu'il dit", a-t-il affirmé. "En écoutant les uns et les autres [parmi les médecins, NDLR], on a des avis complètement opposés, d'une heure sur l'autre, de spécialistes de la spécialité. Le constat qu'on fait, c'est que la seule chose qu'a fait Martin Hirsch depuis un an maintenant, c'est de ne rien prévoir." "L’APHP fait polémique : elle fait plus de politique que de médecine !" a surenchéri le député dans un tweet ultérieur. 

Une sortie qui a valu une réponse virulente de Martin Hirsch, via un tweet et un long communiqué acerbe. "Ce mensonge ne serait qu'une fake news parmi d'autres, s'il n'était pas proféré par un député, premier questeur à l'Assemblée nationale, qui sait que ce qu'il dit prétend est faux", a répliqué le patron de l'APHP. "La seule campagne que je mène n'est pas politique, elle est sur le front sanitaire, avec les soignants, pour les patients." Pour le contexte, un récent article du Canard enchaîné avait déjà fait allusion à cette proximité supposée entre Martin Hirsch et Anne Hidalgo. 

Toute l'info sur

Covid-19 : la France fait-elle les bons choix face au virus ?

Les dernières infos sur l'épidémie

Des tensions depuis la tribune de l'AP-HP

Cette montée en tension n'est pas un phénomène isolé. Comme l'a d'ailleurs précisé Martin Hirsch dans sa déclaration, elle s'inscrit dans le contexte où les directeurs médicaux de crise de l'APHP "ont pris l'initiative de faire part de leurs vives inquiétudes sur les conséquences de l'évolution de la situation sanitaire en Ile-de-France". Une référence à la tribune publiée le 28 mars dans le JDD par ces 41 médecins hospitaliers, affirmant qu'ils devraient bientôt "trier" les patients en réanimation "afin de sauver le plus de vies possibles"

Lire aussi

Cette fameuse tribune, publiée dans un contexte où de nombreux soignants exerçaient une pression pour demander à Emmanuel Macron de reconfiner strictement le pays, n'est pas passée inaperçue. Alors que l'exécutif préparait de nouvelles restrictions - annoncées mercredi par le chef de l'État dans son allocution -, l'appel des médecins a même fait grincer jusqu'au sommet de l'exécutif. Pour les autorités, l'idée d'un "tri" imminent en réanimation ne correspondait pas à la réalité et contribuait à inquiéter inutilement la population. "On essaye de tuer l'idée qu'il y a un tri des malades", expliquait lundi dernier une source gouvernementale à LCI. "La mobilisation est partout, mais on est assez loin de cela. Pour le Président, la ligne rouge reste ce tri des malades, et là-dessus, il n'y a pas d'entêtement de sa part. Selon nos remontées, il y a encore de la marge..."

Au-delà de cette tribune, Martin Hirsch s'est exprimé à de nombreuses reprises depuis la reprise de l'épidémie en région parisienne, moins pour critiquer le gouvernement que pour appeler à des mesures beaucoup plus restrictives. Il avait notamment plaidé, mi-mars, pour un reconfinement de la région, le week-end ou bien 7 jours sur 7, invoquant des projections qui conduiraient à 2000 à 2800 patients en réanimation au 6 avril - on en comptait 1537 au 1er avril. 

Appels au calme

Il n'empêche : les sorties du directeur de l'APHP et de ses lieutenants sur la situation sanitaire ont largement refroidi les relations avec la majorité actuelle. En témoigne la nouvelle réponse, tout aussi grinçante, de Florian Bachelier à son interlocuteur, le 1er avril. Dans cette lettre rendue publique, le député LaREM interpelle le directeur de l'APHP sur son bilan en matière d'ouverture de lits de réanimation, et jusqu'à sa rémunération. "Je serais très honoré, monsieur le Directeur général, que vous fassiez la démarche de répondre à un modeste représentant du peuple souverain, qui sans doute pèse bien peu face au parcours d'un haut fonctionnaire", grince-t-il. 

Certains semblent toutefois souhaiter que les deux hommes enterrent rapidement la hache de guerre, en pleine crise sanitaire et alors qu'Emmanuel Macron a bien fini par durcir les règles pour tenter de contenir la troisième vague. "Dans l’épreuve sanitaire sans précédent à laquelle nous faisons face, la mobilisation, le dévouement et la compétence de l’APHP  sont, en tout point, exemplaires. Aux soignants, à tous les personnels et à la direction, soyez sûrs de notre gratitude et de notre soutien", a ainsi déclaré le député LaREM Hugues Renson, marquant ainsi son désaccord sur la polémique. 

"L'heure est-elle, Florian Bachelier, aux règlements de compte ?" est également intervenu Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France, sur son compte Twitter. "Tous, vous comme député, les hospitaliers de leur côté (et Martin Hirsch en est un), nous nous battons. Depuis un an sur le front, alors que cette 3e bataille s'annonce dure, les hospitaliers méritent la solidarité républicaine." 

Ce n'est toutefois pas l'avis de tous, notamment au sein de la majorité. "Bravo à Florian Bachelier de mettre l'APHP devant ses responsabilités. La médecine spectacle fait du mal à la médecine", a fustigé vendredi le député LaREM de l'Indre François Jolivet, pointant "les stars du monde de la médecine" qui "ajoutent de l'angoisse à l'angoisse à des fins politiques". Pas vraiment de quoi calmer le jeu...

La politique vous intéresse ? Découvrez la version podcast de l'Interview Politique de Jean-Michel Aphatie

Écoutez ce podcast sur votre plateforme d'écoute préférée :

Sur APPLE PODCACST

Sur DEEZER 

Sur SPOTIFY 

Chaque matin Jean-Michel Aphatie reçoit des invités politiques de premiers plans pour les interroger sur des questions d’actualité.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

"Aujourd’hui, je me dis : plus jamais" : ces infirmières qui, après un an de Covid, ont rendu leur blouse

EXCLUSIF - Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, sort du silence ce soir sur TF1

Une personne tuée et une blessée devant un hôpital du 16e arrondissement de Paris, le tireur en fuite

EN DIRECT - Covid-19 : Merkel reprend la main pour harmoniser les restrictions en Allemagne

Pourra-t-on se déplacer normalement cet été ?

Lire et commenter