Quand le Covid-19 exacerbe la rivalité entre Paris et Marseille

A l'heure actuelle, Marseille est classée dans la "zone d'alerte maximale". Et si on n'agit pas maintenant pour freiner l'épidémie, les réanimations pourraient manquer de place dès la fin octobre.
Politique

CLASSICO POLITIQUE - Ce mercredi depuis Paris, le ministre de la Santé a annoncé la fermeture des bars et restaurants marseillais à partir de samedi. Une décision arbitraire et incomprise sur place, où depuis le début de la crise du coronavirus l'opposition avec la capitale est exacerbée.

Marseille et Paris, pires ennemies ? On connaît l’adversité entre les clubs de football des deux villes. Mais depuis le début de la crise du coronavirus, l’animosité entre les élus et scientifiques locaux et le gouvernement centralisé qui décide depuis Paris, est exacerbée. Les annonces d’Olivier Véran mercredi soir – parmi lesquelles la fermeture des bars et restaurants dans la métropole d’Aix-Marseille dès samedi - ont remis une pièce dans la machine.

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Ce jeudi 24 septembre lors d'une conférence de presse, le premier adjoint de la ville de Marseille Benoît Payan a dénoncé un "affront". "Une nouvelle fois, notre territoire est sanctionné, puni, montré du doigt", a-t-il déclaré. "Il en va du respect de la deuxième ville de France", a-t-il ajouté, demandant au gouvernement de laisser à la ville dix jours avant d'appliquer ces nouvelles mesures, sûr que la situation est en train de s'améliorer.

La maire de Marseille en "colère"

Dès mercredi soir à l’issue de la conférence de presse du ministre de la Santé, les élus marseillais avaient sous-entendu que Paris "punissait" Marseille, exerçant sur elle son pouvoir de façon autoritaire. "J’apprends avec étonnement et colère une décision pour laquelle la Mairie de Marseille n’a pas été consultée. Rien dans la situation sanitaire ne justifie cette annonce. Je n’accepte pas que les Marseillais soient victimes de décisions politiques que personne ne peut comprendre", a tweeté la maire EELV Michèle Rubirola, dénonçant également un manque de concertation et de communication. 

C'est la députée LR des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer qui n'a pas hésité à afficher clairement l'opposition qui se dessine entre la capitale et Marseille, en retweetant le message d'un professeur d'histoire disant : "La fermeture des bars et restaurants à Aix et Marseille ne fait qu'amplifier cette fracture qui existe entre Paris et la province. 'La France de Macron' contre 'la France de Raoult', voilà comment est malheureusement vécue cette décision sur le terrain." 

Ce sont bien les prises de positions du professeur Raoult, au mois de mars dernier en début de confinement, qui ont mis en lumière cette fêlure entre les deux villes, ou plutôt entre les "élites parisiennes" dont il se moque et les provinciaux. Le 22 mars dans Le Parisien, Didier Raoult sûr de l'efficacité de son traitement à l'hydroxychloroquine qui suscite pourtant méfiance et opposition de ses pairs, déclare : "Ce n'est pas parce que l'on n'habite pas à l'intérieur du périphérique parisien qu'on ne fait pas de science. Ce pays est devenu Versailles au XVIIIe siècle ! Paris est complètement décalé du reste du monde." 

Raoult, symbole de résistance

Régulièrement tout au long de la crise, le directeur de l'IHU Méditerranée Infection a pris la parole pour s'opposer à la gestion de la crise par le gouvernement et à la condescendance de ses confrères et d'une partie du monde politique à son encontre. Faisant de lui une idole dans la cité phocéenne, où il est érigé comme un symbole de résistance à Paris.

A Marseille, cette opposition à Paris permet d'unir tout l'échiquier politique, des Républicains aux Verts. Le 27 août, en compagnie du professeur Didier Raoult, Michèle Rubirola et la présidente LR du département Martine Vassal ont tenu une conférence de presse commune pour critiquer les nouvelles mesures sanitaires prises pour limiter la propagation de l'épidémie sur le territoire. Alors que selon elles le reconfinement local avait été envisagé par le gouvernement, Martine Vassal s'était étonnée d’une pratique "deux poids deux mesures" par rapport à Paris, où un nouveau confinement n’aurait pas été à l'étude. "A Marseille, on est toujours montré comme les mauvais petits canards", avait-elle ajouté. 

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"Le gouvernement a décidé depuis Paris de ce qui serait bon pour notre ville, sans engager le dialogue nécessaire avec les élus, et surtout sans nous donner les moyens de faire respecter les décisions qui sont les siennes", avait déclaré l'édile écologiste. Ce jeudi sur LCI, Michèle Rubirola appelle les Français à ne pas avoir une vision caricaturale de sa ville, et assure qu'"à Marseille, on n’est pas des fadas". 

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