Allocutions et interviews surprises : le gouvernement s'engage dans une nouvelle stratégie de communication

Une destitution d'Emmanuel Macron s'avère en pratique très peu envisageable.

ANALYSE - Ces derniers jours, Jean Castex et Emmanuel Macron ont pris la parole lors d'allocutions et interviews non annoncées en amont. Un changement de stratégie de communication qui s'explique par la défiance des Français envers le gouvernement et la perspective de 2022, selon le communicant Philippe Moreau-Chevrolet.

Vendredi 29 janvier en fin d’après-midi, les médias continuent de miser sur une allocution du président de la République dans le week-end pour annoncer un durcissement du couvre-feu. Mais surprise, quelques heures plus tard, c'est le Premier ministre qui prend la parole depuis l’Élysée pour annoncer qu’un nouveau confinement n’est pas d’actualité. Emmanuel Macron, qui a pris l’habitude de ne parler que pour faire de grandes annonces, aurait donc dû rester silencieux. Mais nouvelle surprise ce mardi 2 février, le chef de l’État a fait un point d’étape sur les prévisions de vaccination depuis l’Élysée, dans une interview accordée à TF1.

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Un nouveau revirement qui a surpris et laissé perplexe les Français. Ce mercredi matin, le hashtag #macron20h était parmi les plus commentés sur Twitter, les internautes dénonçant cette "intervention surprise". "Quand on l’attend y’a personne et là il débarque par surprise", constate l’une d’entre eux. "Il a parlé hier et personne n’était au courant ?", s’interroge un autre.

"Le gouvernement n’avait pas le choix, il devait intervenir", estime auprès de LCI le communicant Philippe Moreau-Chevrolet. "Éviter de passer pour des gens qui veulent reconfiner mais n’osent pas le dire était le but de l’intervention de Jean Castex. Éviter de passer pour des gens qui ne savent pas gérer la campagne vaccinale, c’était le but de Macron hier soir."

Une urgence dictée notamment par "la défiance des Français envers le gouvernement dans la gestion de la crise sont très préoccupants", explique le professeur à Sciences Po. Selon un sondage YouGov pour Le Huffington Post publié ce mercredi 3 février, 71% des Français estiment que l'exécutif gère mal la campagne vaccinale, et 85% trouvent que les hésitations du gouvernement au sujet de la gestion de la crise sanitaire ajoutent à l'anxiété ambiante. 

L'Elysée reprend la main

Un autre facteur explique ce changement de stratégie dans la communication du gouvernement, qui avait habitué les Français à des prises de parole annoncées plus en amont et bien plus ritualisées : les échéances électorales à venir. "Emmanuel Macron est en campagne et pense à 2022", analyse le président de MCBD Conseil. "Alors qu’il a toujours repoussé à plus tard son implication dans la gestion de la crise sanitaire, il réalise que pour avoir toutes ses chances il doit s’impliquer. Il veut montrer qu’il est dans l’opérationnel, que c’est l’Élysée qui prend totalement en charge la campagne contre le Covid."

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"C’est donc parce qu’il est en campagne que la forme a changé", poursuit Philippe Moreau-Chevrolet. "Dorénavant, Emmanuel Macron va chercher à surprendre, à prendre de court les commentateurs. La communication qu’il avait jusqu’à présent était excessivement lourde, ritualisée, et donnait lieu à énormément de commentaires. Il se dirige vers quelque chose de plus souple." Toutefois, "est-ce qu’il n’est pas trop tard pour que les gens comprennent ? Est-ce qu’il n’est pas trop tard pour établir un lien de confiance avec les Français ?", s'interroge le proche de Sciences Po. Les 14 prochains mois seront décisifs pour le chef d'État, si jamais, il souhaite prolonger son bail pour cinq années supplémentaires.

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