Jean-François Delfraissy, caution scientifique devenue poil à gratter du gouvernement

Jean-François Delfraissy, caution scientifique devenue poil à gratter du gouvernement

MESURES SANITAIRES - En appelant l'exécutif à reconfiner le pays sans attendre, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy met une nouvelle fois l'exécutif sous pression, comme à l'automne dernier. Un rôle de poil à gratter qui n'est pas sans créer certaines tensions.

En nommant Jean-François Delfraissy à la tête du Conseil scientifique en mars 2020, l'exécutif ne se doutait pas que cette instance chargée de l'éclairer face à la pandémie de Covid, pas plus que son éminent représentant, seraient encore en fonction près d'un an plus tard. L'immunologue l'ignorait probablement lui-même, puisque le Conseil devait initialement disparaître à l'été 2020, du moins sous cette forme. 

"Nul n'est indispensable", assurait encore le professeur Delfraissy, en septembre dernier, devant la commission sénatoriale dédiée à la crise sanitaire. "Nous nous sommes mis au service de la nation, en donnant les grandes directions basées sur la science pour éclaire les décisions politiques difficiles. Mais à présent, les services de l'État sont en ordre de marche. Il n'est pas sain qu'une structure créée de toutes pièces pour répondre dans l'urgence perdure."

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Pression pour un 3e confinement

Et pourtant... Dix mois après sa nomination, Jean-François Delfraissy et les experts qui l'entourent continuent, plus que jamais, de faire la pluie et le beau temps des mesures sanitaires face à un virus qui n'en finit pas. Quitte à crisper parfois le pouvoir politique. 

Dernier épisode en date : le scénario d'un probable troisième confinement pour faire face à l'émergence du variant britannique, réputé plus contagieux, sur le territoire national. Dès le début du mois de janvier, à peine deux semaines après le second confinement, le Conseil scientifique avait suggéré à l'exécutif de recourir à la méthode forte pour anticiper une situation à l'anglaise, marquée par un engorgement des hôpitaux et une explosion de la mortalité. Le gouvernement avait alors écarté ce scénario au profit du couvre-feu dès 18 heures, d'abord localement puis sur l'ensemble du territoire. Depuis plusieurs jours, les scientifiques, s'appuyant sur les dernières données de l'épidémie en Europe, reviennent à la charge, le professeur Delfraissy en première ligne. Ce dernier conjurait, dimanche, le gouvernement à reconfiner immédiatement le pays, n'hésitant pas à prendre le contrepied de ce dernier, qui espérait gagner une semaine de plus. L'immunologue qui, au passage, a ouvertement contredit le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur la possibilité de vacciner l'intégralité de la population française d'ici août. 

"Jean-François Delfraissy est dans son rôle", se bornait à expliquer, lundi, une source gouvernementale à un journaliste de LCI. "Il donne un avis, on ne suit pas toujours." 

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L'exécutif pris de court à plusieurs reprises

Depuis l'été dernier, les prises de position publiques du président du Conseil scientifique, instance réputée indépendante du pouvoir, ont d'ailleurs pu créer à plusieurs reprises des crispations avec l'exécutif. En avril 2020, il avait ainsi suggéré que les personnes âgées se confinent au-delà du 11 mai, à la différence de la population générale, poussant Emmanuel Macron à écarter formellement cette hypothèse face au tollé suscité. 

Début juin, Jean-François Delfraissy avait également pris le gouvernement de court en expliquant que l'épidémie était alors "sous contrôle" et qu'il fallait désormais "laisser les gens vivre" en accélérant le déconfinement, forçant le ministre de la Santé, Olivier Véran, à prévenir qu'il ne fallait "pas aller trop vite" dans cette période. 

Inversement, le Conseil scientifique avait alerté durant l'été sur le risque d'une reprise de l'épidémie à l'automne, appelant Emmanuel Macron à prendre des mesures coercitives, dont des reconfinements locaux, dès la rentrée de l'automne 2020. Le gouvernement, prévenait Jean-François Delfraissy début septembre, "va être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles dans les huit à dix jours maximum" en raison d'un niveau "inquiétant" de circulation du virus. Un terrible coup de pression qui avait agacé l'exécutif, suscitant, à nouveau, une réponse du chef de l'État. "Le Conseil scientifique est dans son rôle, qui est technique", avait rappelé Emmanuel Macron, ajoutant que c'était au gouvernement "de prendre les décisions, en essayant d'être le plus transparent et le plus clair possible"

"Il faut que le gouvernement confine le Conseil scientifique, ce n'est plus possible ce bordel", lâchait, moins diplomate, un élu LaREM à LCI, illustrant ces frictions, tandis que, dans l'opposition, le président de la région Paca, Renaud Muselier, n'hésitait pas à qualifier Jean-François Delfraissy de "pompier pyromane qui parle beaucoup trop". Si les autorités avait alors écarté la piste des reconfinements locaux au profit de mesures plus souples, la situation avait bien abouti, fin octobre, à un reconfinement national.

Crispations ou non, force est d'ailleurs de constater que les alertes du Conseil scientifique et de son président ont le plus souvent été suivies de décisions politiques depuis dix mois. Le scénario du troisième confinement, aujourd'hui considéré comme inéluctable par le professeur Delfraissy, risque de ne pas échapper à cette règle. 

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