Crimée : mais quel est le but du voyage controversé des députés français ?

Crimée : mais quel est le but du voyage controversé des députés français ?
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UKRAINE — Un groupe d’une dizaine de parlementaires emmené par Thierry Mariani va se rendre pendant deux jours en Crimée, région ukrainienne annexée par la Russie depuis mars 2014 et au cœur de la discorde entre l’UE et Poutine. “Metronews” vous explique les dessous de ce déplacement polémique.

Qui est parti en Russie ?
Mercredi soir, le député Thierry Mariani (Les Républicains) s’est envolé pour Moscou en compagnie de plusieurs parlementaires de son bord politique  : Nicolas Dhuicq, Claude Goasguen, Jacques Myard, Patrice Verchère, Sauveur Gandolfi-Scheit et Marie-Christine Dalloz. Les accompagnaient le sénateur UDI de Paris Yves Pozzo di Borgo et le député radical de Charente Jérôme Lambert. “Notre délégation se compose de deux sortes de parlementaires : certains viennent avec un esprit neutre pour se faire une idée concrète de la situation [alors que] l'autre moitié est clairement favorable au rétablissement de bonnes relations”, détaille Thierry Mariani. La délégation a été invitée par la Fondation russe pour la paix.

Que vont faire les parlementaires en Russie et en Crimée ?
Leur visite doit durer jusqu’à samedi. “Le programme du voyage, c'est Moscou, Yalta, Simferopol. Un jour à Moscou, deux jours en Crimée”, précise Thierry Mariani . Deux journées donc dans cette région annexée par Moscou en 2014 après un référendum contesté et qualifié d'illégal par la communauté internationale. L'Union européenne a pris des sanctions, notamment contre les activités touristiques en Crimée. La délégation affirme vouloir maintenir (ou renouer) le dialogue avec la Russie qu’elle juge comme un partenaire commercial dont on ne peut pas se passer. “À l’heure actuelle, il faut maintenir le dialogue avec nos amis russes”, affirme encore Mariani.

Sont-ils pro-russes ?
La délégation de parlementaires français conteste les sanctions dont la Russie fait l’objet. Selon Nicolas Dhuicq (Les Républicains), "la Crimée [...] est russe, il n'y a aucune discussion possible". "En allant en Crimée, nous disons très clairement qu’il faut reconnaître les réalités. La réalité, c’est que c’est un peuplement essentiellement russe et pas ukrainien au sens où les Ukrainiens l’entendent", ajoute Jacques Myard . Point de vue partagé par Thierry Mariani pour qui la péninsule "est russe, historiquement, culturellement, démographiquement". Des positions qui n’engagent qu’eux : "Nous ne sommes représentants ni du gouvernement ni de la France", a clarifié Thierry Mariani avant son départ.

Ont-ils des intérêts personnels ?
Plusieurs d’entre eux se sont déjà rendus en Russie en septembre dernier , pour rencontrer des responsables russes et les assurer de leur soutien, dans le cadre de la crise dans l'est de l'Ukraine. Le plus enthousiaste de ces "amis de Moscou" est Thierry Mariani. Député de la zone Asie-Océanie (qui englobe l’ex-URSS et ses anciens pays satellites), il est membre actif du lobby pro-russe dans l’Hexagone : "La France doit se rappeler qu’elle a des intérêts dans le partenariat économique avec la Russie", disait ainsi l’an dernier celui qui est marié à une femme d’origine russe .

Quel est l’état des relations franco-russes ?
Les échanges sont au point mort entre l'Elysée et le Kremlin, notamment après le référendum du 16 mars 2014, au cours duquel a été voté le rattachement de la Crimée à la Russie par 96,77% des votants. La légitimité de ce scrutin et la déclaration d'indépendance du Parlement de Crimée ne sont reconnues ni par la France ni par l'Union européenne, qui accusent la Russie d'avoir annexé ce territoire. Depuis août 2014, Vladimir Poutine a décrété un embargo sur les produits alimentaires en provenance de l’Union européenne et des Etats-Unis notamment. A cela il faut ajouter la "liste noire" établie par Moscou sur laquelle figurent les noms de personnalités (dont plusieurs Français) interdites de territoire russe.

Quelles sont les réactions en France ?
Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères est "hostile et opposé" à la visite des parlementaires. Selon le chef de la diplomatie française, ce déplacement comporte “un risque d’instrumentalisation par les médias russes” et constitue “une violation du droit international”. “Ils sont très pro-russes, c'est leur droit. Mais on peut manifester son amitié avec la Russie sans se rendre sur un territoire annexé par une violation du droit international condamnée par les Nations Unies", a commenté la présidente de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée, Elisabeth Guigou (PS). Quant à l’ambassadeur ukrainien en France, Oleg Shamshur, il considère que ce voyage est "un geste inamical" et "une violation directe du droit international".

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