Crise des éleveurs : pourquoi le nouveau plan d'urgence ne règlera rien

Crise des éleveurs : pourquoi le nouveau plan d'urgence ne règlera rien
Politique

PASSION ARCHIVES – Face à la colère des éleveurs, Manuel Valls a réuni ce mardi midi ses ministres concernés, dont celui de l’Agriculture Stéphane Le Foll, afin de préparer le "plan d'urgence" annoncé par François Hollande pour mercredi. Classique, ce type de réponse n'a pourtant guère démontré son efficacité, a déjà relevé la Cour des comptes.

A situation d'urgence, réponse itou. Depuis lundi les éleveurs, dont le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll estime que 10% sont au bord du gouffre, manifestent leur colère par des blocages à travers le pays. Poussant François Hollande à monter en personne au créneau pour annoncer un plan d'urgence, qui sera présenté mercredi en Conseil des ministres. Signe que le gouvernement est effectivement passé à la vitesse supérieure, Manuel Valls a convoqué ce mardi midi les ministres concernés, tandis que la remise d'un rapport très attendu sur les prix de la viande bovine a été avancée de 24 heures (à ce mardi soir).

En février, comme l'a rappelé Stéphane Le Foll sur France 2 , le gouvernement avait déjà lancé 23 millions d'euros d'aides, sous la forme d'allègements ou de reports de charges et de cotisations. Parmi les annonces attendues mercredi, le gouvernement devrait y ajouter des mesures de désendettement des exploitations (un milliard d'euros de dettes cumulées, selon la FNSEA) en prenant à sa charge une partie des intérêts d'emprunt. Problème : l'efficacité de ce type de mécanismes, déjà très éprouvés par le passé, est discutable. Et c'est la Cour des comptes qui le dit...

EN SAVOIR +
>> Prix de la viande : qui gagne quoi ?
>> Visiter le Mont-Saint-Michel, mission pas tout à fait impossible
>>  François Hollande annonce un plan d'urgence, le Mont Saint-Michel de nouveau bloqué

L'élevage, premier bénéficiaire des plans d'urgence économique

Hors catastrophe naturelle, la dernière fois qu'un plan d'urgence d'ampleur a ainsi été annoncé, c'était en octobre 2009. A ce moment, la filière agricole souffre d'une crise présentée comme la plus grave depuis 30 ans, à la suite de deux années consécutives de baisse drastique des cours mondiaux. Nicolas Sarkozy, en personne lui aussi, annonce alors un milliard de prêts sur 5 ans accordés par les banques à un taux bonifié. Auxquels s'ajoutent 650 millions d'euros d'interventions d'urgence, comme la prise en charge d'intérêts d'emprunts ou l'allègement de cotisations et de taxes. Un plan que son Premier ministre François Fillon qualifie de "massif", "tourné vers l'avenir", par opposition à des "rustines pour simplement passer des moments difficiles".

Trois ans plus tard, l'analyse de la Cour des comptes est toutefois bien plus nuancée. Dans son rapport annuel 2012 , celle-ci consacre tout un passage aux "aides d'urgence en agriculture", dans lequel elle fait le bilan des dispositifs mis en place entre 2006 et 2010. En tout, 1,67 milliard d'euros a été consacré durant cette période à 102 actions d'urgence, dont plus d'1,2 milliard pour répondre à des crises d'origine économique. Le rapport note l'utilisation, à 25 reprises, du fonds d'allègement des charges (pour 310 millions), à 26 reprises d'aides à la trésorerie (315 millions) et à 8 reprises des allègements de charges sociales et fiscales (152 millions à la charge de l'Etat). Premier bénéficiaire de ces différentes mesures... "l’élevage pour un total de 289,4 milliards d'euros, en particulier l’élevage ovin".

"La nécessité d’actions structurelles"

Alors pourquoi, trois ans plus tard, la filière nécessite-t-elle aujourd'hui un nouveau plan d'urgence ? La réponse se trouve en partie dans le rapport, en trois points. D'abord, la Cour constate que, hors crise sanitaire ou naturelle, "les aides d'urgence de l'Etat ont habituellement pour point de départ des demandes des professionnels d'un secteur, parfois bien avant que ne soient connues les retombées économiques réelles, pour les exploitants, de la 'crise' dont ils font état". En clair, l'Etat se dépêche d'éteindre le feu sans vraiment prendre le temps de l'analyser vraiment. Au passage, notent les magistrats de la rue Cambon, ces aides sont "souvent émiettées", "versées à contretemps" et tellement complexes qu'elles sont lourdes à gérer pour les agriculteurs. En outre, la Cour relève que le ministère de l'Agriculture ne prend même pas la peine, a posteriori, d'évaluer l'efficacité de ces dispositifs. Or, plaide le rapport, "le caractère répétitif des aides d'urgence atteste la nécessité d’actions structurelles de nature à rendre les filières moins sensibles aux aléas économiques ou autres". C'est seulement avec de telles réformes, insiste-t-elle, que "la répétition de schémas d’aide d’année en année, en fonction de la variation des revenus des exploitants, pourrait être évitée".

Réformer plutôt que d'agir dans l'urgence : les agriculteurs ne disent pas autre chose. Si certaines mesures rapides seront bienvenues, elles ne sont pas la première revendication des éleveurs, rappelle aujourd'hui la FNSEA. "Ils n'attendent pas un plan d'aide, sauf pour les situations les plus délicates : ils attendent des prix", martèle ainsi Dominique Barrau, secrétaire général du premier syndicat agricole. C'est-à-dire un système pérenne qui assure aux exploitants des revenus dignes. Car, comme le faisait déjà remarquer la Cour des comptes en 2012, "les agriculteurs préfèrent vivre du revenu de leur exploitation que des aides publiques".

À LIRE AUSSI >> "Viandes de France" : le "nouveau" label que vous trouverez dans les hypermarchés

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter