Cuba : Ségolène Royal défend le régime de Castro et crée la polémique

TOLLÉ - Présente à Cuba pour assister à une cérémonie d’hommage en l’honneur de Fidel Castro, Ségolène Royal a créé la polémique en rejetant notamment les accusations de violations des droits de l’Homme à l'encontre du régime.

En pleines funérailles du "Comandante", Ségolène Royal crée la polémique. En marge de la cérémonie d’hommage organisée samedi soir à Santiago de Cuba, la numéro 3 du gouvernement français et ministre de l'Ecologie, a salué "un monument de l'histoire", rejetant par ailleurs toutes les accusations de violations des droits l'Homme à l'encontre de Fidel Castro.


"C'est un monument de l'histoire, d'abord, Fidel Castro" et "c'est le symbole d'une amitié très profonde entre Cuba et la France", a-t-elle déclaré. Candidate du Parti socialiste à l'élection présidentielle de 2007 en France, Ségolène Royal est la seule membre d'un gouvernement européen, avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras, à avoir fait le déplacement à Cuba à l'occasion de la semaine de deuil national consacrée à l'ex-président cubain, décédé le 25 novembre à 90 ans.

Grâce à Fidel Castro, les Cubains ont récupéré leur territoire, leur vie, leur destin. Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur qu'il y a eue pendant la Révolution française.Ségolène Royal, ministre de l'écologie

Interrogée sur les violations des droits de l'Homme reprochées par l'ONU et l'opposition au régime cubain, Ségolène Royal a souligné au contraire l'existence sur l'île d'"une liberté religieuse" et d'"une liberté de conscience".


"Ecoutez, il y a beaucoup de désinformation, ce que j'observe c'est que jamais les relations diplomatiques n'ont été coupées avec Cuba, y compris de la part de certains responsables politiques qui me critiquent, qui critiquent la France, jamais", a-t-elle dit. "Il y a toujours du positif et du négatif dans les histoires, mais certains ne vont pas se rhabiller à bon compte au nom des droits de l'homme alors qu'on sait qu'ici, quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n'en a pas. Eh bien fournissez-moi des listes de prisonniers politiques, à ce moment-là on pourra faire quelque chose", a-t-elle ajouté.

"Donc il faut savoir regarder les choses positivement même si ça dérange", a-t-elle ajouté, estimant que "la France n'a pas à donner de leçon" à Cuba. "Je sais que ça dérange parce que justement voilà un pays insulaire qui protège son patrimoine, qui interdit les prédateurs, qui a réussi aussi à faire en sorte qu'il y ait une propreté, une sécurité vraiment remarquables, que l'on n'atteint pas dans beaucoup de pays qui donnent aujourd'hui des leçons de droits de l'Homme", a-t-elle conclu.

De nombreuses réactions

Un "plaidoyer" en l’honneur de Castro qui n’a pas tardé de faire réagir la classe politique ainsi que sur les réseaux sociaux :

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J-C Cambadélis : "Je crois que (Ségolène Royal) était dans l'enthousiasme cubain"

Invité du "Grand rendez-vous" Europe1/iTélé/Les Echos, François Bayrou a lui aussi réagi vivement. "Les bras vous en tombent [...] C'est pire qu'une faute politique d'autant que Ségolène Royal parlait "au nom de la France". Et de lancer que "si la longue file des fusillés, des exilés, de ceux qui ont été mis en prison par le régime que Mme Royal exalte se présentait devant elle, elle rougirait". Il a rappelé qu'en 2007, alors candidate à la présidentielle, elle avait "fait l'éloge de la justice chinoise. S'il y a un sujet sur lequel la France et le gouvernement français ne devraient pas absoudre Fidel Castro, c'est sur les droits de l'Homme", même si "Fidel Castro est une figure historique" et a mené une "révolution contre un régime pas digne d'éloges", a martelé M. Bayrou.


Député écologiste réformiste et candidat à la primaire organisée par le PS, François de Rugy a demandé, dans un tweet, au "président de la République de désavouer ces propos sur Cuba contraires aux valeurs de la France".


Ce qu'a dit Ségolène Royal manque de mesure, de lucidité et de respect pour l'ensemble des victimes, incontestables et incontestées, de ce régime", a taclé le numéro deux du FN Florian Philippot, évoquant sur France Inter "des persécutions contre des opposants politiques, même contre d'autres minorités, les homosexuels, etc" et "tout sauf une grande démocratie et un merveilleux espace de respect des droits de l'Homme".


Plus tard dans la journée, la porte-parole du PS, Juliette Méadel, a taclé à son tour Ségolène Royal sur BFM TV. "Ma gauche à moi, ça n'est pas cette gauche qui encense Fidel Castro".


Pour le sénateur LR Bruno Retailleau, proche de François Fillon, le gouvernement avait d'emblée commis "une erreur" en envoyant Mme Royal à Cuba, la France n'ayant "pas à honorer les dictatures". Mais en sus, Mme Royal "a commis une faute d'une extrême gravité en foulant du pied les droits de l'homme".


Sur Radio J, le président du Conseil national des Républicains, Luc Chatel, a pressé François Hollande "de préciser la position de la France".

Connu pour défendre lui aussi le régime castriste, Jean-Luc Mélenchon a quant à lui apprécié ces propos. "Pour le coup, je dis merci à Ségolène Royal d'avoir, en forçant un peu le trait, rétabli un petit peu d'équilibre", a-t-il déclaré sur France 3.


Invité du "Grand Jury RTL - Le Figaro - LCI", le Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a réagi à ces propos avec davantage de réserve. S'il a rappelé que la révolution cubaine était "défendable face au régime de Battista", il a en revanche asséné que le "régime castriste ne l'était pas". Il a aussi tenté de dédouaner à demi-mot la ministre de l'écologie. "Je crois qu'elle était dans l'enthousiasme cubain, elle a voulu marquer sa solidarité. Cela ne justifie rien (les Droits de l'homme), mais ça l'explique". 

Royal dénonce une "polémique déplacée"

La polémique enflant, la ministre de l'écologie a estimé qu'elle était "déplacée", le jour des funérailles de Fidel castro. "Je pense que cette polémique n'a pas lieu d'être. Le jour des funérailles je pense qu'il y a un respect à avoir à l'égard de tout un peuple et de tout un pays qui est en train justement de s'ouvrir et d'évoluer", a-t-elle déclaré.

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