CV, motivation, e-reputation... Par quoi les candidats d'En Marche sont-ils passés pour être investis aux législatives ?

Politique
CASTING - 16.000 personnes ont fait acte de candidature pour être investies aux législatives par La République en marche d’Emmanuel Macron. Jeudi après-midi, la commission d'investiture du mouvement livre les quelque 500 premiers candidats, au terme d'une sélection qui emprunte pour beaucoup aux techniques d'embauche des ressources humaines dans le secteur privé.

L'heure de vérité pour le mouvement d'Emmanuel Macron, renommé La République en marche à un mois des élections législatives. La commission nationale d'investiture du mouvement, présidée par l'ancien chiraquien Jean-Paul Delevoye, doit dévoiler jeudi après-midi quelque 500 candidatures retenues par le mouvement pour tenter d'obtenir la majorité absolue qui permettra au nouveau Président de conduire ses réformes. 


L'aboutissement d'un très long processus et de centaines d'heures de travail pour les neuf membres de la commission d'investiture, assistés d'une quinzaine de référents qui ont passé au tamis les 577 circonscriptions françaises afin d'y dénicher les perles. Pour y parvenir, les équipes d'Emmanuel Macron ont appliqué des méthodes qui relèvent moins d'un processus politique classique que de l'entretien d'embauche au sein d'une entreprise. Voici donc par quoi sont passés les heureux élus. 

  • 1Le CV et la lettre de motivation

    Chacun repart de zéro. Que l'on soit responsable associatif local, avocat, ouvrier, médecin ou même ancien Premier ministre comme Manuel Valls, la commission d'investiture n'a cessé de marteler son mantra : tout le monde est à la même enseigne. Ainsi, il a été demandé aux 16.000 postulants de fournir ce qui sert de base à tout entretien d'embauche : un CV, une photo d'identité et une lettre de motivation pour expliquer les raisons qui les poussaient à solliciter un mandat de la Nation. Au préalable, les intéressés devaient avoir adhéré au mouvement En Marche. 

  • 2Le questionnaire approfondi

    Comme lorsque l'on postule à certains emplois, les candidats ont ensuite répondu à un questionnaire en ligne pour y détailler leurs engagements, l'appartenance éventuelle à un syndicat ou un parti politique, leur motivation - encore -, les atouts qu'ils pensent avoir, leur connaissance de la circonscription sollicitée, du processus électoral... Ils ont également signé le "contrat avec la Nation", une forme d'engagement à être loyal aux réformes qui seront portées par le nouveau gouvernement. Histoire d'éviter que des "frondeurs" ne viennent assombrir le quinquennat...

  • 3La mise à nu

    Au terme du dépôt des candidatures, 15 référents ont entamé un travail de filtrage pour écarter les candidatures les plus farfelues ou celles qui traîneraient un fâcheux casier judiciaire (ce qui est proscrit par le mouvement). Au-delà de l'analyse des dossiers, des lettres de soutien ont également été demandées (là encore, comme lors d'une embauche classique), et les postulants ont été passés au crible de logiciels de e-réputation afin de déceler la moindre trace de prise de parole suspecte sur les réseaux sociaux. Un seul candidat au passif chargé dans ce domaine pourrait en effet remettre en cause la crédibilité du processus revendiqué par Emmanuel Macron. Une méthode déjà développée, par exemple, par le Front national depuis plusieurs années pour tenter, parfois en vain, d'éviter les traditionnels dérapages de candidats qui ont émaillé les campagnes du parti de Marine Le Pen. 

  • 4L'entretien d'embauche

    Après l'élimination des profils les plus éloignés du poste, les équipes d'En Marche devaient parvenir à 2 ou 3 candidats potentiels par circonscription. En parallèle, elles ont analysé, pour chaque territoire, les rapports de force politiques, la sociologie, les potentiels soutiens locaux. Des responsables des ressources humaines ont été également mobilisés pour conduire les entretiens individuels, pour "tester certains candidats" et "évaluer leur charisme", a notamment confié Jean-Paul Delevoye.  Comme lors d'un entretien d'embauche classique, le candidat était alors mis sous pression : on lui demandait par exemple comment il comptait réunir les 30.000 euros nécessaires pour financer sa campagne, ou dans quelle mesure il était prêt à sacrifier sa vie personnelle durant cette période.

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Comment être investi pour les élections législatives sous l’étiquette La République en marche ?

Au terme de cette longue sélection, seul un candidat sur 25 en moyenne a été retenu. Ce sont les noms de ces heureux élus qui devaient être dévoilés jeudi, pour moitié issus de la "société civile", pour moitié issus du monde politique existant, et selon la règle de la parité hommes-femmes. 


Durant la campagne présidentielle, une liste de 14 candidats avait déjà été dévoilée par Emmanuel Macron. Parmi eux : un ancien conseiller de Christiane Taubira, un ex-proche de Jacques Chirac, deux avocats, un agriculteur, une directrice d'école et un sociologue. Sans aucun doute, la "diversité" promise des candidats sera particulièrement scrutée dans cette sélection d'un genre nouveau. 

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