Pour l'économiste Daniel Cohen, le plan de relance "ne suffira pas"

Pour l'économiste Daniel Cohen, le plan de relance "ne suffira pas"
Politique

INTERVIEW - Daniel Cohen, professeur à l'école d'économie de Paris et directeur du département d'économie à l'ENS, était l'invité d'Elizabeth Martichoux jeudi 3 septembre. S'il salue l'idée d'un plan de relance ambitieux du gouvernement, il émet des doutes sur son efficacité réelle.

Alors que l'économie française est lourdement impactée par l'épidémie de Covid-19, le Premier ministre Jean Castex présente ce jeudi tous les détails du plan de relance qui s'élèvera à 100 milliards d'euros sur deux ans. Ce dernier est divisé en trois tiers : entreprise, écologie et cohésion sociale. Si l'économiste Daniel Cohen l'accueille favorablement, il se montre inquiet sur le décalage entre le moment où il a été conçu et la hausse de la détection des nouveaux cas de coronavirus. "Cela complique la donne et cela doit amener à court terme à changer les priorités". 

"Le dynamisme de l'économie française n'était pas cassé. On a perdu beaucoup d'emplois mais on est en train d'en regagner. La consommation des ménages était déjà repassée en juin au-dessus du niveau de février". 

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"Cette rentrée est placée sous le signe des mêmes inquiétudes que celles que l'on pouvait nourrir à la sortie du confinement", souligne Daniel Cohen. L'équation s'annonce donc compliquée pour le gouvernement malgré l'effort budgétaire conséquent de 100 milliards d'euros sur deux ans, soit 50 milliards par an. L'économiste table toutefois sur une dépense à hauteur de 30 milliards annuelle car, en réalité, "il est difficile de mettre en branle un processus de dépenses". 

Malgré l'alignement des milliards, cela paraît insuffisant pour Daniel Cohen. "Cela ne suffira pas !". L'économiste rappelle en effet que 30 milliards d'euros ne représentent qu'un seul point de PIB (produit intérieur brut) de la France. "Ce n'est pas ça qui va soutenir l'activité économique l'année prochaine".

Les créations d'emploi ne sont pas garanties

Le plan de relance du gouvernement n'impose aucune conditionnalité des aides versées aux entreprises, notamment en termes de promesse d'embauches. "J'espère ne pas croire que des mesures de baisses de charges vont suffire à créer des emplois quand on est dans une situation où les ménages ne dépensent pas et que les entreprises n'ont pas envie d'investir", souligne Daniel Cohen. "Le chômage va dépasser les 10% l’année prochaine. Les prévisions sont de 11 à 11,5% l’année prochaine". 

Pour l'économiste, le gouvernement devrait plutôt poursuivre ses efforts sur le chômage partiel, qui a coûté 30 milliards d'euros durant le confinement cette année. 6 milliards y seront de nouveau consacrés dans le plan de relance l'année prochaine. "Ce sont des grosses mesures très utiles puisqu'elles soutiennent les gens qui ne peuvent pas travailler". 

Accorder plus d'importance aux collectivités territoriales

Concernant le niveau de pilotage de l'application du plan de relance, Daniel Cohen s'interroge sur le meilleur échelon possible, en particulier pour le volet écologie. "Est-ce que le gouvernement va être capable d'apprécier ce qui est utile ou les collectivités ? Elles savent où il faut faire une ligne de train ou tramway et où effectuer une rénovation thermique". 

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"Je trouve bonne que l'idée pour le gouvernement de se faire un peu plus petit et de donner aux acteurs, comme les ménages, les moyens d'actionner eux-mêmes les leviers utiles". Pour l'économiste, le gouvernement devrait faire appliquer la même chose pour les collectivités locales. 

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