Darmanin ou Dupond-Moretti ? Sur la sécurité, Macron devra "choisir une option"

Darmanin ou Dupond-Moretti ? Sur la sécurité, Macron devra "choisir une option"

DISSENSIONS - Depuis cet été, Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti ont affiché des approches radicalement différentes des sujets sécuritaires. Si le duel entre Intérieur Justice n'est pas nouveau, il pourrait poser un sérieux problème de cohérence du gouvernement dans le contexte actuel, selon le politologue Stéphane Rozès, président du Cap.

D'un côté, Gérald Darmanin (Intérieur) et Marlène Schiappa (Citoyenneté) multiplient les sorties sur les sujets sécuritaires, promettent des statistiques mensuelles de la délinquance et annoncent en grande pompe la future loi sur le "séparatisme". De l'autre, Eric Dupond-Moretti (Justice), après plusieurs semaines d'observation prudente, n'hésite plus à faire entendre une voix dissonante, sur "l'ensauvagement", terme employé par Gérald Darmanin, qu'il récuse, comme sur le "sentiment d'insécurité", de l'ordre "du fantasme", qu'il oppose à l'insécurité réelle, affirmant par exemple que la délinquance des mineurs "n'augmente pas". 

Depuis plusieurs jours, les deux grands portefeuilles régaliens du gouvernement Castex mettent en scène deux approches opposées, l'une de droite, d'inspiration sarkozyste, l'autre plus à gauche, qui vaut déjà à Eric Dupond-Moretti d'être classé dans la catégorie des "laxistes" par Marine Le Pen, qui le compare à l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira "en pire". Cet "en même temps" macroniste au sein du gouvernement peut-il perdurer sur des sujets régaliens, dans le contexte particulièrement tendu de la crise actuelle ?

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Le duo ne veut pas "fermer le ban"

Le moins que l'on puisse dire est que les deux ministres ne s'empressent pas de clore la rumeur de dissension. Le feuilleton de l'opposition entre Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti sur "l'ensauvagement" et les statistiques de la délinquance de poursuit de jour en jour, alors même que Jean Castex appelait ses ministres, il y a une semaine, à "fermer le ban". 

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"J'ai beaucoup de respect pour sa carrière d'avocat et son entrée dans l'arène politique afin de servir son pays", expliquait le ministre de l'Intérieur lundi dans Le Parisien. "Nous menons des actions communes, mais nous avons aussi des sensibilités différentes. Il ne va pas se renier, et je ne vais pas me renier. Mais il n'y a pas pour autant deux lignes politiques au sein du gouvernement", a assuré Gérald Darmanin, tout en enfonçant le clou sur son utilisation du terme "ensauvagement". 

"Choisir une option"

La divergence de vue affichée entre un garde des Sceaux et un ministre de l'Intérieur, "premier flic de France", est loin d'être une nouveauté, rappelle le politologue Stéphane Rozès, président du Cap (Conseils, analyses et perspectives), sollicité par LCI. L'un des tandems les plus conflictuels fut probablement celui formé par Manuel Valls et Christiane Taubira sous le mandat de François Hollande, pour des raisons semblables à celles qui opposent les deux ministres actuels. En remontant plus loin dans le temps, on se souvient également des affrontements ouverts entre Robert Badinter et Gaston Defferre, sous François Mitterrand, notamment sur la question des contrôles d'identités, qui avait valu aux deux ministres une convocation à l'Elysée. 

"Ce n'est pas nouveau, mais il y a des différences", estime Stéphane Rozès. "La première, c'est l'état de l'opinion qui, à travers plusieurs événements médiatisés, estime qu'il y a une augmentation de la délinquance. En outre, il y a sans doute une évolution négative de la délinquance, dont certains indicateurs, comme les homicides volontaires, remontent."

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Dans ce contexte, renforcé par l'incertitude la crise sanitaire, "il peut être fâcheux" pour un pouvoir politique souhaitant reprendre la main sur le régalien "que des dissensions puissent apparaître à ce point au grand jour, donnant le sentiment qu'il n'y a pas de vision commune, de cohérence", observe le politologue. Une fragilité qui n'a d'ailleurs pas échappé à l'opposition de droite et à l'extrême droite, cette dernière - déjà en campagne pour 2022 - ciblant tout particulièrement, en cette rentrée, les deux ministres, et à travers eux, Emmanuel Macron. 

Pour mettre fin à cette fragilité, le chef de l'Etat, lui même convaincu que la prochaine élection se jouera autour des thèmes sécuritaires, devra "choisir une option", conclut Stéphane Rozès. "Dans ce domaine comme dans d'autres, cela montre que l'exécutif ne peut pas s'en tenir à la question du 'comment', sans poser une doctrine. Sans doctrine, les forces centrifuges s'expriment et mettent à mal la cohérence gouvernementale." 

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