De Charles Martel à Napoléon, ce que le kamoulox historique du FN dit du parti

De Charles Martel à Napoléon, ce que le kamoulox historique du FN dit du parti

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REGIONALES - Dans la dernière ligne droite avant le premier tour des élections ce dimanche, le FN en campagne multiplie cette semaine les références historiques. Convoquant à la fois Charles Martel et les rois de France, ou encore Napoléon. Que faut-il en comprendre ? Décryptage.

"Louis XIV, Napoléon, Charles Martel, au secours !" Déclinant le célèbre cri de Jean-Marie Le Pen – "Jeanne (d'Arc) au secours!" , les ténors du FN multiplient en cette fin de campagne les références historiques, dans un panel à la fois révélateur mais aussi simpliste, voire contradictoire…

"Qui n'a pas vibré au sacre de Reims et à la fête de la Fédération n'est pas vraiment Français"

La phrase est de Marion Marion Maréchal-Le Pen, tête de liste en Provence-Alpes-Côte d'Azur, prononcée mardi lors d'un meeting à Toulon (Var). Destinée à faire le pont entre les fameuses "racines chrétiennes" de la France (auxquelles les musulmans qui veulent être Français doivent selon elle "se plier) et la République, la formule est a priori bizarre. Car si la jeune députée ne précise à quel sacre de Reims elle fait référence, difficile évidemment pour un quelconque contemporain d'y avoir vibré, le dernier (celui de Charles X) ayant eu lieu en 1825. Quant à la fête de la Fédération, elle a eu lieu le 14 juillet 1790, pour commémorer le premier anniversaire de la Bastille. En fait, la formule lepéniste est inspirée de l'historien Marc Bloch, qui analysait dans son plus célèbre ouvrage, L'Etrange défaite, la débâcle de 1940 : "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération".

Problème : quand Marc Bloch écrit cela, il ne le fait pas du tout pour graver dans le marbre l'idée d'une France éternelle. Suzette Bloch, petite-fille de celui qui est mort en résistant, fusillé par les nazis en 1944, avait d'ailleurs cosigné en 2009 avec l'historien Nicolas Offenstadt une tribune dénonçant la récupération de ses écrits par un certain Nicolas Sarkozy. Laquelle rappelait cette autre phrase de l'historien dans le même ouvrage, que le FN se garde bien de citer : "Je suis, je m'en flatte, un bon citoyen du monde et le moins chauvin des hommes". "La vision de l'histoire de Marc Bloch est l'antithèse de celle du FN : c'était un historien très international, européen, qui avait lancé dans les années 30 une vision très décloisonnée de l'histoire, contraire à la mythologie que développe le FN", souligne aujourd'hui Nicolas Offenstadt pour metronews. Quant à la citation en question, si on la replace dans son contexte, "on voit que c'est un appel au rassemblement pendant un moment d'union sacrée. Dans le même passage, il compare la fête de la Fédération à l'élan des luttes ouvrières sous le Front populaire, pour dénoncer l'égoïsme du patronat des années 1930 qui s'est montré incapable de les intégrer". Marion Maréchal-Le Pen célébrant sans le savoir les luttes ouvrières du Front populaire, cela ne manque pas de sel…

"Je veux retrouver notre France, celle de Louis XIV, de Napoléon et de Charles Martel"

Au même meeting, précédant le discours de Marion Maréchal Le Pen, le maire de Béziers Robert Ménard a partagé à la tribune son "envie de vomir" alors que "nous sommes rongés de l'intérieur". Lançant, sous forme de voeu, trois autres références historiques : "Je veux retrouver notre France, celle de Louis XIV, de Napoléon et celle, si le ministère de l'Intérieur me l'autorise, de Charles Martel". Avec Louis XIV et Napoléon, Robert Ménard pioche allègrement dans le panthéon des personnages historiques représentant, selon un sondage effectué par Le Figaro en juin dernier, la France selon les Français (auxquels il faut notamment ajouter Jeanne d'Arc, que le FN célèbre à l'envi). Mais l'ex-président de Reporters sans frontières ne dit pas ce qu'il aspire tant à retrouver de ces époques, de leurs conditions de vie, de leurs régimes non républicains, ou encore de la censure de la presse qui régnait alors... "Réprimez un peu les journaux, faites-y mettre de bons articles, faites comprendre aux rédacteurs (...) que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai", écrivait ainsi Napoléon à son ministre Fouché en 1804.

Décortiquer ces références pour y chercher du sens "ne sert à rien", analyse Nicolas Offenstadt. Pour une simple est bonne raison : "Ce n'est pas une histoire dont on discute mais à laquelle on adhère : si vous n'en êtes pas, vous n'êtes pas Français. Ces références sont brandies pour offrir une image iconique de l'histoire de France, un roman national étriqué mais exaltant, celui d'une France éternelle, identitaire et idéologique. C'est une vision mythique, mythologique de l'histoire". Dont le meilleur exemple reste celui de Charles Martel. Cette année encore, deux historiens (William Blanc et Christophe Naudin) ont publié un livre* démontrant comment la mémoire de la fameuse bataille de Poitiers a évolué d'un événement non majeur de l'histoire de France au mythe utilisé aujourd'hui par l'extrême droite. Mythe qui passe sous silence d'autres faits d'armes du fameux Martel, comme ses exactions en Provence ou ses spoliations de l'Eglise, certainement moins propres à enflammer les foules auxquelles s'adresse Marion Maréchal-Le Pen.

*
Charles Martel et la bataille de Poitiers , aux éditions Libertalia.

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