De "Davy le Rouge" à la démission du FNJ, le tumultueux parcours de Davy Rodriguez

De "Davy le Rouge" à la démission du FNJ, le tumultueux parcours de Davy Rodriguez

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PORTRAIT - Transfuge du Front de gauche, Davy Rodriguez, l'assistant parlementaire du député Sébastien Chenu, militant du Front national de la jeunesse, a mis son parti dans l'embarras en apparaissant dans une vidéo où on l'entend tenir des propos racistes. Lundi soir, il annonce sa démission.

Pour un congrès du renouveau, les vieux démons du FN étaient bel et bien présents. Entre un nouveau nom au pedigree collaborationniste - Rassemblement national se rapproche du Rassemblement national populaire, créé par le ministre pétainiste Marcel Déat - et à la paternité déjà fort disputée, et une guest-star, Steve Bannon, coqueluche des suprématistes blancs américains, l'objectif de quête de respectabilité du parti d'extrême droite avait déjà été mis en doute par les observateurs et les adversaires du parti.

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S'y est ajouté , comme le raconte BuzzFeed dimanche 11 mars, un sulfureux échange impliquant un de ses militants, Davy Rodriguez, numéro 2 du FNJ et assistant parlementaire du député Sébastien Chenu, après une altercation avec un vigile du bar La Plage, où le jeune homme avait passé la soirée. Une vidéo captant l'échauffourée montrait Davy Rodriguez passablement énervé, tenir des propos racistes : "Cette espèce de nègre de merde". "Un pur montage", se justifie auprès du site l'intéressé, réalisé par "des gens qui sont extrêmement experts en informatique".  Qu'importe, le parti présidé par Marine Le Pen a suspendu le jeune militant. Et lundi 12 mars au soir, ce dernier a annoncé qu'il démissionnait "de toutes ses activités politiques", même s'il met toujours en doute le fait d'avoir tenu de tels propos. "Je suis horrifié des propos choquants que l'on m'attribue et que je condamne fermement", exprime-t-il dans un communiqué.

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De "Davy le Rouge" à la fondation du FN Sciences Po

Le parcours de celui qui assistait également Marine Le Pen s'achève donc dans la polémique. Un parcours loin d'être commun,  puisque le jeune homme de 23 ans avait fait, en 2012, la campagne... de Jean-Luc Mélenchon.


S'ensuivent trois années à Sciences Po, qui le voient passer d'un progressisme "très marqué à gauche" au FN. Membre fondateur du Front de gauche, militant de Solidaires... celui que ses compères militants de Saint-Ouen-L'Aumône surnomment "Davy Le Rouge" oublie alors des années de critiques acerbes à l'encontre du FN, que Rue89 avait, à l'époque, scrupuleusement épluché. Sur ce profil, qu'une ancienne camarade compare à "une page Wikipédia", on découvre un habitué des photomontages, où Mélenchon figure aux côtés de Jaurès, Marx et Engels, qui moque la chute de Marine Le Pen dans une piscine vide et traite de "fils de putes" les "fachos" qui ont tué le militant antifasciste Clément Méric. Avant de commencer à prendre fait et cause pour les initiatives de l'extrême droite,  jusqu'à la création, en août 2015, de l'association FN Sciences Po. 


Une évolution sans surprise, pour un ancien militant du Front de gauche interrogé par LCI, qui a fréquenté Davy Rodriguez deux ans à l'école de la rue Saint-Guillaume. Il le situe dans la mouvance rouge-brun, terme péjoratif qui visait au début des années 1990 les militants russes venus de l'extrême-droite et des conservateurs communistes. "C'était même plutôt brun-rouge : il était déjà considéré comme 'fasciste' au sein des militants Front de gauche : il n'a jamais eu de poste dans les différents pôles auxquels il a participé en raison de ses positions politiques trop problématiques".


Antoine Chudzik, transfuge du PS passé au FN puis aux Patriotes (il siège désormais à la région Bourgogne-France-Comté), se souvient auprès de LCI avoir partagé "la même logique d'engagement. On avait compris tous les deux que, pour avoir une vraie politique sociale, il fallait sortir de l'euro". Interviewé par Les Echos en 2017, Davy Rodriguez, qui parle d'un "long cheminement" pour expliquer cette conversion, convient d'un héritage familial politique "plutôt proche d'une gauche Georges Marchais, plus sociale que sociétale, plus pour la défense des salaires que pour les droits LGBT. Après, vous savez, petit à petit, on lit des auteurs, comme Jacques Sapir (économiste favorable à la sortie de l'UE connu pour avoir appelé à l'union des partis anti-euro, ndlr), qui vous amènent à réfléchir en dehors de votre cadre."

Il ne faut pas prendre des gens pour des imbéciles, c'est sa voix

Si le discours sur l'immigration et "le problème d'assimilation en France" ne dépare en rien de celui porté par le FN, le racisme semble assez éloigné du discours du jeune homme : "C'est ce qui est terrible, il vient de la gauche", se désole Antoine Chudzik, comme pour dire que son pedigree politique lui interdisait pareils dérapages. "A l'époque, on se disait qu'il était sur la bonne ligne, sociale et républicaine. C'était un mouton blanc." A Sciences Po, d'anciens congénères se rappellent d'un camarade brillant, à l'argumentation écrasante, quand une autre se souvient d'un étudiant prêt à tout pour avoir raison, quitte à convoquer, pince-sans-rire, ses origines espagnoles et portugaises, pour clore un débat.


Si Davy Rodriguez n'était certainement pas du genre à utiliser des expressions comparables à celles qui ont amené le parquet de Lille à ouvrir une enquête à son encontre, ses proches font la moue devant ses dénégations : "Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles, quand même, c'est sa voix", balaie Antoine Chudzik, qui avance deux raisons au changement de son ancien comparse. D'abord le cadre du parti : "Il s'est radicalisé avec le Front national. C'est vraiment en le quittant qu'on se rend compte qu'on en arrive à dire des choses pas possibles pour défendre des idées délirantes."


Ensuite, la personnalité de celui avec lequel il s'était brouillé à propos de celui qui prendrait la tête du FN Sciences Po : "Davy a une capacité d'adaptation très forte, il a tout de suite été très à l'aise avec le FN. C'était d'ailleurs un truc qui me gênait : il m'appelait 'camarade', me tapait sur l'épaule alors qu'on se connaissait à peine." "C'est un opportuniste ayant transité par des sympathies villepinistes, puis le PS, le PG, le Front de gauche avant le FN : il a toujours été extrêmement borderline. Son passage au FN n'était pas tant un suspense. La vraie question, c'était de savoir quand", abonde notre ancien militant du Front de gauche. 


De là à penser que "Davy le Rouge" a emmené ses réflexes militants dans son parcours politique... "Ça ne m'étonne pas qu'il ait ressenti le besoin d'en faire des tonnes pour que ça se passe bien au FN", conclut l'ancien camarade frontiste. Au point qu'une enquête pour "insulte à caractère raciste et violences légères" soit ouverte par le parquet de Lille, lundi 12 mars.

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