Primaire des écologistes : les affirmations des cinq candidats vérifiées

Primaire des écologistes : les affirmations des cinq candidats vérifiées

VÉRIFICATION – Au cours du premier débat des cinq candidats à la primaire écologiste ce mercredi soir sur LCI, les affirmations, arguments et promesses des candidats ont été vérifiés en direct par notre équipe des Vérificateurs. Nous les résumons ici.

Réunis ce mercredi soir sur LCI, les cinq protagonistes de la primaire écologiste ont débattu autour des grands thèmes qui feront l'élection présidentielle. Plus de deux heures d'échanges écoutés avec attention par notre équipe des Vérificateurs. Retrouvez les principales affirmations des candidates et candidats passées au crible.

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Les Vérificateurs, une équipe de fact-checking commune aux rédactions de TF1, LCI et LCI.fr

De moins en moins d'agriculteurs en France ?

C'est évidemment l'une des questions cruciales pour ces cinq candidats écologistes : le passage à l'agriculture bio. Si chacun a avancé un certain nombre d'arguments, Jean-Marc Governatori a quant à lui appelé à développer massivement cette agriculture afin de "résoudre grandement le problème du chômage". Selon l'entrepreneur niçois, il y a un demi-siècle, le pays "avait une population active agricole de 14%", tandis qu'aujourd'hui, "la population agricole active est de 2,5%". 

Des chiffres quelque peu inexacts, mais qui démontrent bien la réalité de ce phénomène. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui recense annuellement la population, les agriculteurs représentaient 7,1% de la population active en 1982. Or, aujourd'hui, la France n'en compte plus qu'environ 400.000, selon leur dernière publication d'octobre 2020. Soit seulement 1,5% de l'emploi total du pays. C'est un peu moins que le chiffre évoqué par le candidat.

Le Giec préconise-t-il de manger de la viande deux fois par semaine ?

Quid de la consommation de viande des candidats à la primaire ? Sur ce sujet, les écologistes ont mis en avant des habitudes différentes. "J'en mange deux fois par semaine, comme le GIEC le suggère", a par exemple indiqué Sandrine Rousseau. Un argument à nuancer. 

Et pour cause, les experts du climat ne préconisent pas d'adopter un régime alimentaire précis, qui fixeraient la fréquence à laquelle consommer tel ou tel aliment chaque semaine. "Nous ne recommandons pas de changement de régime alimentaire", affirmait en 2019 le président d'un groupe de recherche du Giec, Hoesung Lee. Le Giec reste ainsi fidèle à lui-même, dans un rôle qui le voit se limiter à des observations scientifiques.

En vidéo

VIDEO LCI PLAY - Primaire écologiste : au fait, les cinq candidats mangent-ils de la viande ?

Pour autant, l'organisation a publié d'importants travaux sur la question de l'alimentation. La viande rouge, le bœuf en particulier, est pointée du doigt en raison des ressources que sa production requiert. Les pays les plus développés (Amérique du Nord, Europe) sont particulièrement visés, puisque la consommation de viande y est la plus importante, jusqu'à 10 fois supérieure à celle observée dans les pays les plus pauvres. 

En résumé, le Giec plaide pour que la viande soit moins présente dans nos assiettes dans les pays les plus développés, sans pour autant formuler de recommandations précises sur la fréquence à laquelle en consommer.

Le nucléaire, énergie la plus coûteuse ?

Les cinq candidats ont également évoqué la question cruciale de l'énergie et des moyens dont dispose la France pour sortir du nucléaire. Décrite par Jean-Marc Governatori comme l'une des "pires" énergies qui soit - avec les énergies fossiles - il a tenu à défendre l'idée avec un argument massue pour les téléspectateurs les plus sceptiques. "Il faut le dire aux gens qui nous écoutent, le nucléaire, c'est l'énergie la plus couteuse", a-t-il ainsi lancé. 

C'est vrai, le nucléaire coûte plus cher que toutes les autres énergies renouvelables. Notamment à cause des travaux de l'EPR de Flamanville, dans la Manche, qui ont fait exploser le coût de cette énergie. Épinglé par la Cour des comptes dans un rapport de juillet 2020, les magistrats relevaient en effet que le coût de l'électricité produite par cette centrale nucléaire faisait passer le coût du mégawatt à 110, voire 120 euros. Un chiffre faramineux quand on le compare aux énergies renouvelables. C'est deux fois plus que pour l'éolien et le solaire. Dans le premier cas, l'agence de transition écologique estime que le mégawatt est à 60 euros, tandis que pour les panneaux solaires, il oscille entre 40 et 80 euros.

 

Cependant, comme souligné plus tôt, c'est bien la construction de l'EPR de la Manche qui a fait exploser les coûts. Mais si on regarde plutôt les centrales françaises dans leur ensemble, le coût moyen de l'électricité retombe à des prix semblables à ceux de l'énergie nucléaire. Le prix du mégawatt retombe alors aux alentours de 60 euros, toujours selon la même Cour des comptes, dans un rapport cette fois-ci publié en 2014.

Cannabis : la consommation française plus importante et plus réprimée qu'ailleurs ?

Interrogé sur la question sensible du cannabis, Yannick Jadot a mis en avant le cas particulier de la France, qui présente des particularités par rapport à ses voisins. "Nous sommes le pays le plus répressif et le pays où il y a le plus de consommation", a-t-il assuré. Une affirmation globalement vraie si l'on s'en tient à une comparaison européenne. Des données récoltées par l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) soulignent qu'en 2017, 44,8% des Français âgés de 15 à 64 ans avaient déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. C'est plus qu'au Danemark (38,4%) ou qu'en Espagne (35,2%). Des chiffres qui s'avèrent surtout assez largement supérieurs à ceux de la moyenne européenne, qui s'établit à 27,2%.

En ce qui concerne la dimension répressive des lois en vigueur, on constate que Yannick Jadot dit vrai à nouveau. La France, comme six autres pays européens, fait de l'usage de cannabis une infraction pénale, susceptible d'entraîner des condamnations à de la prison. Les autres pays qui font preuve d'une sévérité comparable sur le continent sont la Finlande, la Grèce, Chypre, la Hongrie, la Suède et la Norvège.

Le transport, mauvais élève dans la baisse des émissions de CO2 ?

Interrogé sur un éventuel blocage de l'économie à cause de la baisse des transports voulue par les écologistes, Eric Piolle a tenu à rappeler que le problème n'était pas tant le nombre de transports que les émissions de gaz à effet de serre de ce secteur. Saluant les "progrès" réalisés par l'industrie ou le bâtiment depuis trente ans, il a noté que ce n'était pas le cas pour le transport "qui n'a pas baissé [ces émissions] depuis les années 1990".

Ce sont effectivement les chiffres du ministère de la Transition écologique. Dans un rapport sur les "émissions de CO2 liées à l'énergie en France de 1990 à 2017", publié en septembre 2019, le ministère se félicite en effet que ces dernières "ont diminué de 19% entre 1990 et 2018". Il note toutefois un bémol. En fin d'introduction on lit que "malgré l'amélioration des performances des véhicules particuliers et des poids lourds", les émissions de CO2 liées à ce secteur ont "crû de 12%" sur la même période. "Au sein du G7, seuls le Japon et l'Italie présentent toutefois des émissions inférieures, rapportées au nombre d'habitants", relativise toutefois le ministère. 

Une diminution majeure du nombre de salariés dans le secteur automobile ?

Yannick Jadot a abordé la question de la désindustrialisation en prenant l'exemple du secteur automobile. "Depuis 10 ans on a perdu 25 % des effectifs de l'industrie automobile dans notre pays", a-t-il indiqué. Un chiffre inexact : elle représente en effet 205.000 emplois aujourd'hui selon des données fournies par le Comité des constructeurs français d'automobiles, contre 225.000 il y a 10 ans. 

La baisse enregistrée se révèle donc moindre, de l'ordre de 8,9%. Pour autant, derrière cette affirmation, subsiste une part de vérité. Si l'on remonte encore dans le temps, on constate en effet un véritable déclin, plus marqué que lors de la seule dernière décennie. En 2004, l'industrie automobile représentait en effet 333.000 emplois. En élargissant, il convient ainsi de reconnaître que depuis 17 ans, le recul a presque atteint 40%.

La durée de vie des machines à laver s'est-elle contractée ?

"Pas fan de la décroissance", Eric Piolle a toutefois tenu à soutenir une mesure qui permettrait d'éviter la surconsommation. Lors du débat, l'actuel maire de Grenoble s'est ainsi engagé à "réduire les déchets" en proposant la création de "10.000 ateliers de réparation", notamment afin de donner une seconde vie à certains outils du quotidien. Le candidat à la primaire des écologistes a ainsi pris l'exemple d'une machine à laver dont "l'espérance de vie" en 2010 "était dix ans", contre "sept ans" aujourd'hui.

Un chiffre qu'on retrouve de toute pièce dans une enquête de l'association Halte à l'obsolescence programmée (HOP) et de la start-up Murfy, experte de la réparation de gros électroménager à domicile. En septembre 2019, elles montraient qu'en "huit ans, la durée de vie des lave-linge [avait] diminué de 30%", passant de dix ans en 2010 à sept ans en 2018. Eric Piolle n'a donc pas inventé ce chiffre. Reste que les résultats de cette enquête sont contestés. 

À l'époque de sa publication, les fabricants de ces produits relevaient un problème de taille dans ce rapport. Car il analyse deux études distinctes, qui ne peuvent être comparées. La première, de 2010, avait été réalisée par le Groupement des marques d'appareils pour la maison (Gifam). Pour ce faire, il demandait l'âge du précédent lave-linge factures à l'appui. Tandis que l'autre ne portait que sur des observations du groupe Fnac-Darty, qui se contentait de données déclaratives de ses clients.  Or, "on sait que, de mémoire, la durée de vie est toujours minimisée", relevait dans le Parisien Camille Beurdelay, déléguée générale Gifam.

Lire aussi

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Crise des sous-marins : Paris annule une réunion entre les ministres de la Défense français et anglais

Afghanistan : le groupe État islamique revendique deux attaques à la bombe contre les talibans

Emmanuel Macron a-t-il "dépensé entre 5 et 7 milliards d'euros en quinze jours" ?

Avant les sous-marins australiens, le cas des F-35 américains préférés aux Rafale par la Suisse

"Cet épisode va laisser des traces" : après la crise des sous-marins, la France peut-elle quitter l'Otan ?

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.