Débat entre Marlène Schiappa et Jordan Bardella : 5 affirmations passées au crible

Débat entre Marlène Schiappa et Jordan Bardella : 5 affirmations passées au crible

FACE À FACE - Insécurité, féminicides, laïcité... Autant de sujets majeurs autour desquels Marlène Schiappa et Jordan Bardella ont débattu ce dimanche 6 juin sur LCI. Les Vérificateurs étaient présents en coulisses pour se pencher sur leurs déclarations.

Quelques piques, des argumentaires bien rodés et de nombreux chiffres très préparés... Invités d'En Toute Franchise ce dimanche 6 juin, Marlène Schiappa a débattu avec Jordan Bardella. La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté a défendu les politiques mises en œuvre et répondu aux critiques de l'eurodéputé et vice-président du RN. Un peu plus d'une heure d'échanges écoutés avec attention par l'équipe de Vérificateurs.

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Une "agression gratuite" toutes les 44 secondes ?

Très critique sur le bilan du gouvernement en matière de sécurité, Jordan Bardella a rapidement mis en avant des chiffres liés aux violences. "Il y a dans notre pays, c'est le spécialiste Maurice Berger qui le révélait dans le Figaro, une agression gratuite toutes les 44 secondes", a-t-il lancé. Une affirmation qui se base sur des chiffres officiels, mais qui mérite des éclaircissements.

Le représentant du RN fait ici référence à une affirmation du pédopsychiatre et psychanalyste Maurice Berge, tenue en juillet dernier. Problème, le terme d'agression "gratuite" est vague et ne recouvre aucune réalité statistique. Des organismes rendent compte des violences enregistrées, mais ils ne se réfèrent pas à cette dénomination précise. L’Insee, dans son enquête annuelle intitulée "Cadre de vie et sécurité" se penche sur les cas des violences physiques en dehors du ménage, vols et tentatives de vol mis à part. On remarque que pour l'année 2018, 710.000 personnes en ont été victimes, ce qui correspond à 1.945 agressions par jour, soit une "toutes les 44 secondes". 

Le chiffre avancé par Jordan Bardella n'est donc pas sorti de nulle part et provient de sources fiables. Toutefois, il couvre un large éventail de comportements délictueux. Une pluralité de situations qu'il est hasardeux de qualifier d'agressions "gratuites" tel que le fait le vice-président du Rassemblement national.

"Il y a trois viols par heure"

Mobilisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes et contre les discriminations, Marlène Schiappa a été interpellée par Jordan Bardella sur la question des viols. Celui-ci a souligné qu'en France, on en déplorait trois "par heure". Un chiffre qui interpelle et qui est malheureusement tout à fait exact.

Une note du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, publiée fin janvier, indiquait que 24.800 viols avaient été dénombrés en 2020. Si l'on effectue quelques calculs, cela en fait près de 68 chaque jour, et non loin de 3 toutes les heures (2,83). Le député européen utilise ici un chiffre officiel aisément vérifiable. 

Une candidate du RN aurait "appelé à brûler des mosquées"

En marge de la campagne des régionales, où Jordan Bardella est tête de liste, Marlène Schiappa a indiqué avoir étudié le profil des candidats RN. "J'ai regardé sur vos listes : en Île-de-France, vous avez  une femme qui a appelé à brûler des mosquées", a lancé la ministre, effectuant au passage une série de confusions.

Comme l'indiquait LCI il y a peu, Le Rassemblement national a retiré le 18 mai l’investiture à l’une de ses candidates après des propos islamophobes exhumés de Twitter. Danièle Delavaud, c'est son nom, avait posté en octobre 2017 le message suivant, depuis supprimé : "Qu'on arrête de construire des mosquées, je suis ok pour les faire sauter". Pour autant, cette candidate n'a rien à voir avec la liste conduite par Jordan Bardella aux prochaines régionales. Elle souhaitait en effet représenter Rassemblement national aux prochaines élections départementales en Corrèze.

Condamnés par la direction du parti, ces propos ont valu à Mme Delavaud et à son conjoint (par ailleurs son suppléant) une convocation devant la commission des conflits du RN. Un rendez-vous à l'issue duquel ils risquent tous deux une exclusion.

En vidéo

Une candidate RN appellerait à brûler des mosquées

Violence conjugales : un silence du RN à l'Assemblée ?

Déterminée à lutter contre les féminicides et les conjoints violents, Marlène Schiappa a interpellé Jordan Bardella en expliquant que le parti de Marine Le Pen était discret sur ces questions. "Aucun député du Rassemblement national n'a daigné se déplacer pour voter les lois pour mieux protéger les femmes face aux violences conjugales et face aux féminicides", a-t-elle asséné. 

Pour le vérifier, direction le site de l'Assemblée nationale, qui récapitule les différents votes effectués par voie électronique. Dans le cadre du projet de loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, on observe que les députés du RN sont généralement absents lors des scrutins. Seuls quelques amendements ont été votés par des élus du RN, tandis qu'aucun d'entre eux n'a pris part aux votes généraux, que ce soit en première lecture ou après son examen en commission mixte paritaire. Marlène Schiappa a donc raison lorsqu'elle pointe la faible mobilisation des représentants du Rassemblement national pour légiférer sur ces questions à l'Assemblée.

125.000 excisions recensées "chaque année" ?

Durant le débat, Jordan Bardella a tenté de montrer que la délinquance était en grande partie liée à l'immigration. Il a notamment demandé à Marlène Schiappa qui étaient les responsables des "125.000 excisions qui sont recensées chaque année par Santé Publique France". 

Ce chiffre, on en retrouve en effet une trace dans les publications de l'agence. Un bulletin épidémiologique de 2019 partage des estimations, stipulant "qu’au début des années 2010, environ 125 000 femmes adultes "mutilées" vivaient en France". Si Jordan Bardella cite un chiffre officiel, il en livre une présentation trompeuse puisqu'il ne s'agit pas de 125.000 nouveaux cas par an. Par ailleurs, rien dans ces données ne permet de savoir si ces pratiques punies par la loi ont été commises sur le sol français, ou si elles l'ont été à l'étranger, sur des femmes qui ont ensuite rejoint notre pays.

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