Déboulonner des statues ? L'Elysée suggère plutôt des contre-monuments

Déboulonner des statues ? L'Elysée suggère plutôt des contre-monuments
Politique

CONTROVERSE - Quand certains voudraient faire disparaître les statues de personnalités racistes, colonialistes, ou perçues comme telles, la solution pour ne pas "effacer" le passé serait-elle d’accompagner ces statues d’autres personnages, pour expliquer les premiers, ou les recontextualiser selon les cas ? C’est en tout cas ce que suggèrent des proches d’Emmanuel Macron.

Alors que dans le monde entier, des statues de personnages historiques associés à la colonisation sont prises pour cibles, Emmanuel Macron a prévenu lors de son allocution dimanche 15 juin : "La République ne déboulonnera pas de statue". En réponse aux statues controversées, mieux vaudrait plutôt vaudrait élever sur les même lieux des monuments dédiés à d'autres figures afin de "regarder l'Histoire en face", a suggéré l'entourage du président.

Les conseillers du chef de l’Etat étaient interrogés sur les propos de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, qui a souhaité "poser la question" de débaptiser l'avenue Bugeaud à Paris, qui porte le nom du général français responsable du massacre de nombreux Algériens au XIXe. 

"Recontextualiser" plutôt qu'effacer

"Il ne s'agit pas de débaptiser l'avenue Bugeaud mais pourquoi pas un monument adressé à l'émir Abdelkader - qu'a combattu Bugeaud - qui était détenu au château d'Amboise", a commenté un conseiller. Autre exemple : "Pourquoi pas une statue d'Emile Zola en face de celle de Paul Déroulède", fondateur en 1882 de la Ligue des Patriotes, mouvement antidreyfusard. "Il faut s'emparer de la mémoire de ces personnages, il ne s'agit pas d'effacer ce qu'ils ont été mais de recontextualiser", explique-t-on de même source.

"Des groupuscules extrémistes tentent d'imposer une vision binaire de l'Histoire, puritaine, et s'attaquent à des symboles républicains et aux valeurs de la République. Cette tentative d'importer une vision intersectionnelle de la mémoire ne peut être compatible avec une mémoire républicaine partagée par tous", estiment des proches du président, inquiets des dégradations ce week-end de statues du général de Gaulle et de Gambetta.

Un buste de Charles de Gaulle a été vandalisé à Hautmont (Nord) avec inscrit en peinture rouge le mot "esclavagiste", a rapporté le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand sur Twitter.

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Samedi dernier, lors de la manifestation en mémoire d'Adama Traoré, des manifestants voulaient cibler par ailleurs la statue installée devant l'Assemblée nationale de Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, à l'initiative en 1685 du Code noir, qui a légiféré l'esclavage dans les colonies françaises.

 Alors que Jean-Marc Ayrault, actuel président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, a demandé samedi de rebaptiser une salle Colbert à l'Assemblée, le sénateur PS de Guadeloupe et ancien ministre des Outre-mer Victorin Lurel souhaite que sa statue devant l'Assemblée, ou celle située au sein du Sénat, soient "déplacées ou expliquées", grâce à "une plaque explicative de la totalité de son parcours de vie". "Dans un État républicain, démocratique et libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique", écrit le sénateur sur Facebook, ajoutant cependant que "l'Histoire fonde nos conscience", "les mémoires - longtemps honteuses - restent douloureuses" et que "face à l'occultation et au déni encore vivaces, l'honneur de la République est d'oeuvrer pour la réconciliation des mémoires".

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Dimanche 14 juin, Emmanuel Macron a déclaré qu'il serait "intraitable face au racisme, à l'antisémitisme et aux discriminations" mais que "ce combat noble est dévoyé lorsqu'il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé".  "La République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. La République ne déboulonnera pas de statue. Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre Histoire, toutes nos mémoires", a-t-il déclaré.

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