"Mort, même l'ennemi a droit au respect" réagit Jean-Marie Le Pen, le plus féroce adversaire de Jacques Chirac

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La mort de Jacques Chirac

CHIEN ET CHAT - Tout au long de sa carrière politique, Jacques Chirac a combattu l'extrême droite et la figure montante à l'époque du Front national, Jean-Marie Le Pen. Entre les deux hommes, une animosité mutuelle née en 1986 et qui ne s'est jamais éteinte. Jusqu'à ce jeudi 26 septembre, et l'annonce du décès de l'ancien président de la République.

C'est une date qui est encore présente dans toutes les mémoires. 21 avril 2002, coup de théâtre : Lionel Jospin, candidat de la gauche, est éliminé dès le premier tour de l'élection présidentielle. Le second tour annonce ainsi une affiche improbable : Jean-Marie Le Pen, qui parvient pour la première fois à s'y hisser, face au président sortant Jacques Chirac. Ce dernier partage la surprise générale : connu pour toujours avoir un tour d'avance, Jacques Chirac n'avait néanmoins pas envisagé ce cas de figure. 

Très vite après l'annonce des résultats, les Français descendent massivement dans la rue pour appeler à faire barrage aux FN. Pour la première fois depuis 1974, le traditionnel débat de l'entre-deux tours n'a pas lieu. Chirac s'y oppose et aura ces mots restés célèbres pour expliquer son refus de débattre avec le candidat de l'extrême droite : "Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national et ceci, quel qu’en soit le prix politique, pas plus que je ne l’ai accepté dans le passé, je n’accepterai de débat avec son représentant. Je ne peux pas accepter de banalisation de l’intolérance et de la haine". 

Éternel bras de fer

Conscience républicaine pour Jacques Chirac, couardise pour Jean-Marie Le Pen qui affirmera à qui veut l'entendre que le président sortant a en fait tout simplement peur de se lancer dans une joute verbale contre lui : "Vous pensez bien qu'il ne va pas accepter un débat contre moi ! Il ne peut pas marcher avec les casseroles qu'il traîne ! Moi je vais les faire tinter !", se plaisait à affirmer Jean-Marie Le Pen lors d'une réunion pour préparer le second tour.

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Au final, Jacques Chirac est réélu avec 82% des voix, du jamais vu. Bien loin des accusations de racisme formulées à son encontre quelques années plus tôt reste l'image d'un président défenseur des valeurs républicaines face à l'extrême droite incarnée alors par "le diable de la république". Mais ce duel au sommet n'est que l'apothéose du combat Le Pen/Chirac qui aura duré pendant près de 30 ans.

Ne rater aucune occasion d'égratigner son rival

Entre les deux hommes, la guerre éclate en 1986. La même année, le FN, entre avec fracas à l'Assemblée nationale où il fait dorénavant siéger 35 députés. C'est alors que le leader frontiste tente un rapprochement avec Jacques Chirac, alors président du RPR, essuyant un refus. Jean-Marie Le Pen ne ratera alors plus une occasion d'égratigner son rival. Exemple quelques années plus tard, lors de l'élection présidentielle de 1995 durant laquelle Jacques Chirac affronte Lionel Jospin au second tour. Le 1er mai, à la faveur de la traditionnelle manifestation du FN, le leader frontiste tire à boulets rouges sur le candidat de la droite : "Dis-moi qui tu as rallié, je te dirai qui tu es, clame à la tribune Jean-Marie Le Pen. Or, qui a rallié Jacques Chirac ? Pierre Bergé, le PDG de Saint-Laurent". 

Mais cela ne suffira pas : en 1995, Jacques Chirac est élu président de la république. Mais la guerre Chirac/Le Pen ne s'amoindrie pas pour autant. En 1998, à l'issue des élections régionales, gauches et droites sont aux coudes à coudes. Pour s'assurer de battre la gauche, certains élus de la majorité sont ainsi tentés par une alliance avec le Front National. Dans une allocution télévisée, le président se montre néanmoins catégorique : "A la droite républicaine, je voudrais dire qu'elle peut convaincre sans se renier. Elle a pris des engagements, maintes fois répétés, au terme desquels elle n'accepterait aucune compromission avec l'extrême droite. Ces engagements doivent être respectés". 

Aucune alliance avec le FN donc. Mais des zones d'ombre subsistent, comme de supposées rencontres plus ou moins secrètes avec Jean-Marie Le Pen. Ce dernier affirme qu'il y en a eu 4. Une seule est avérée. On connaît également une fameuse photo volée des deux hommes, sur la plage du cap d'Antibes, se serrant la main. Officiellement Jacques Chirac, croisant inopinément son adversaire, se serait juste montré courtois. Mais entre les deux hommes, l'animosité ne s'éteindra jamais. En 2007, alors que Jacques Chirac quitte l'Elysée pour prendre sa retraite, Jean-Marie Le Pen lui rend hommage... à sa façon : "Je pense que Jacques Chirac a été le plus mauvais président de l'histoire de France. J'en perds, et je m'en félicite, mon meilleur ennemi". Un meilleur ennemi qu'il a, un dernière fois, évoqué laconiquement ce jeudi sur Twitter : "Mort, même l'ennemi a droit au respect."

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