Décès de Jacques Chirac : que retenir de ses deux mandats ?

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La mort de Jacques Chirac

ÉLYSÉE - L'ancien président Jacques Chirac, décédé ce jeudi à l'âge de 86 ans, a dirigé le pays de 1995 à 2007. Quel bilan politique peut-on faire de ces douze années au pouvoir ?

D'emblée, le chiraquisme se divise en deux moments : celui de la conquête du pouvoir et celui de l’exercice des responsabilités. Si Jacques Chirac a su faire preuve d’une incroyable ténacité pour accéder à la fonction suprême, ses détracteurs soulignent qu'il a en revanche manqué d’inspiration une fois à l’Élysée. Aucune grande réforme économique ou sociale n’est à retenir de ses deux mandats (sa présidence a certes été amputée par cinq années de cohabitation). Sur le plan institutionnel, il n’y a guère que la réduction du mandat présidentiel (de 7 à 5 ans). A souligner tout de même la fin du service militaire, une décision que la plupart des adultes de moins de 40 ans n’ont pas oubliée.

Pourtant, lors de son élection en 1995, "l’homme de la fracture sociale" semble bien décidé à réveiller le pays. Il nomme le téméraire Alain Juppé à Matignon pour notamment réformer les retraites et la Sécurité sociale. Mais ces projets se heurtent à la rue. Quelques manifestations plus tard, le gouvernement recule. Dès lors, Jacques Chirac va essentiellement se consacrer à ses prérogatives internationales. En 1996, c’est au Palais de l’Elysée que les accords de Dayton mettant fin à la guerre en Bosnie sont signés.

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L'erreur de la dissolution

Conseiller du président encore inconnu du grand public, Dominique de Villepin lui souffle en 1997 l’idée de dissoudre l’Assemblée nationale un an avant les législatives. Le président va suivre ce conseil… et le regretter amèrement. Il perd sa majorité et doit désormais cohabiter au sommet de l’Etat avec Lionel Jospin. Contraint à une forme de discrétion politique, il mettra un point d’honneur à ne pas entraver le travail du gouvernement, s’inspirant sans doute de sa propre expérience, plus compliquée, de la cohabitation avec François Mitterrand entre 1986 et 1988.

Réélu en 2002 dans des circonstances si particulières, celui qui fut également maire de Paris durant près de 20 ans choisit Jean-Pierre Raffarin comme Premier ministre. Là encore, quelques réformes structurelles sont menées (retraites, décentralisation,etc.) mais aucune ne marquera l’histoire de la Ve République. A noter la journée de solidarité envers les personnes âgées, mise en place à partir de 2004 à la suite de la terrible canicule de l’été 2003. Sur le plan international en revanche, Jacques Chirac se distingue par son refus de participer à la guerre en Irak, et cela en dépit de la détérioration des relations franco-américaines.

A la surprise générale, Jacques Chirac décide d’organiser un référendum en 2005 pour réconcilier les Français avec la construction européenne. Comme on pouvait s’y attendre, la campagne se déporte sur l’entrée ou non de la Turquie en Europe et le "non" l’emporte finalement. Le président se sépare alors de Jean-Pierre Raffarin et propulse Dominique de Villepin à Matignon afin de contrer les ambitions élyséennes de Nicolas Sarkozy.

Notre maison brûle et nous regardons ailleurs- Jacques Chirac (lors du Sommet de la Terre en 2002)

Les deux dernières années de mandat de Jacques Chirac sont marquées par la mobilisation contre le CPE. Certaines universités resteront bloquées plusieurs semaines. Après une vraie-fausse suspension, le texte est définitivement enterré en avril 2006. Fatigué, le président devient peu à peu le spectateur de la fin de son second mandat. Au terme de douze années à l’Élysée, il laisse néanmoins l’image d’un homme qui a su épouser la fonction présidentielle telle qu’elle est définie par les institutions de la Ve République.

En revanche, son héritage politique ne saute pas aux yeux. Selon le politologue Dominique Reynié, "le chiraquisme est plutôt un système de valeurs qu'un corps de doctrine". En effet, le fondateur du RPR, parfois réticent à se dire de droite, était avant tout un humaniste, passionné par les autres cultures. La construction du musée du Quai Branly à Paris en est la plus illustre démonstration. En 2002, il a tenté à Johannesburg d’alerter ses homologues du monde entier sur le changement climatique. "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs", avait-il lancé lors du Sommet de la Terre. Sans doute son plus noble combat.

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