Déchéance de nationalité : vers un "schisme" à gauche ?

Déchéance de nationalité : vers un "schisme" à gauche ?

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FRACTURE - La déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour terrorisme n'en finit plus de déchirer la gauche. Alors que Manuel Valls, qui défend cette mesure, accuse "une partie de la gauche" de "s'égarer", certains ténors du Parti socialiste évoquent le risque d'une rupture brutale au nom des valeurs.

On avait connu le PS souvent déchiré sur la ligne économique, beaucoup moins sur les grandes valeurs. C'est pourtant sur cette pente que semble embarquée la gauche depuis la présentation, le 23 décembre en Conseil des ministres, d'une promesse controversée de François Hollande : la déchéance de nationalité.

Risque de rupture

La mesure, annoncée par le président de la République devant le Congrès trois jours après les attentats du 13 novembre, vise à inscrire dans la Constitution la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour actes de terrorisme. Une revendication de longue date de la droite et du Front national. 

François Hollande "propose une réforme de la Constitution inspirée et soutenue par le FN", attaque frontalement l'ex-ministre Benoit Hamon, député de l'aile gauche du PS, dans une interview au JDD . Pour lui, "le symbole choisi, et quel symbole, envoie à des millions de nos compatriotes le message suivant : vous êtes des Français de seconde catégorie". Pour lui, ce serait même le prélude à "un schisme au sein du peuple de gauche".

Le gouvernement ira "jusqu'au bout"

Réplique de Manuel Valls, chaud partisan de la mesure, dans le même journal ce dimanche : "Une partie de la gauche s'égare au nom de grandes valeurs en oubliant le contexte, notre état de guerre, et le discours du président devant le Congrès". Et d'assurer que le gouvernement ira "jusqu'au bout".

Ces derniers jours, plusieurs députés PS ont annoncé qu'ils voteraient contre cette extension de la déchéance de nationalité, à l'instar de Pascal Cherki, de l'aile gauche du PS. Mais l'hostilité dépasse le clivage entre "frondeurs" et tenants de la ligne du gouvernement. L'ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault appelle sur Twitter à "ne pas diviser davantage" une France en "péril de paix. Un peu plus tôt dans la journée, le conseiller régional Julien Dray, réputé proche de François Hollande, s'inquiète d'un "risque de rupture avec la gauche militante".

La garde des Sceaux, Christiane Taubira, est donc loin d'être la seule à s'opposer à cette mesure . Bon nombre de députés PS, écologistes ou Front de gauche la rejoignent.

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Pour que la déchéance de nationalité soit inscrite dans la Constitution, la réforme doit être adoptée par les deux chambres, Assemblée nationale et Sénat, puis adoptée par une majorité des trois cinquièmes lors d'un Congrès à Versailles. Le gouvernement trouvera des soutiens à droite. Mais il risque d'y perdre sa gauche, à 17 mois de la présidentielle.

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