Décision du tribunal administratif de Nantes : Dieudonné se réjouit

Décision du tribunal administratif de Nantes : Dieudonné se réjouit

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BATAILLE JUDICIAIRE - La décision du tribunal administratif de Nantes d'autoriser le spectacle de Dieudonné est un sérieux revers pour Manuel Valls. Mais le ministre de l'Intérieur, qui a aussitôt fait appel devant le conseil d'Etat, refuse de s'avouer vaincu.

"On a gagné". Dieudonné s'est empressé de crier victoire sur son site Facebook jeudi, juste après la décision du tribunal administratif de Nantes l'autorisant à jouer dans la soirée au Zénith de la ville . "Manu la sens-tu ?", a-t-il ensuite ajouté, avec sa "finesse" habituelle, sur son compte Twitter. L'annulation de l'arrêté d'interdiction pris mardi par le préfet de Loire-Atlantiques de son spectacle, "Le Mur", constitue en effet un gros crash pour le gouvernement. Et au premier chef pour Manuel Valls, engagé dans un combat personnel. C'est lui qui a pris l'initiative de cette bataille judiciaire, avec sa circulaire envoyée lundi aux maires et aux préfets. Le ministre de l'Intérieur, en attendant les décisions des procédures similaires lancées dans d'autres villes, n'a plus qu'à espérer que le Conseil d'Etat, qu'il a à son tour aussitôt saisi en référé jeudi , prenne une décision inverse. Réponse à l'issue de l'audience prévue en fin d'après-midi.

"Désaveu", "amateurisme"...

En attendant, "c'est la défaite de M. Valls, c'est la défaite de M. Ayrault", n'a pas manqué de lancer l'avocat du polémiste, Jacques Verdier. Ce premier camouflet judiciaire donne en effet raison à tous ceux qui, jusqu'au sein de la majorité, ont mis en garde contre cette stratégie visant à interdire a priori des spectacles, malgré les risques juridiques et l'effet contre-productif d'une victimisation de Dieudonné . '"Qu'adviendra-t-il si les arrêtés préfectoraux étaient annulés ?", s'était inquiétée dès mercredi l'ex-magistrate et ex-candidate à la présidentielle Eva Joly. L'un de ses proches, le porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts Julien Bayou, a enfoncé le clou jeudi après-midi sur Twitter  : "Evidemment, le tribunal ne pouvait que rejeter l'interdiction. 1 grand bravo à Manuel #Valls pour la promotion monstre faite à #Dieudonné."

"Désaveu", "amateurisme", "naufrage"... L'UMP et le FN s'en sont de leur côté donnés à cœur joie. Evoquant une "séquence politique désastreuse", le président de la Ligue des droits de l'Homme, Pierre Tartakowsky, a quant à lui regretté que Manuel Valls ait "mis le gouvernement, et pas seulement, dans une situation à tout le moins délicate".

"C'est un combat politique"

Sentant sans doute le vent du boulet, l'hôte de la place Beauvau, que certains ne manquent pas d'accuser d'avoir voulu réaliser un de ces "coups politiques" dont il est coutumier, avait pris les devant dès jeudi matin. "Le rôle d'un responsable politique est de prendre des risques", avait-il lancé lors d'un déplacement à Rennes, où il avait été accueilli la veille au soir par les sifflets de sympathisants d'extrême-droite. Avant de justifier son combat en le plaçant sur le terrain des valeurs et de la morale : "C'est un combat qui n'est pas que juridique et judiciaire. C'est un combat politique. Il ne fallait pas laisser passer ces propos insupportables".

Sur ce plan, il refuse de s'avouer vaincu, quelles que soient les suites judiciaires."Face à la mécanique de la haine, il faut de la fermeté, de la sérénité et de la persévérance. La démocratie se bat avec les outils du droit, c'est ce qui fait sa grandeur et c'est pourquoi nous la chérissons", a-t-il estimé dans son communiqué annonçant son recours devant le Conseil d'Etat. Jean-Luc Mélenchon, d'habitude prompt à dézinguer le premier flic de France, est cette fois venu l'épauler. Se disant "déçu" par la décision de Nantes, le co-président du Parti de gauche a jugé sur Twitter que "cette lutte est d'abord politique. Elle continue."
 

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