Défiance historique envers les politiques : "Les Français ont un sentiment d'abandon"

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ECLAIRAGE - Jamais, en dix ans, les Français n'ont exprimé une telle défiance envers leurs institutions et les acteurs de la vie démocratique. Le politologue Bruno Cautrès, chercheur au Centre d'études de la vie politique française à l'origine du dernier baromètre, nous éclaire sur ces tendances, leurs explications et les éventuelles solutions.

"On s'est posé la question de renommer notre enquête 'le baromètre de la défiance politique'." Invité à commenter sur LCI les conclusions de la 10e enquête annuelle du Centre d'étude de la vie politique (Cevipof), réalisé par l'institut OpinionWay, et publiée ce vendredi par Le Figaro, le politologue, Bruno Cautrès, a évoqué des résultats "spectaculaires" et "une tendance extrêmement lourde". 


Et pour cause : on y apprend notamment que 85% des sondés pensent que les politiques ne se préoccupent pas des Français comme eux, tandis que seulement 9% déclarent avoir confiance dans les partis. En outre, l'image des élus de la République est particulièrement écornée. Emmanuel Macron, qui semble concentrer, tant par sa personne que sa fonction, cette défiance historique, recueille ainsi seulement 23% d'avis favorables. En un an, il a perdu 13 points de confiance.


"Finalement, sur la décennie que nous avons mesurée, c'est du jamais vu, on a un certain nombre de nos indicateurs qui sont à un niveau extrêmement préoccupant, extrêmement élevé de défiance dans la politique", commente le chercheur au Centre d'études de la vie politique française. Et de détailler : "Jamais la confiance n'avait été aussi basse dans l'institution présidentielle, dans le gouvernement depuis dix ans, mais aussi dans les assemblées, l’exécutif évidemment." 

Les explications

Pour expliquer ce niveau inédit de défiance à l'égard des institutions et des politiques, Bruno Cautrès évoque "des explications de long terme et de plus court terme". Selon lui, "celles de long terme touchent toutes les démocraties européennes dans de très nombreux pays où les citoyens ont le sentiment que les hommes politiques les ont laissés sur le bas-côté de la route". Donc, "on observe un sentiment d'abandon par les hommes politiques", poursuit-il. 


En outre, "il y a aussi un très fort sentiment qui est que les hommes politiques vivent dans une forme de bulle, de caste à part, et qui génère un sentiment de manque de respect."


Enfin, évoquant la défiance à l'égard des médias cette fois, le chercheur a insisté sur le fait qu'"il y a, pour une partie des Français, une sorte de conglomérat qui est rejeté en bloc, qu'on soit dans le pouvoir, à côté du pouvoir, qu'on commente le pouvoir."

En vidéo

Défiance historique des Français envers leurs institutions

Des solutions ?

Si l'on retrouve dans le baromètre de cette année la tendance selon laquelle "la démocratie ne fonctionne pas bien", le chercheur a tenu à souligner que "sans aucun doute lié à la crise des Gilets jaunes, cet indicateur est en repli". En l'occurrence, "moins de Français que l'an dernier nous disent : il nous faut un homme fort qui n'a pas à se préoccuper des élections et du Parlement", explique-t-il. Et de poursuivre : "On voit très nettement dans les données de cette année l'immense aspiration des Français à l’expression publique, à la participation à l'idée de prendre part aux décisions publiques et des acteurs des politiques publiques".


Interrogé sur les éventuelles solutions pour surmonter cette défiance bien ancrée des Français envers les institutions et les élus, Bruno Cautrès a évoqué "un investissement de long terme de la part des hommes et des femmes politiques". Insistant que la nécessité d'une "forme d'empathie sincère" et d'"un effort d'humilité", il estime qu'il s'agit notamment "de montrer dans les discours, dans les actes, la compréhension des problèmes des Français qui sont le plus en difficulté".

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