Récession en vue : "Les mesures de soutien vont sauver les meubles, mais ne suffiront pas pour retrouver la croissance"

Récession en vue : "Les mesures de soutien vont sauver les meubles, mais ne suffiront pas pour retrouver la croissance"
Politique

RÉCESSION - La relance budgétaire va faire passer le déficit public au-dessus des 3,9% du PIB. Objectif : soutenir l'économie en pleine crise du coronavirus. Cela suffira-t-il a renouer rapidement avec la croissance ? Les réponses d'un économiste.

Une "croissance à -1%"(récession donc) en 2020 et un "déficit public à 3,9 %" du produit intérieur brut (PIB). Ces conséquences provisoires (et probablement sous-estimées de l'aveu même du gouvernement) du plan d'urgence de 45 milliards d'euros de soutien aux entreprises et aux salariés est totalement assumé par l’exécutif. Ces chiffres ont en effet été retenus dans le projet de loi de finances rectificative, présenté ce mercredi 18 mars en Conseil des ministres, en remplacement des prévisions initiales de croissance à 1,3% et de déficit à 2,2%.

Ce choc va-t-il permettre de remettre rapidement l'économie du pays sur les rails ? Sollicité par LCI, Marc Touati, économiste et président du cabinet ACDEFI, nous explique qu'il est nécessaire mais ne va pas tout résoudre. Interview.

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LCI : Ces mesures, qui font exploser le déficit, pèsent-elles trop lourd sur les finances du pays ?

Marc Touati : Dans l'immédiat, la question ne se pose pas. Il y a le feu, l'Etat doit jouer son rôle en essayant d'éteindre l'incendie le plus vite possible. Car, au delà des dégâts humains, il est évident que l'épidémie va provoquer également des dégâts durables sur l'économie française et sur les finances publiques.

La dette publique [l'accumulation des déficits année après année, avoisinant au total plus de 2.400 milliards d'euros : NDLR] va donc exploser à la hausse. Le danger, c'est que comme les taux d'intérêt - jusqu'ici très bas - commencent à augmenter, rembourser va malheureusement coûter de plus en plus cher. Tout l'enjeu consiste désormais à savoir comment, une fois la crise passée, financer cette dette. Cela représente même un danger pour la stabilité financière de la zone euro.

La France ne dispose-t-elle pas d'une marge de manœuvre ?

Si, mais elle est malheureusement faible. Il convient en effet de rappeler que l'on part d'une dette publique déjà énorme qui venait de dépasser, avant que le coronavirus n'arrive en France, les 100% du PIB. Je crains que l'Etat, en n'ayant pas suffisamment réduit sa dette publique trop élevée (selon les critères de Bruxelles), manque désormais de moyens pour relancer son économie afin dépasser rapidement cette crise. Faisant exception au sein de l'Union européenne, l'Allemagne qui dispose en revanche d'un excédent public va pouvoir pour sa part l'utiliser sans trop de difficulté.

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Cette relance budgétaire ne va-t-elle pas aider à renouer avec la croissance ?

Ces mesures de soutien permettent aux entreprises de continuer de vivre, d'éviter les faillites et le chômage dans l'immédiat. Elles n'ont cependant qu'un rôle palliatif : elles sauveront les meubles, mais ne suffiront pas à retrouver rapidement la croissance. Celle-ci était déjà tombée à 0,5% en France avant l'arrivée du coronavirus, en raison du ralentissement mondial dû à la situation en Chine. 

Désormais, il faut s'attendre à une récession sévère. Il faudra donc espérer une sorte de réveil républicain, de réveil national, de prise de conscience - comme dans les moments d'après-guerre - de la nécessité que tous mettent la main à la pâte pour essayer de recoller les morceaux.

Il reste cependant certain que nous allons nous en sortir, que l'économie va redémarrer après la pandémie même s'il faudra d'abord se confronter à une croissance durablement molle, peut-être pendant des années. A l'époque de la faillite de Lehman Brothers, en 2008, relancer la machine économique a tout de même pris deux ans alors que les moyens pour faire face étaient plus importants.

Il faut s'attendre à un "reset" : une réinitialisation économique du monde- Marc Touati, économiste et directeur du cabinet ACDEFI

Cette crise est-elle susceptible de bouleverser l'économie mondiale ?

Oui, à l'échelle mondiale, il est certain que les cartes seront rebattues entre les pays les mieux préparés et les autres. Plus encore qu'un changement de paradigme, il faut s'attendre à un "reset" : une réinitialisation économique du monde. Reste également à savoir si cette crise va donner lieu à une coopération renforcée entre les pays ou si elle va, au contraire, inciter à un repli sur soi. N'oublions pas non plus que l'inflation pourra augmenter notamment parce que si des productions - jusqu’ici chinoises - sont relocalisées, leur coût de fabrication sera plus élevé ici.

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