Définition de l’antisémitisme : adoption dans la douleur d’un texte à l’Assemblée nationale

Définition de l’antisémitisme : adoption dans la douleur d’un texte à l’Assemblée nationale
Politique

CONTROVERSE - Une proposition de résolution contre l’antisémitisme a été adoptée mardi par les députés à l’Assemblée nationale. Une adoption qui s’est faite dans la douleur, de nombreux députés, jusque dans la majorité, ne cachant pas leur malaise vis-à-vis de la nouvelle définition de l’antisémitisme préconisée dans ce texte.

L’Assemblée nationale a vécu une journée mouvementée ce mardi. Après l’adoption quelques heures plus tôt du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, l’hémicycle s’est de nouveau agité au moment d’évoquer une proposition de résolution LaREM contre l’antisémitisme, un autre sujet sensible selon nombre de parlementaires.

Ainsi, le texte, sans valeur contraignante, a-t-il été adopté à une courte majorité dans des rangs clairsemés, par 154 voix pour (LaREM et LR essentiellement), 72 contre (à gauche) et 43 abstentions. Preuve supplémentaire du malaise présent à l’Assemblée, 26 députés "marcheurs" se sont prononcés contre - un record dans la majorité depuis les 9 voix contre l’accord de libre-échange Ceta - et 22 se sont abstenus.

L'expression "institutions communautaires" au cœur du débat

Mais pourquoi cette défiance et ces débats passionnés ce mardi au Palais Bourbon ? Parce que le texte proposé par le député LaREM Sylvain Maillard proposait de reprendre la définition de l’antisémitisme telle qu’énoncée par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA). Définition que voici : "L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte." 

Une définition déjà validée par le Parlement européen et vingt pays (dont 16 de l’UE). Et une définition qu’Emmanuel Macron avait appuyée en février dernier devant le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) en indiquant alors que l’antisionisme est "une des formes modernes de l’antisémitisme". C’est bien au sujet de ces deux termes que la controverse apparaît, les opposants au texte voté mardi l’Assemblée reprochant à celui-ci d’associer "antisémitisme" ("doctrine ou attitude systématique de ceux qui sont hostiles aux juifs" selon le Larousse) et "antisionisme" ("hostilité à l’existence ou à l’extension de l’État d’Israël", toujours d’après le Larousse) par le biais de l’expression "institutions communautaires", celles-ci pouvant se référer alors à l’État d’Israël.

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La résolution adoptée mardi précise que la définition de l’IHRA constitue "un instrument efficace (...) en ce qu'elle englobe les manifestations de haine à l'égard de l'Etat d'Israël justifiées par la seule perception de ce dernier comme collectivité juive". Avant même son adoption, cette résolution avait également interpellé plusieurs intellectuels juifs, 127 d’entre eux jugeant, dans une tribune au Monde, "hautement problématique" le texte car il "assimile (...) l'antisionisme à l'antisémitisme". "De nombreuses victimes de l'Holocauste étaient antisionistes", rappellent-ils dans la même tribune.

Alors que plusieurs députés ont également pointé du doigt le risque, avec ce texte, de catégoriser les haines - il faut légiférer sans distinction "religieuse", ont clamé des marcheurs dans une autre tribune - Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée, a accepté la demande d'une mission d'information "sur l'émergence et l'évolution des différentes formes de racisme, et les réponses à y apporter".

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