Démission de François de Rugy : récit d'une semaine de passes d’armes entre l'ex-ministre et Mediapart

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Affaire Rugy : le ministre de l'Écologie poussé à la démission

FACE-À-FACE - François de Rugy a rendu sa démission ce mardi 16 juillet, après des révélations de Mediapart concernant son train de vie, ses logements ou l'utilisation de ses indemnités. Retour sur une semaine d'un match fiévreux entre le désormais ex-ministre de la Transition écologique et le site d'information dirigé par Edwy Plenel.

Certains aiment à rappeler que la politique est un sport de combat. Et en cette semaine mouvementée, François de Rugy ne peut vraisemblablement que leur donner raison. Six jours de révélations en cascades de Mediapart sur ses dîners, ses logements de Paris, d'Orvault ou encore ses indemnités auront suffi à éjecter le numéro deux du gouvernement. A la manière d'un lutteur, d'un boxeur, qui, par à-coups, fait plier son adversaire. 

Entrée en matière : les dîners entre amis

Mercredi 10 juillet au matin, Mediapart publie un premier article faisant état d’une dizaine de dîners privés, organisés par le couple de Rugy à l’Hôtel de Lassay entre 2017 et 2018, à l'époque où François de Rugy était président de l’Assemblée nationale. Invité ce jour-là à la matinale de France Inter, le ministre de la Transition écologique se défend d’"attaques" dirigées contre son épouse et lui-même. C’est la première offensive de la semaine. 


Mais une autre révélation intervient quelques heures plus tard et lui laisse à peine le temps de préparer la riposte. Un article est de nouveau publié par Mediapart au sujet d’un logement social occupée à Paris par Nicole Klein, directrice de cabinet de François de Rugy. Problème : le logement situé Porte de Vanves, à Paris, serait resté vacant pendant douze ans. 

Mediapart m’attaque sur la base de photos volées, de ragots, d’approximationsFrançois de Rugy

Dans la soirée, le ministre sent bien qu'il lui faut s'exprimer plus longuement. Il se fend alors d’un long message sur Facebook, où il publie les réponses formulées à Mediapart concernant ses dîners, défendant vertement le principe de transparence. Au moment où le ministre écrit ces lignes, il le sait, une autre information ne va pas tarder à être rendue publique par le site d'Edwy Plenel : celle relatant des travaux effectués dans son appartement de fonction, l’hôtel de Roquelaure, entre fin 2018 et début 2019. 

De Rugy rend coup pour coup sur Facebook

François de Rugy devance alors les journalistes, qui l’ont sollicité au préalable, en mentionnant ces fameux travaux et en publiant des captures de devis et d'échanges de mails avec un entrepreneur, en guise de bonne foi. Il écrit : "Lundi, Mediapart a souhaité m’interroger. J’ai répondu par écrit à des questions envoyées par écrit. Voyant la présentation déformée, partielle et tendancieuse qui en est faite, je publie ici l’intégralité des éléments de réponse que j’ai apportés lundi soir à Mediapart. Les questions portaient sur des dîners effectués à la présidence de l’Assemblée nationale ainsi que sur des travaux de rénovation et d’aménagement réalisés dans l’appartement de fonction que j’occupe au ministère." Pour ce qui est des actes, le ministre limoge sa conseillère Nicole Klein dès le lendemain matin, jeudi 11 juillet. 

Si la journée se passe sans nouvelles révélations, François de Rugy sait qu’il n’est pas tiré d’affaire pour autant. Et décide le soir même de publier un nouveau texte sur sa page Facebook. Là encore, il tente de couper l’herbe sous le pied de Mediapart en révélant lui-même qu’il loue un appartement depuis juillet 2016 à Orvault, près de Nantes, pour 622 euros par mois, "un montant conforme aux prix du marché". Et prend à parti Mediapart qui "affirme qu’il s’agit d’un 'logement à loyer social préférentiel', en s’appuyant sur certains témoignages". Il poursuit : "Cette information, si elle est avérée, je n’en n’ai moi-même JAMAIS eu connaissance." François de Rugy rend coup pour coup et divulgue une nouvelle fois son bail locatif et autres documents qui attesteraient de sa sincérité.  


De fait, l’article de Mediapart sort dans la foulée, mais le ministre ne compte plus simplement anticiper les révélations. Le vendredi matin, invité de Jean-Jacques Bourdin, il confie, les larmes aux yeux, avoir songé à abandonner son poste. Avant de refuser l’option de la démission, qu’il ne juge pas légitime. Il affirme alors son intention de porter plainte contre le journal pour dénonciations calomnieuses. Selon lui, les journalistes mentiraient à neuf reprises dans l'article relatif à son logement d’Orvault. 

Démission et plainte en diffamation

A ce moment-là, François de Rugy croit avoir évité de justesse les coups destinés à le faire tomber. Mais c'était sans compter celui de trop. Le ministre finit par rendre les armes ce mardi 16  juillet en communiquant sa démission par le biais d’une nouvelle publication sur Facebook. Il débute son message par une invective dirigée contre le journal : "Depuis le début de la semaine dernière, Mediapart m’attaque sur la base de photos volées, de ragots, d’approximations, d’éléments extérieurs à ma fonction. La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute. Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques." 

Ces "questions nouvelles" qu’il mentionne sont en réalité une nouvelle sollicitation du pure-player la veille au soir, au sujet cette fois de son indemnité représentative de frais de mandat utilisée pour financer son ancien parti, Europe Ecologie-Les Verts (EELV), en 2013 et 2014. Sa décision a été prise, semble-t-il, dans la nuit, avant même la publication de l'article.

Ce n’est pas l’Etat qui est seul propriétaire de la vérité dans une démocratieEdwy Plenel sur LCI

Mediapart ne tarde pas à réagir à ce départ et enfonce le clou, en promettant une (a priori) ultime révélation : "François de Rugy vient de présenter sa démission. Nous lui avions envoyé hier soir des questions en vue de la publication d’une nouvelle enquête. Article bientôt en ligne." Balle de match ? 

En vidéo

Démission de François de Rugy : la réaction d'Edwy Plenel sur LCI

Si François de Rugy a désormais quitté son ministère avec perte et fracas, il ne semble pas en avoir terminé avec Mediapart, qu'il accuse être l’instigateur de son départ. Il affirme ainsi avoir "déposé ce (mardi) matin une plainte pénale en diffamation" contre le site d'investigation. "Nous y ferons face", a réagi Edwy Plenel sur LCI, qui assume entièrement les faits relatés. "Il n’y a pas de République de la délation, il n’y a pas de tribunal médiatique et ce n’est pas l’Etat qui est seul propriétaire de la vérité dans une démocratie." 

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