Démission du général De Villiers : "Il ne faut pas dramatiser"

ANALYSE - La démission du chef d'état-major des armées, le général De Villiers, sur fond de désaccord budgétaire avec le Président, est-elle une crise grave ? Pour Jean-Pierre Maulny, spécialiste des questions de défense à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), ces désaccords sont très fréquents, même si celui-ci était "mal engagé depuis le début".

Pour la première fois sous la Cinquième République, le chef d'état-major des armées a démissionné. Le départ du général Pierre de Villiers, remplacé dans la foulée par le général François Lecointre, a interprété par de nombreux commentateurs comme une crise grave entre l'armée et l'exécutif. Contacté par LCI, le spécialiste des questions de défense Jean-Pierre Maulny estime pour sa part que "tout devrait rentrer dans l'ordre" assez vite, et "qu'il ne faut pas dramatiser" cette récente montée de tensions, pas si exceptionnelle.

Journaliste : Comment mesurer la gravité de la crise entre l'armée et l'exécutif ?

Jean-Pierre Maulny : Ce n'est pas si grave que ce que l'on dit. Pour avoir suivi ces questions pendant 25 ans, j'ai toujours constaté que les arbitrages budgétaires sur l'armée ont suscité des tensions entre le ministère des Finances et celui des Armées. Depuis 2015 et les attentats en France, ces arbitrages sont même plutôt favorables au ministère des Armées. Il faut aussi rappeler qu'en 2008, le chef d'état-major de l'armée de Terre, Bruno Cuche, avait également démissionné.

Journaliste : Pouvait-il y avoir une autre issue que la démission de Pierre de Villiers ?

Jean-Pierre Maulny : Probablement pas, car cette discussion entre Emmanuel Macron et le général De Villiers était très mal engagée depuis le début. La première critique de ce dernier au sujet du budget de l'armée, qui a été rendue publique, a obligé Emmanuel Macron à réagir. Et, au vu de sa réaction, la démission du général De Villiers était presque inévitable.

Journaliste : Et maintenant, cette crise peut-elle se poursuivre ?

Jean-Pierre Maulny : Tout devrait rentrer dans l'ordre assez vite. Encore une fois, il ne faut pas dramatiser cette situation, car la crise dure depuis longtemps. Ce soubresaut était plus important que les autres, et il faut avoir à l'esprit que la grogne peut exister chez les militaires, comme en 2001, quand les gendarmes avaient manifesté en uniforme, ou à partir de 2011, quand le logiciel de paiement des soldes avait occasionné d'énormes retards de paiement.

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