"Il y avait le feu à la baraque" : et si la crainte de perdre Lyon avait précipité le départ de Collomb ?

Politique
RETOUR AU BERCAIL – Alors qu’il ne devait quitter le gouvernement qu’au printemps prochain, Gérard Collomb a finalement fait le choix de rentrer à Lyon bien plus vite... déclenchant, au passage, une crise gouvernementale. Un départ avant tout guidé par la crainte d’être mis sur la touche lors des municipales de 2020.

Quand Emmanuel Macron n’était qu’un jeune ministre ambitieux, Gérard Collomb clamait déjà haut et fort son admiration à son égard et son désir de le voir devenir Président de la République. Ses larmes lors de l’intronisation du nouveau locataire de l’Élysée, juste après la passation de pouvoir avec François Hollande, témoignent du lien fort qu’il existe – plus exactement qu’il existait – entre les deux hommes.


Car, à l’instar des histoires d’amour, les idylles politiques finissent mal. En général… Et celle entre Emmanuel Macron et Gérard Collomb ne fera pas exception. Il faut dire que la passivité du ministre de l’Intérieur à soutenir le chef de l’État en plein coeur de l’affaire Benalla cet été a cassé une complicité qui avait déjà commencé à s’effriter depuis quelques mois.

Si cette rupture a sans doute joué dans la décision du ministre d’abandonner Beauvau, la raison profonde à l’origine de cette rocambolesque démission ne s’est toutefois pas nouée à Paris mais à Lyon. Une ville que Gérard Collomb a dirigée entre 2001 et 2017 et dont il s’apprête à redevenir maire dans les prochains jours.

"Il est temps que Lyon se libère d'un joug féodal"

L’ancien sénateur PS n’a jamais caché son intention de redevenir maire de Lyon lors des municipales de 2020. Bien que ministre de l’Intérieur, il s’y rendait le plus souvent possible afin d’entretenir son leadership local. Il y a quelques mois, il avait même créé l’association "Prendre un temps d’avance" afin de poser les bases de sa future candidature.


Pensant imposer son timing, il a annoncé la semaine dernière dans L’Express qu’il resterait place Beauvau jusqu’aux élections européennes de 2019. Mais la situation locale l’a poussé à changer d’avis. En effet, l’ex-numéro 2 du gouvernement a bien senti que la reconquête de Lyon ne serait pas une formalité. Certains élus locaux qui l’ont soutenu par le passé cachent de moins en moins leur désir de tourner la page Collomb.


"Il est temps que Lyon se libère d'un joug féodal", affirme la maire du 1er arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert, ancienne protégée de Gérard Collomb. Autre signe qui ne trompe pas, personne dans les rangs locaux du parti macroniste ne s'est pour l'instant aventuré à saluer son retour. La preuve que "les élus de son camp sont gênés par son retour", explique à l'AFP Pascal Blache, l'actuel maire divers droite du 6e arrondissement qui sera sans doute dans la course pour 2020.


Récemment, une soixante d’élus de la métropole lyonnaise, essentiellement issu du centre et de la droite non-LR, ont lancé un collectif transpartisan baptisé "Construisons la métropole pour demain". S’ils assurent qu’une liste commune lors des municipales n’est pas leur priorité, difficile de ne pas voir dans cette opération une offensive anti-Collomb.

"Il y avait le feu à la baraque"

Il devenait donc urgent pour l’ancien maire de Lyon de revenir sur ses terres afin de reprendre la main. Car même certains de ses proches ont pris leur distance. David Kimelfeld, qui lui avait succédé à la tête de la Métropole à la suite de sa nomination au gouvernement, n’affiche pas la même fidélité que Georges Képénékian, qui vient, lui, de démissionner de son poste de maire de Lyon pour permettre à Gérard Collomb de récupérer dès à présent son fauteuil. "Il y avait le feu à la baraque", résume un député LaREM dans Le Parisien.


Le meeting de La République en Marche samedi dernier à Villeurbanne a été un point de basculement, estiment certains élus locaux présents à cette réunion. "La salle était froide, il s’est rendu compte qu’il n’avait plus grand monde autour de lui, que les militants étaient réservés sur sa gestion de la ville", glisse l’un d’eux dans Le Figaro.


"Il avait un scénario public de retour au printemps", ajoute un fin observateur de la vie politique lyonnaise.  Mais "il s'est rendu compte qu'en laissant neuf mois, il laissait l'opposition dans son propre camp s'organiser". 

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