Bientôt une femme élue au perchoir ? Elles ont présidé les débats de l'Assemblée, elles racontent

Bientôt une femme élue au perchoir ? Elles ont présidé les débats de l'Assemblée, elles racontent
Politique

MISOGYNIE - À ce jour, aucune femme n'a été élue à la présidence de l'Assemblée nationale, mais nombreuses sont celles qui ont déjà occupé le "perchoir" et présidé des débats en tant que vice-présidentes. Six d'entre elles racontent à LCI leur expérience, pas toujours agréable.

Mercredi, l'Assemblée nationale nommera son nouveau président, et tout porte à croire que ce ne sera pas une présidente, tant Richard Ferrand, l'actuel président du groupe La République en Marche, semble favori. Pour autant, si aucune femme n'a jamais accédé au "perchoir", plusieurs ont déjà occupé, en tant que vice-présidentes, le siège aux accoudoirs dorés qui surplombe l’hémicycle pour présider des séances. Et certaines ont payé le fait d'être une femme.

"Il y avait à peine 6% de femmes quand je suis rentrée à l'Assemblée", se souvient Muguette Jacquaint, députée de Seine-Saint-Denis de 1981 à 2007. Désormais âgée de 76 ans, l'ex-élue communiste a été vice-présidente de l'Hémicycle entre 1995 et 1996. Une petite douzaine de femmes avant elle avaient déjà présidé une séance. "Il y avait des rires ironiques... Se faire respecter, c'était un apprentissage", raconte-t-elle. "Quand j'ai vu les députés siffler Cécile Duflot parce qu'elle portait une robe [en 2012, ndlr], je me suis demandé si les choses avaient changé", poursuit l'ancienne élue, qui conclut que "le combat pour l'égalité des sexes a de beaux jours devant lui".

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Au début des années 2000, la députée socialiste Christine Lazerges, élue depuis 1997, accède elle aussi au poste de vice-présidente. "J'ai beaucoup aimé !", lance d'entrée cette professeure de droit, habituée à préserver l'ordre dans des amphithéâtres. Désormais présidente de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), Christine Lazerges, garde un bon souvenir d'avoir arbitré les débats de ces "grands enfants" que sont les députés. "Ils font attention à la manière dont les femmes s'habillent. Je choisissais toujours un look strict."

"Il est indispensable d'avoir une autorité naturelle", poursuit-elle, convaincue que son expérience dans l'enseignement lui a facilité la tâche. "Je me souviens d'un débat que j'ai présidé sur la réforme du droit de la chasse... Une véritable foire d'empoigne ! Peut-être que ça se serait mieux passé si j'avais été un homme", se remémore l'ex-élue PS. "C'est plus facile aujourd'hui, les députés masculins ont changé, après des incidents comme celui de la robe de Cécile Duflot. Je pense que le temps est venu pour qu'une femme soit présidente, car des femmes qui ont de l’autorité, il y en a pléthore !"

"Depuis le début des années 1990, la honte a changé de camp", estime pour sa part Élisabeth Guigou, vice-présidente de l'Assemblée entre 2010 et 2011, après avoir été plusieurs fois ministre et députée. "J'avais de l'expérience, personne n'a osé s'y frotter", raconte l'ex-élue PS. Une solide expérience qui n'a pas empêché son collègue socialiste Jean Glavany, alors son rival dans la course au perchoir, d'affirmer en 2012 que "l'adéquation d'un homme pour le poste, cela ne se mesure pas à la longueur des cheveux ou de la jupe". "C'est quand on entre dans l'arène électorale qu'on est victime dans ce genre de choses", analyse aujourd'hui Élisabeth Guigou. "Ils se demandent : 'qu'est ce qu'elles viennent faire là, sur notre territoire ?'"

Il ne faut pas nommer une femme simplement parce que c'est une femme, mais ça arrivera- Carole Bureau-Bonnard

"Du machisme ordinaire à l'Assemblée nationale ? Ce serait extraordinaire qu'il n'y en ait pas !", ironise Laurence Dumont, qui a goûté au perchoir de 2011 à 2017, notamment pendant les années Bartolone. Si l'élue socialiste, en photo en tête de cet article, dit avoir "essuyé quelques scuds" depuis son élection de 1997, elle ne saurait dire s'ils relèvent du machisme ou du "bizutage" des nouveaux venus. Mais un souvenir reste vivace : "Pendant les débats sur le mariage pour tous, j'ai présidé une séance très houleuse, et, après un rappel au règlement, tout le groupe des Républicains, Christian Jacob en tête, s'est ligué pour demander le retour de Claude Bartolone. C'était violent. C'est le seul moment où j'ai senti une telle hostilité." 

Pour toutes ces femmes qui ont eu accès au perchoir, les esprits sont mûrs pour qu'une femme devienne présidente de l'Assemblée. Et en attendant sa nomination, qui dépendra du vote interne de la majorité, lundi, c'est une femme qui occupe la présidence par intérim. Carole Bureau-Bonnard estime  que les "crispations de départ" et le "côté misogyne chez certains collègues" ont été "balayés", même si c'est un homme qui reprendra vraisemblablement le perchoir. "Nous avons habitué le public à voir indifféremment une femme ou un homme à ces fonctions. Il ne faut pas nommer une femme simplement parce que c'est une femme, mais ça arrivera."

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