Des quotas d'immigration ? En 2017, Macron jugeait la mesure "impossible à piloter"

Politique
DEBAT - Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a relancé le débat autour de l'instauration des quotas d'immigration dans une interview au JDD. Le sujet pourrait être abordé au Parlement à la rentrée. Cette proposition venue de la droite avait pourtant été jugée inefficace par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle.

Un nouveau gage en direction des électeurs de droite déboussolés après les européennes ? Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a remis sur la table, dans une interview au JDD, l'hypothèse d'instaurer des quotas sur l'immigration. Une proposition pourtant étrangère à la majorité présidentielle, puisqu'elle venait à l'origine de la droite LR. François Fillon en avait fait l'un de ses arguments phares durant la campagne présidentielle. 


S'il exclut, dans le JDD, d'évoquer des quotas pour le droit d'asile - ce serait "contraire à nos engagements internationaux" -, le ministre de l'Intérieur a jugé que la question pourrait être "posée dans le cadre du débat pour d'autres modes d'immigration légale", sans préciser s'il parlait de regroupement familial, d'immigration économique ou encore des étudiants étrangers. Elle pourrait notamment être abordée au Parlement en septembre, Edouard Philippe ayant annoncé, la semaine dernière, dans son discours de politique général, la tenue annuelle d'un débat sur l'immigration chez les parlementaires - là encore, une idée défendue par François Fillon durant la présidentielle. 


Prudent, Christophe Castaner a toutefois rappelé qu'un rapport rédigé en 2009 par Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, avait émis des doutes sur l'instauration d'un dispositif de quotas. 

Un dispositif "quasiment impossible à piloter"

Les propos de Christophe Castaner interviennent alors que, toujours d'après le JDD, Emmanuel Macron a fait part de ses doutes, la semaine dernière, en cercle restreint, sur l'efficacité de la loi asile et immigration votée l'an dernier, convaincu par ailleurs que ce thème serait au coeur du prochain scrutin national. Le durcissement possible du discours de l'exécutif sur l'immigration inquiète d'ailleurs certains membres de la majorité, dont certains députés LaREM qui avaient déjà "frondé" lors du vote de la loi alors portée par Gérard Collomb et viennent de créer un groupe "social-démocrate" au sein de la majorité à l'Assemblée nationale. 


Il faut dire que l'hypothèse des quotas annuels d'immigration est bien loin de l'ADN initial d'En Marche. Durant la présidentielle, le programme d'Emmanuel Macron n'envisageait pas cette mesure. Dans un entretien avec l'ancienne présidente de la Cimade, Geneviève Jacques, en mars 2017, Emmanuel Macron affirmait même ceci : "Je ne crois pas aux politiques des quotas, parce qu'on ne sait pas les faire respecter. Déciderions nous, demain, d'avoir un quota de Maliens ou de Sénégalais d'un côté, d'informaticiens, de bouchers de l'autre, comme certains le proposent ? Un tel dispositif serait quasiment impossible à piloter". 

Le tournant du Grand débat

Durant les débats sur la loi asile et immigration, la droite sénatoriale avait proposé que les quotas soit introduits dans le texte de la majorité. Une proposition alors fustigée par Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, pour qui "l'introduction de quotas ne résiste pas à un examen de faisabilité", et martelant toujours que "le gouvernement est défavorable à une telle politique". 


Le tournant s'est opéré en janvier 2019, dans le cadre du Grand débat. Dans la "lettre aux Français" précédent cette séquence liée à la crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron a évoqué le sujet sous une forme interrogative : "En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?" De fait, le sujet est resté minoritaire parmi les thèmes abordés par les Français dans le cadre du Grand débat. Pour autant, le résultat du scrutin européen - l'immigration et l'avenir de l'espace Schengen se sont invités au coeur du débat - et la perspective des prochaines élections, dans un contexte de délitement de la droite LR, ont conduit l'exécutif à réorienter son discours. 


Devant les parlementaires, la semaine dernière, Edouard Philippe a estimé qu'il fallait avoir "le courage d'affronter le débat sans fausse pudeur". Un débat qui risque, en premier lieu, d'agiter la majorité. Lundi matin, sur BFMTV, la députée LaREM Aurore Bergé, issue de la droite, s'est dite favorable à des quotas pour l'immigration économique, mais pas pour l'immigration familiale. Idem pour le député du Val d'Oise Aurélien Taché, qui jugeait sur LCI qu'il sera "plus efficace d'en débattre au niveau européen" que dans l'enceinte du Parlement national. Quant à l'opposition, si la droite devrait logiquement défendre cette proposition qui est sienne, le Rassemblement national s'oppose à toute politique de quotas. Lundi matin, sur LCI, le porte-parole du RN Sébastien Chenu a rappelé que son mouvement jugeait que cela "ne marche pas", préférant l'arrêt quasi total de l'immigration légale. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter