Des voies sur berge au camp de réfugiés, Anne Hidalgo cultive sa gauche

Des voies sur berge au camp de réfugiés, Anne Hidalgo cultive sa gauche

AMBITION - A la tête de la mairie de Paris depuis 2014, Anne Hidalgo a multiplié les initiatives pour soigner son image de vraie femme de gauche, en pleine période de désaveu gouvernemental... quitte à parfois forcer son chemin

Anne Hidalgo serait-elle devenue une marque de gouvernance ? En deux ans et demi de mandat, elle a réussi à imprimer sa méthode, une main de fer dans un gant de velours. Au service d’une ambition affirmée de gauche. Celle qui fut longtemps cantonnée à rester dans l’ombre tutélaire de Bertrand Delanoë, que l’on qualifiait autrefois d’apparatchik dans les couloirs de l’Hôtel de Ville est aujourd’hui devenue l’une des figures de la vie politique française. Elle en rit elle-même. "Avec autoritarisme, je lève la séance", dit-elle en souriant à l’issue du déjeuner avec les journalistes juste après le Conseil de Paris qui a approuvé la fermeture des voies sur berges aux voitures.

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Autoritarisme ? Le mot est sur toutes les lèvres. D’abord celles de l’opposition municipale. Qui lui reproche sa manière de mener les débats, de couper la parole ou de rappeler à l’ordre les élus trop bruyants. Qui dit son amertume d’être si peu consultée. Ce qui a poussé, à les croire, la moitié des élus de droite à boycotter le repas annuel où les invite Anne Hidalgo pour échanger. Parfois, la critique se teinte d’une pointe d’admiration. Ainsi Florence Berthout la maire LR du cinquième arrondissement qui lance ce lundi matin en plein Conseil sous les rires : "Telle une déesse antique, vous voudriez faire disparaitre toute seule la pollution à Paris en imposant les mains…"

L’intéressée se défend de tout excès : "Je m’inscris dans des processus démocratiques et sérieux. Je n’accepte pas ces procès en légitimité instruits en permanence contre la gauche parisienne. Ma méthode est celle du sérieux, de la concertation et surtout les décisions sont validées par un vote du Conseil." Voilà pour la réponse officielle. Mais la méthode Hidalgo ce sont aussi ces colères exprimées tout haut, lorsque François Hollande veut lui forcer la main sur la candidature de Paris aux JO, ou pour s’opposer frontalement à la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse qu’elle accuse de faire trop peu pour les transports publics parisiens. Ce sont surtout ces marches forcées vers les projets les plus polémiques : installation d’un camp de réfugiés aux portes de la capitale, piétonisation des voies sur berges malgré l’avis négatif d’une commission d’enquête et la grogne des automobilistes, réforme du statut de Paris et fusion des arrondissements du centre.

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    "En réalité c’est une logique d’exercice solitaire du pouvoir. Qu’elle assume totalement. Elle veut surtout se créer des marqueurs de gauche, soigner son image pour plus tard. Quitte à faire preuve de sectarisme", avance Brigitte Kuster, maire LR du 17e arrondissement. Ils sont nombreux à lui prêter des ambitions nationales, et pas seulement dans l’opposition. Il est vrai qu’en 2017, si la droite remporte la présidentielle et les législatives, Paris restera un bastion de gauche, un puissant contre-pouvoir. Anne Hidalgo aura alors le champ libre pour incarner une relève politique au Parti socialiste, d’autant plus crédible qu’elle a les deux pieds dans l’action publique locale, la seule qui trouve encore grâce aux yeux des Français.

    Anne Hidalgo en icône d’une gauche déboussolée, la nouvelle Martine Aubry en quelque sorte, le scénario n’est pas encore totalement réalisé. La maire de Paris ne fait pas l’unanimité dans son camp. Certains ont la dent dure, telle Danielle Simonnet, élue Front de gauche du 20e arrondissement : "C’est la politique du balancier, un coup à gauche, un coup à droite. Elle ouvre en grande pompe un camp de réfugiés mais elle donne son feu vert aux démantèlements de squats. Elle communique beaucoup sur le logement social mais elle prépare la privatisation des agents de verbalisation du stationnement. Elle fait une politique d’accompagnement libéral. D’ailleurs, après s’être opposée à la loi Macron et le travail le dimanche, elle va l’accompagner dans la capitale pour faire plaisir aux groupes comme LVMH."

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      Le dossier des voies sur berges illustre bien cette volonté d’affirmer sa capacité à trancher. "A un moment donné il faut décider. Je sais faire. Cela faisait partie de mon programme électoral et l’idée avait même été lancée il y a plus de quinze ans par les écologistes. A entendre la droite, c’est toujours trop tôt. Ce sont eux qui s’y prennent mal. On avait déjà vu ça avec le tramway", affirme l’édile. Certains dans sa propre majorité mettent pourtant en garde. "Il faut qu’elle se méfie parfois à ne pas brûler les étapes. Son entourage a mal verrouillé le travail de la commission d’enquête. Celle-ci n’aurait jamais dû donner un avis négatif. C’est une maladresse. Du coup, le groupe PS a été obligé d’allumer un contre feu et faire réaliser un sondage pour soutenir la fermeture des voies (55% des Parisiens y sont favorables selon une enquête Ifop)", glisse une élue socialiste.

      Déterminée à ne rien céder, Anne Hidalgo a surtout compris l’intérêt à toujours avoir une longueur d’avance. Ce n’est pas un hasard si, au cours de ce déjeuner face aux journalistes, elle lance sa nouvelle idée : une réforme institutionnelle pour étendre l’Ile-de-France jusqu’au Havre et en faire une super région stratégique. Ce n’est pas du ressort du maire de Paris mais qu’importe, c’est une manière habile de peser dans le débat national au moment des grandes échéances électorales. "Entraîner l’Etat, c’est ça ma vraie méthode. D’ailleurs je l’ai fait sur le camp de réfugiés. J’ai initié le projet et le gouvernement a suivi."

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        Un ambitieux positionnement avant-gardiste qui n’est parfois pas dénué d’humour. Quand il s’agit par exemple de reprendre au vol la proposition des écologistes d’installer un camp naturiste dans la capitale. "Pourquoi je ne serais pas d’accord ? Après tout, c’est une pratique, ça existe". Aller sur tous les terrains, même les plus insolites, comme pour incarner une modernité en politique. Avec sa gouvernance abrupte, Anne Hidalgo a déjà au moins réussi à faire oublier son prédécesseur. Une prouesse quand on se souvient d’un Bertrand Delanoë qualifié en son temps de maître en communication.

        VIDÉO - Voies sur berge : le passage en force d'Anne Hidalgo pour la piétonnisation

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        Voies sur berge : le passage en force d'Anne Hidalgo pour la piétonnisation

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