Deux ministres concurrents retirés de la course, d'autres encouragés à participer... Quelle stratégie pour Emmanuel Macron aux municipales ?

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ÉLECTIONS - Emmanuel Macron souhaitait éviter de se mêler des élections municipales, préférant que ses ministres s'engagent dans la bataille. Les ambitions personnelles, voire un conflit entre deux ministres, en ont décidé autrement, imposant au chef de l'Etat des interventions directes dans la campagne.

Emmanuel Macron s'est jeté malgré lui dans le bain des élections municipales. Le chef de l'Etat a été contraint d'intervenir directement, en l'espace d'une semaine, pour tenter d'éteindre deux incendies qui menaçaient l'unité de ses troupes. 

Le week-end dernier, Cédric Villani était convié à l'Elysée afin de tenter une médiation de la dernière chance au sujet de la mère des batailles, Paris, où le candidat officiellement investi, Benjamin Griveaux, est sérieusement affaibli par la candidature Villani. La rencontre s'est soldée par un échec, le mathématicien ayant acté une "divergence" avec le chef de l'Etat, avec pour issue l'exclusion de Cédric Villani de LaREM, mercredi soir. A Paris, le problème de la majorité reste donc entier.

Emmanuel Macron a dû également intervenir personnellement dans un conflit opposant deux de ses ministres à Biarritz, Didier Guillaume (Agriculture), qui souhaitait s'y présenter en tête de liste, et Jean-Baptiste Lemoyne (Commerce extérieur), qui comptait se présenter sur la liste du maire sortant. A l'issue, une décision radicale et assez surprenante. "Didier Guillaume et Jean-Baptiste Lemoyne se retirent de la course à la mairie de Biarritz à la demande du Président de la République, dans une démarche de clarté et d’unité. Ils restent ainsi à leurs postes ministériels", a communiqué laconiquement l'Elysée mercredi soir. 

Les ministres devaient partir seuls au combat

Ces deux interventions spectaculaires ont mis à mal la stratégie énoncée par le chef de l'Etat. Ce dernier voulait en effet rester en retrait de la batailles des municipales, afin d'éviter si possible d'en nationaliser l'enjeu. "Ce scrutin reste pour lui de portée locale et le président de la République n'a pas vocation à s'en mêler", assurait encore mercredi l'entourage du chef de l'Etat à LCI, reprenant une citation prêtée à François Mitterrand : "Je prendrai les maires que les Français me donneront". "Cela ne veut pas dire qu'il est indifférent", a toutefois nuancé cette source. "C'est pour cela qu'il s'est penché sur le cas de Paris et de Biarritz [...] Il a tenté de pacifier une situation, ça ne veut pas dire qu'il s'est impliqué corps et âme dans les municipales."

Avant ces interventions, Emmanuel Macron avait demandé à ses troupes de s'engager pleinement dans cette campagne qui s'annonce difficile pour l'exécutif. Ce qu'ils ont fait. Pour épauler Benjamin Griveaux à Paris, la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa s'est lancée dans la bataille sur une liste dans le 14e arrondissement de Paris. Une autre secrétaire d'Etat, Agnès Pannier-Runacher, devrait concourir dans le 16e arrondissement. Le nom d'Agnès Buzyn circule également à Paris depuis de longues semaines, mais la ministre de la Santé est pour l'heure mobilisée sur deux fronts prioritaires, la réforme des retraites et le coronavirus chinois. Le ministre de la Culture Franck Riester vise pour sa part Coulommiers (Seine-et-Marne), tandis que Sébastien Lecornu (Collectivités territoriales) est en lice à Vernon (Eure). Marc Fesneau, Geneviève Darrieussecq et Gabriel Attal, Emmanuelle Wargon, Jean-Baptiste Djebbari et Christelle Dubos pourraient également participer à des listes locales. 

Mais cet engagement des ministres pose également des questions à l'exécutif. Ceux d'entre eux qui envisagent de devenir maires ne pourront rester au sein du gouvernement, ce qui implique un remaniement à l'issue des élections. C'est le cas de Gérald Darmanin, qui a d'ores et déjà annoncé son souhait de redevenir maire de Tourcoing. Quant au chef du gouvernement, Edouard Philippe, il va devoir trancher son propre cas, probablement lors de son déplacement au Havre vendredi : conduire une liste puis revenir au gouvernement, ou bien partir pour de bon. 

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L'implantation locale de LaREM reste hypothétique

Au-delà de l'enjeu immédiat - éviter un vote sanction aux municipales -, la majorité présidentielle doit également préparer l'avenir, ce qui explique aussi cette hyperactivité de l'exécutif. A deux ans de l'élection présidentielle, LaREM reste un mouvement fragile du fait de son manque d'implantation locale. Une implantation qui détermine au passage un autre scrutin, les élections sénatoriales de septembre 2020, et qui aura une incidence politique sur deux autres échéances intermédiaires, les départementales et les régionales (2021). 

Depuis l'été 2019, le mouvement LaREM annonce ainsi des investitures au compte-goutte, cherchant un fragile équilibre entre les candidatures propres et le soutien à des maires sortants bénéficiant d'une forte implantation locale, quand bien même leur étiquette d'origine est éloignée de la majorité présidentielle. Des candidats LaREM se présentent ainsi dans plusieurs grandes villes, souvent dans des positions incertaines (Bordeaux, Paris, Lille, Marseille...), tandis que dans d'autres villes, c'est l'appui à un maire sortant, plus sûr, qui l'a emporté (Toulouse, Calais, Issy-les-Moulineaux...). 

Enfin, la majorité présidentielle semble avoir identifié deux adversaires particulièrement dangereux lors de ces municipales, qui pourraient annoncer la bataille à suivre en 2022 : EELV et le RN. "Le vrai danger, c'est les Verts", nous confiait ainsi un cadre LaREM en début de semaine. "Ils vont gagner 5 ou 7 villes, ils profitent de la dynamique des européennes. Le RN et EELV sont les seuls partis qui peuvent bénéficier d'une étiquette partisane." Les écologistes sont susceptibles de conduire des alliances particulièrement destructrices pour la majorité aux municipales, à l'instar de cette "coalition climat" qui voit le jour dans la capitale autour d'EELV et de Cédric Villani. Quant au RN, qui pourrait gagner plusieurs dizaines de villes, sa présidente Marine Le Pen, mène une double campagne - municipale et présidentielle - et rêve de prendre une revanche sur Emmanuel Macron. Pour tenter d'endiguer cette ascension, le patron de LaREM, Stanislas Guerini, a lancé jeudi dans le Var une "mobilisation contre le vote RN". Reste à savoir s'il peut encore être suivi sur ce terrain, comme ce fut le cas lors des élections nationales de 2017, puis aux européennes de 2019.

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