Dîner clandestin au palais Vivienne : retour sur un feuilleton "sans faim"

Dîner clandestin au palais Vivienne : retour sur un feuilleton "sans faim"

RÉUNIONS INTERDITES - Des dîners chics parisiens organisés en pleine crise sanitaire suscitent la controverse. Dernier épisode en date, l'organisateur soupçonné assure que tout n'était qu'une vaste blague... sans convaincre.

Invoquer un poisson d'avril un 6 avril, c'est un peu comme souhaiter ses vœux de bonne année fin février, ça fait tache. Depuis cinq jours, un reportage de M6 a mis le feu au baril de poudre médiatique et politique. On y voit une réunion d'au moins une dizaine de personnes, à Paris, dans une fête clandestine où, entre caviar, champagne et menus de grand chef, des convives se réunissent sans masque pour profiter des agapes.

Une fête illégale en ces temps de restrictions sanitaires, où l'un des organisateurs affirme même à une journaliste avoir déjà vu "des ministres" participer à de telles réunions. De lourdes accusations qui ont entraîné, dès dimanche, l'ouverture d'une enquête pénale pour "des chefs de mise en danger d’autrui et de travail dissimulé : elle aura pour objectif de vérifier si des soirées ont été organisées en méconnaissance des règles sanitaires et de déterminer quels en ont été les éventuels organisateurs et participants", selon le parquet de Paris.

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Le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, n'est pas le seul à réagir, deux ministres, Bruno Le Maire et Marlène Schiappa se saisissent dès dimanche de la polémique. Le premier, sur le plateau du "Grand Jury" RTL, Le Figaro et LCI  pour dire sa certitude qu'aucun ministre n'a participé à une telle fête clandestine, la seconde pour assurer que si un membre du gouvernement était convaincu de tels faits il devrait payer une amende et démissionner dans la foulée. 

Dans la foulée, l'identité de l'organisateur présumé des soirées est dévoilée : Pierre-Jean Chalençon, collectionneur d'objets liés à Napoléon Ier et propriétaire de l'hôtel particulier Vivienne, dans le IIe arrondissement de Paris. C'est là qu'avec le chef Christophe Leroy, il reçoit. L'ancien "brocanteur" d'"Affaires conclues" commence par nier, puis par démentir la présence de ministres avant d'assurer avoir simplement voulu "faire de l'humour".

Problème, des photos troublantes de dîners ont été partagées par lui-même sur des réseaux sociaux. S'il n'y a pas de ministres, les clichés laissent bien voir des dîners devenus clandestins avec la fermeture des restaurants sine die. Dans la foulée des dénégations de Pierre-Jean Chalençon, M6 diffuse un enregistrement plus long de la conversation tenue entre lui et la journaliste. À l'époque, avant l'ouverture de la procédure judiciaire, il semblait n'avoir aucun problème à assumer ses soirées.

Le palais Vivienne est beau, on peut y mettre des lumières, on peut s'amuser. [...] Ca fait 15 mois qu'on ne peut plus rien faire, moi j'ai pas eu un euro d'aide ! Je fais ce que je veux, je suis encore en France, je suis un citoyen normal.- Pierre-Jean Chalençon

Une vidéo d'un Youtubeur sème le trouble

La séquence ne s'arrête pas là, sous l'action d'internautes, une vidéo publiée le 1er février 2021 d'un Youtubeur nommé Sam Zirah ressurgit, dans laquelle le collectionneur Chalençon dit attendre "prochainement" à dîner son ami Gabriel Attal et confie être proche de différents ministres du gouvernement dont le porte-parole, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, Jean-Baptiste Lemoyne ou encore le ministre du Commerce extérieur Franck Riester.

Invité à réagir ce mardi matin sur France 2, le porte-parole assure avoir "découvert cette invitation avec cette vidéo. Je n'ai jamais rencontré cette personne". La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté Marlène Schiappa provoque un nouvel imbroglio, affirmant qu'"il y a effectivement eu une invitation et Gabriel Attal l'a refusée fermement". Elle n'était visiblement pas au courant que le porte-parole affirmerait lui avoir "découvert" l'invitation dans la vidéo YouTube.

La théorie du "poisson d'avril"

Le summum de l'absurdité est sans doute atteint toujours cette même matinée par Pierre-Jean Chalençon lui-même, sur BFMTV, affirmant que tout ceci "est le plus gros poisson d'avril de l'histoire de ces dix ou 15-20 dernières années [...] c'était un énorme poison d'avril qui a marché, je ne pensais pas qu'il marcherait à ce point-là", assure-t-il, entre deux éclats de rire, et en mettant en cause la rédaction de M6. Une version en totale contradiction avec ses propres déclarations enregistrées par la 6 et diffusées lundi. 

En fin d'après-midi, la Société des Journalistes de la chaîne riposte et maintient la version illustrée par le reportage et assure poursuivre les investigations afin de confirmer ce que des sources ont confié en "off" : "la présence d'au moins un membre du gouvernement à un de ces dîners."

S'il était prouvé que Pierre-Jean Chalençon a bien organisé ces dîners, il pourrait être poursuivi pour mise en danger de la vie d’autrui, risquant par la même une peine d’un an de prison et 15.000 euros d’amende. Pas sûr que la justice se laissera amadouer par son poisson d'avril très... tardif.

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