Doubs : les leçons à tirer pour le FN (et à méditer pour ses adversaires)

Doubs : les leçons à tirer pour le FN (et à méditer pour ses adversaires)

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ELECTION – Malgré un net regain de participation au second tour de la législative partielle dans le Doubs dimanche, le Front national a frôlé la victoire et engrangé quelque 5000 voix de plus qu'en 2012. De quoi donner à réfléchir dans tous les camps.

Le FN ou la défaite en chantant. Alors que le candidat socialiste au second tour de la législative partielle du Doubs annonçait dimanche soir sa victoire la mine grave, le sourire était à chercher dans le camp perdant. "Le PS a gagné d'un cheveu mais c'est le FN qui est le grand vainqueur de l'élection", s'est ainsi réjouie la présidente du Front national, Marine Le Pen. Sophie Montel a fait "un excellent score", s'est également félicité son numéro 2, Florian Philippot. Et le FN de se proclamer à nouveau dans un communiqué "premier parti de France". Alors, fait-il avec cette communication seulement la preuve de sa capacité, éprouvée par l'expérience, à se réjouir dans ses défaites ? Pas seulement. Les résultats de la partielle du Doubs donnent effectivement à l'extrême droite quelques raisons de se frotter les mains...

L’échec des stratégies du PS et de l'UMP
Première leçon : le FN a montré qu'il pouvait disposer de vraies réserves de voix. Alors que ce calcul est habituellement plutôt l'apanage des états-majors de l'UMP et du PS (le premier misant sa progression sur les électeurs centristes, l'autre additionnant les écologistes et la gauche de la gauche), la frontiste Sophie Montel a rallié 6259 suffrages supplémentaires entre les deux tours. Dont une bonne partie de nouveaux électeurs puisqu'au total, elle a engrangé quelque 5060 voix de plus qu'en 2012.

D'où sont-elles venues ? La première réponse est qu'à l'évidence, les stratégies respectives des deux grands partis n'ont pas fonctionné. Alors que l'UMP avait appelé à l’abstention ou au vote blanc (le fameux "ni-ni"), la participation au second tour a progressé de façon très nette (+9 points), ce qui est inhabituel dans une telle configuration. Et tandis que le PS appelait, lui, au "front républicain" face à l'extrême droite, le regain de mobilisation ne lui a pas donné l'avantage qu'on aurait pu supposer : il s'est imposé avec seulement 863 voix d'écart sur plus de 30.000 votants. "Sur le fil du rasoir", comme l'a admis lundi matin Manuel Valls.

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Qui sont ces nouveaux électeurs FN ?
Si "l'élargissement de la base électorale du FN" ne surprend pas Florian Philippot, le vice-président du parti s'admet néanmoins "frappé par son ampleur" dans le Doubs. Et l'attribue en grande partie à la remobilisation d'un électorat qui s'était éloigné des urnes. "Notre plus grosse réserve, ce sont tout simplement de nouveaux électeurs, analyse-t-il pour metronews. Une donnée que vont devoir intégrer les autres partis, d'autant que "par définition, on connaît moins bien le comportement de ces anciens abstentionnistes".

Autre élément qui a sans doute joué dimanche : un report plus important que d'habitude de voix UMP vers le FN. Dimanche soir, certains observateurs le chiffraient à 50%, voire 60%. Une analyse confortée par l'observation de la commune de Fesches-le-Châtel, dont le maire UMP avait été éliminé au premier tour. La candidate frontiste y a gagné près de 200 voix au second tour (+32 points), lui permettant d'atteindre le score de 56,74%. Or, dans cette commune, l'abstention ainsi que les votes blancs et nuls ont progressé. Sans pouvoir le certifier, l'analyse des données à Fesches laisse supposer que 20% des électeurs UMP du premier tour se sont finalement abstenus ou ont voté blanc, qu'un tiers a voté PS, et donc que la moitié se serait reportée sur l'extrême droite.

Le FN des champs plus fort que le FN des villes
Enfin, l’élection dans le Doubs confirme que le FN reste plus faible en milieu urbain qu'en milieu rural. Le candidat socialiste s'est ainsi imposé dans 7 des 11 communes de plus de 2000 habitants de la circonscription. "On a y a néanmoins progressé plus fortement que ce qu'on attendait, note Florian Philippot. Et cela nous montre la voie pour le futur : remonter la pente dans les villes".

Prochaine échéance : les départementales, à la fin du mois prochain... Que le FN aborde confiant ? "Cela reste l'échelon où nous avons pour l'instant le moins d'ancrage, avec un seul élu, souligne son vice-président. C'est donc la barre la plus haute pour nous". Mais l'élection de dimanche lui a montré une dernière chose : alors que le FN se sent habituellement plus à l'aise dans les scrutins proportionnels, il sait désormais qu'une élection majoritaire est aujourd’hui réellement à sa portée, même sans triangulaire.

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