Drame de Bas-en-Basset : pourquoi Cazeneuve a tort de s'en prendre à Internet

Politique

MAROTTE - En déclarant, une nouvelle fois, être favorable à une régulation d'internet, Bernard Cazeneuve, réagissant à la mort de trois adolescents à Bas-en-Basset (Haute-Loire), s'est attiré ce lundi les foudres des acteurs du secteur.

Et Bernard Cazeneuve pointa du doigt, une nouvelle fois, internet, après le drame de Bas-en-Basset. Ce lundi, le ministre de l’Intérieur a appelé à une régulation de la toile mondiale sur BFMTV. Une aberration pour nombre de professionnels du secteur.

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Pourquoi Bernard Cazeneuve s’en est-il pris (encore) à Internet ce lundi matin, un espace qu'il soupçonne très fortement d'être un lieu de radicalisation  ? D’après les premiers éléments de l’enquête, l’explosion mortelle de samedi, en Haute-Loire, serait due à un mélange chimique qui a mal tourné, fait par les adolescents qui cherchaient à créer des fumigènes. Et qui auraient trouvé la recette sur Internet. Le ministre embraye alors, appelle à la régulation d’internet et assure qu'"à partir du moment des informations diffusées sur internet aboutissent à de tels drames, je pense qu’il y a des questions, notamment au regard du droit, y compris pénal, qui peuvent être posées".

Faut-il interdire les livres de chimie ?

Contacté par metronews, l’avocat Bernard Lamon monte au créneau : "C’est une manière scandaleuse d’instrumentaliser un drame où il y a eu trois morts et où un autre est entre la vie et la mort". Derrière la phrase du ministre, l’avocat spécialisé dans les problématiques liées au numérique y voit l’ombre du très controversé projet de loi sur le renseignement, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale au début du mois de mai. "M. Cazeneuve utilise la peur pour faire passer son projet de loi sur le renseignement, où on n’a jamais porté un coup aussi violent sur les libertés individuelles", tempête l’avocat qui assure qu’internet est déjà régulé.

Contactée par metronews, la porte-parole de l'association de défense des libertés en ligne La Quadrature du Net poursuit dans la même veine : "Internet n’est pas une zone de non-droit, grince Adrienne Charmet-Alix. L’ensemble des textes législatifs sur la liberté d’expression s’applique sur internet, plus ou moins facilement, certes. Mais soit les contenus étaient illégaux et il y a une législation dans ce cas, soit ils ne l’étaient pas. Ce n’est pas la faute à internet". Depuis 2004, la loi Perben II punit de 3 ans d’emprisonnement et de 45.000 euros la diffusion au grand public, sur Internet, des recettes d’explosif. D’explosif, pas de fumigène.

Bernard Lamon ironise : "Moi aussi, à 14 ans, j’ai mélangé différents produits chimiques pour essayer de faire décoller une fusée amateur. On trouvait la recette dans le premier manuel de chimie ! On va aussi interdire le manuel de chimie de 3e ?". "Internet est le bouc émissaire favori de Bernard Cazeneuve, renchérit Adrienne  Charmet-Alix. On a l’impression que son objectif c’est de le fliquer".

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