Et si la dette perpétuelle sauvait l'Europe de la crise ?

Et si la dette perpétuelle sauvait l'Europe de la crise ?
Politique

ECONOMIE - La pire récession de son histoire guette l'Union Européenne. Pour en sortir, les 27 planchent sur un plan de relance de plusieurs centaines de milliards d'euros. Mais les désaccords sont nombreux. Une nouvelle idée émerge depuis quelques jours, la dette perpétuelle. François Lenglet nous explique en quoi ça consiste.

"Quoi qu'il en coûte", disait Emmanuel Macron le 12 mars lors de son allocution télévisée. Un mois et demi plus tard, la facture ne cesse de s'allonger : 7 milliards pour Air France, près de 5 milliards, sans doute, pour Renault, qui s'ajoutent aux 110 milliards débloqués pour gérer l'urgence. Pourtant, le message depuis des années, c'est que les caisses sont vides. En avril 2019, le chef de l'Etat répondait d'ailleurs à une soignante qui lui demandait plus de moyens pour les hôpitaux : "Il n'y a pas d'argent magique". Alors d'où viennent ces milliards ? 

"En fait l'argent magique, c'est de l'argent emprunté, décrypte François Lenglet sur LCI. A l'époque, on se l'interdisait pour des raisons budgétaires, ou de respect du traité de Maastricht, notamment. Mais aujourd'hui tous les tabous ont sauté. Pour deux raisons : d'abord face à la gravité de la situation sanitaire ; et puis, parce que tous les pays sont dans la même situation, ou à peu près", avance le journaliste économique de TF1. Si le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a suggéré une somme de l'ordre de 1.000 milliards, le président de l'Eurogroupe, le Portugais Mario Centeno, est resté évasif, évoquant une fourchette de 700 à 1.500 milliards dépensés cette année pour essayer de tempérer les effets économiques de la crise sanitaire. 

"Une dette qu'on ne remboursera jamais"

"C'est considérable", admet François Lenglet qui explique que ces milliards vont être empruntés sur les marchés financiers. "Mais, in fine, c'est la Banque centrale européenne qui va alimenter la pompe à finances de façon à permettre à tous les Etats européens de faire face à ces obligations nouvelles et ne pas créer de tensions sur le marché de l'argent", dit-il. Toutefois, une nouvelle idée, lancée par l'Espagne, émerge depuis quelques jours, la dette perpétuelle. 

Lire aussi

"L'idée ce serait d'émettre une dette, exactement comme on le fait normalement mais de déclarer d'entrée qu'on ne la remboursera jamais, et de servir aux investisseurs qui l'auraient acquise un intérêt annuel de quelques pour cent. Ils seraient assurés d'avoir ces intérêts promis au début du contrat, mais ils n'auraient jamais la possibilité de retrouver leur investissement initial", détaille François Lenglet qui avoue que c'est une technique déjà utilisé en France pendant très longtemps.

"Lorsque la Révolution française a essayé de récupérer à son compte les dettes de l'Ancien régime, donc de Louis XVI, Joseph Cambon, le grand argentier de l'époque, a inventé cette dette perpétuelle qui a prospéré tout au long du 19ème siècle, et qui a servi de financement à la retraite de toute la bourgeoisie, et d'une partie des gens qui avaient un peu de capital. Dès qu'ils avaient un peu d'argent, ils achetaient de la rente perpétuelle, à l'époque ça rapportait du 5% et ça servait pour les vieux jours", explique François Lenglet.

Mais le risque, c'est que les taux d'intérêts augmentent un jour. "Il faut en effet que les Etats s'entendent avec la Banque centrale. Toutefois, si vous voulez attirer le chaland, il faut lui servir des taux d'intérêts relativement élevés, avec la promesse évidemment que ce soit perpétuel", reconnaît le journaliste économique.

Lire aussi

Trouver un compromis

Toute l'info sur

Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

#Perriscope n° 23 - "Faire payer les riches", est-ce raisonnable ? Un million de chômeurs en plus en France ? "C'est possible"... mais pas inéluctable

Résultat, dans sa proposition, Madrid a demandé que l'aide soit versée sous forme de "subventions" et non de prêts "afin de ne pas augmenter le niveau de la dette nationale". Or, cette option très sensible politiquement déplaît à l'Allemagne et aux Pays-Bas, peu enclins à ce qu'ils appellent une "Union des transferts". Même si en principe, elle existe déjà dans les faits : ils payent davantage qu'ils ne reçoivent dans le budget de l'UE, qui profite aux régions plus pauvres.   

  

"De toute façon, de ce point de vue, il y aura une impasse à financer et je crains bien que cela se manifeste comme d'habitude par une montée des prélèvements", affirme François Lenglet qui juge frappant que dans la zone euro les pays les plus touchés par l'épidémie, sont la France, l'Italie, l'Espagne, qui avaient les finances publiques les plus en déséquilibre. "Ce qui ajoute une difficulté à une situation qui déjà au départ n'est pas très confortable, dit-il. Et à l'inverse les pays qui ont été le moins touchés sont ceux qui avait remis leurs finances publiques en ordre, donc c'est là où on a un problème pour la décision collective. Parce qu'en gros, l'Europe du nord dit aux pays du sud : 'débrouillez-vous', et l'Europe du sud dit : 'il faut faire preuve de solidarité', il va donc falloir trouver un compromis", conclut-il.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent