Ecoutes Sarkozy : fin de partie pour 2017 ?

Ecoutes Sarkozy : fin de partie pour 2017 ?

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AFFAIRES - Les écoutes judiciaires de ses conversations avec son avocat sont accablantes pour l'ancien président. La justice semble plus que jamais rattraper celui que l'on dit prêt à revenir dans la course pour 2017. Mais est-il hors-jeu pour autant ?

Il compte "évidemment" se représenter en 2017, selon ses proches. Cerné par les affaires, mais jamais à terre, Nicolas Sarkozy n'a jamais cessé depuis deux ans de préparer son come-back, à coups d'interventions distillées et de sorties publiques ultra-médiatisées. Un plan éclaboussé mardi par de nouvelles révélations dans les enquêtes visant l'ancien président. La diffusion des conversations avec son avocat Thierry Herzog, diffusées par Mediapart, jettent en effet une lumière crue sur les méthodes de l'ex-chef d'Etat pour entraver le déroulement de l'enquête. Et c'est peu dire que l'"évidence" de son retour se retrouve aujourd’hui quelque peu bousculée.

Les éléments qui ressortent de ces échanges sont accablants pour l'ancien chef de l'Etat. Dans une mécanique très bien rodée, souvent par messages codés, Nicolas Sarkozy organise et planifie avec son avocat les interventions d'amis hauts placés ou la surveillance des enquêtes en cours. Il va jusqu’à mettre en scène de faux échanges avec son conseil sur sa ligne officielle "pour qu’on ait l’impression d’avoir une conversation".

Retour à la "case primaires"

Corruption sur un magistrat, trafic d'influence, violation du secret professionnel... La liste des délits potentiels est longue dans cette affaire. Qui s'ajoute aux autres accusations dans les divers dossiers judiciaires qui collent aux bottes de l'ancien président. "La carte de l'acharnement judiciaire contre Nicolas Sarkozy, qui ne se fonde sur aucun élément, va désormais être difficile à jouer pour son entourage", analyse pour metronews Arnaud Mercier*, professeur en communication politique à l'université de Metz, pour qui "ce nouvel obstacle sur la route de Nicolas Sarkozy risque d'être difficile à franchir".

En plus des faits en eux-mêmes, ces écoutes mettent au jour le visage d'un Nicolas Sarkozy amer, remonté contre l'institution judiciaire, manipulateur. Loin de l'image de l'homme providentiel, au secours de la France et des Français qu'il voudrait présenter à l'aube de son grand retour. "Ces révélations portent un vrai coup à l'un des éléments de sa stratégie, note ainsi le spécialiste en communication politique. Celui d’apparaître comme un recours, un homme au-dessus de la mêlée, qui lui aurait permis d'éviter les primaires à l'UMP pour 2017. Je vois mal comment il pourrait désormais y échapper."

Une course contre la montre

Car malgré le scandale, la course pour 2017 ne s'arrête peut-être pas pour autant. Selon un récent sondage , effectué en pleine affaire Buisson , seuls 28% des sondés jugeaient Nicolas Sarkozy "honnête". Ce qui ne l'empêchait toutefois pas de récolter 45% d'opinions positives. Ni de rester le champion incontesté aux yeux des sympathisants de droite (68% veulent son retour). Preuve que, pour les Français, l'honnêteté n'est pas une vertu cardinale en politique.

En outre, rappelle le politologue, "il y a des tas d’exemples d'hommes qui ont été poursuivis pas la justice, parfois même condamnés, et qui ont continué leur carrière ou qui sont revenus en politique". Si Nicolas Sarkozy est de ceux-là, la voie vers la présidentielle lui est toujours ouverte. Sauf si la justice, d'ici là, lui barre la route. "Le timing est sans doute ce qui inquiète désormais le plus l'ancien président", juge Arnaud Mercier, qui prévoit : "appels, recours... Ses avocats vont tout faire pour retarder le procès". La course de Nicolas Sarkozy vers 2017 ne se jouera donc pas seulement au franchissement des obstacles, mais aussi à la montre.

*Arnaud Mercier, politologue, professeur en communication politique à l'université de Metz, dirige l’observatoire du web journalisme obsweb.net

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