Ecoutes Sarkozy : le gouvernement pouvait-il ne pas être au courant ?

Ecoutes Sarkozy : le gouvernement pouvait-il ne pas être au courant ?

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JUSTICE – Depuis que Le Monde a révélé la mise sur écoute des conversations téléphoniques de Nicolas Sarkozy, une question se pose : le gouvernent était-il au courant ? Si la droite accuse François Hollande d'avoir joué un rôle certain, Christiane Taubira assure ne rien connaître de ce dossier. Quelques éléments permettent d'en douter.

La droite le sait bien, la meilleure défense reste l'attaque. Depuis les révélations du Monde sur la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy et de son avocat, l'UMP, d'abord gênée, a décidé de mettre en cause mardi, le rôle de François Hollande. "La question centrale que je veux poser", a lancé Jean-François Copé, "c'est de savoir si François Hollande était oui ou non au courant que ces écoutes avaient lieu". Et d'ajouter : "Pendant plus d'un an, c'est l'ensemble de l'opposition, dont beaucoup de ses membres ont eu au téléphone des conversations avec Nicolas Sarkozy, qui a été ainsi écouté". Tandis que l'ancien ministre Luc Chatel a dit ne pas "imaginer" que François Hollande ne puisse pas savoir.

Avant de décider cette mise sur écoute , le parquet a en effet dû ouvrir une information judiciaire. Ce n'est qu'après qu'un juge d'instruction a décidé de surveiller les appels téléphoniques de l'ancien Président et de son avocat. Contactée par metronews, Virginie Duval, secrétaire générale de l'union syndicale des magistrats (USM), juge qu'en principe, le gouvernement pouvait ignorer cela. "Si le parquet, hiérarchiquement soumis à la chancellerie, a ouvert une information judiciaire et a pu tenir informé Christiane Taubira, c'est un juge d'instruction qui a décidé la mise sur écoute", explique-t-elle. Et d'ajouter : "Les juges d'instruction ne font pas remonter leurs dossiers au ministère de la Justice". "Moi, je ne dispose pas des éléments de la procédure, je ne dispose pas du contenu de la procédure", a d'ailleurs déclaré la garde des Sceaux sur France Info lundi.

Le gouvernement était-il au courant ? La question piège

Jean-Marc Ayrault a enfoncé le clou mardi. "Ce n'est plus comme avant, ce n'est plus comme du temps de Monsieur Sarkozy", a déclaré le Premier ministre. Certains éléments remettent toutefois en cause cette version. Comme le rappelle le Figaro , le 31 janvier, la garde des Sceaux a par exemple produit une circulaire pénale dans laquelle elle exigeait des procureurs généraux une remontée d'informations, eu égard à "la personnalité de l'auteur ou de la victime (“élus”, “personnalités de la société civile”)".

Enfin, des élus UMP, comme certains membres du personnel judiciaire, assurent que les policiers chargés d'écouter Nicolas Sarkozy ont "certainement" avisé leur supérieur, Manuel Valls, avant de renouveler ces écoutes. C'est d'ailleurs l'information révélée par le Canard enchaîné dans son édition à paraître mercredi qui épingle par ailleurs Christiane Taubira. Selon l'hebdomadaire satirique, la ministre de la Justice a été tenue informée des écoutes, mais seulement depuis le 26 février, date de l'ouverture d'une information judiciaire pour trafic d'influence. "Elle reçoit régulièrement un résumé du déroulé de l'enquête, comprenant une synthèse des écoutes téléphoniques", révèle le Canard. Pourquoi seulement depuis le 26 février ? Parce que comme l'expliquait Virginie Duval, les juges d'instruction avaient gardé le volet "écoutes" dans la partie "actes en cours".

Face à cette polémique, certains préfèrent ironiser. Dans plusieurs tweets postés ce mardi, l'avocat et célèbre blogueur Maître Eolas résume la situation. Si le gouvernement assure ne pas être au courant, "le Président est donc incompétent, il ne contrôle rien". A l'inverse, si le gouvernement reconnaît avoir été au courant de ces écoutes, "il surveille son adversaire principal, méthode KGB, dictature socialiste", écrit-il. Une belle impasse politique.
 

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