Cinq questions autour de l'alliance entre Renaud Muselier et LaREM en Paca

Cinq questions autour de l'alliance entre Renaud Muselier et LaREM en Paca

ÉCLAIRAGE - Jean Castex a annoncé dimanche le retrait de la liste LaREM aux régionales en Paca au profit du président LR sortant Renaud Muselier. L'annonce a suscité un séisme à droite. La situation résumée en cinq points.

C'est l'événement politique du week-end. Jean Castex a officialisé, dimanche, le ralliement de la majorité présidentielle au président LR sortant de la région Paca, Renaud Muselier, qui a immédiatement perdu l'investiture de son parti d'origine. Si l'initiative reste pour l'heure isolée, elle pourrait servir de vitrine pour les prochaines échéances électorales. On résume la situation en cinq points. 

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Pourquoi LaREM retire-t-elle sa liste en Paca ?

Aux yeux de la majorité, le retrait de la liste LaREM de Sophie Cluzel au profit de Renaud Muselier est clairement une préfiguration d'autres alliances possibles, avec l'objectif implicite de placer Les Républicains dans une situation extrêmement difficile, voire de dynamiter ce qu'il reste de la droite traditionnelle. 

"C'est un exemple de la recomposition politique", a plaidé Jean Castex dans le JDD, reprenant ainsi la rhétorique des Marcheurs lors de la campagne de 2017, tout en précisant qu'il est "prématuré de parler d'autres échéances"

"On a un intérêt à dépasser les clivages partisans, à faire travailler les gens raisonnables ensemble dans une région", plaidait ainsi un cadre de la majorité auprès de LCI. "Les sondages ont testé l’option du rassemblement [en Paca, NDLR]. Ils ont montré que le rassemblement était clairement appelé par les électeurs." Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a vanté dimanche sur Europe 1 "une nouvelle étape du dépassement au niveau local et de clarification pour LR au niveau national [...] Vous avez aujourd'hui chez les LR ceux qui veulent construire avec nous, et ceux qui veulent pactiser avec le RN. LR, le parti, est devenu un décor de cinéma avec des personnes qui n'ont pas la même ligne sur des sujets fondamentaux."

S'agit-il d'un test avant 2022 ?

Le deuxième objectif revendiqué, à travers cette alliance de premier tour, est de prévenir le risque d'une victoire du RN en Paca, ou du moins d'éviter que le parti de Marine Le Pen n'arbitre à nouveau l'issue du second tour - en 2015, Christophe Castaner avait été contraint de retirer sa liste de gauche pour permettre la victoire de la droite. "Le risque de la région Sud, c’est le Rassemblement national", résumait lundi, sur LCI, le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari. "L'idée, c'est de concentrer les forces au premier tour pour peser face au risque du Rassemblement national."

"Le barrage au RN est une priorité", expliquait aussi, sur LCI, le député LaREM Bruno Bonnell, tête de liste en Auvergne-Rhône-Alpes. "Il faudra être clair vis-à-vis des électeurs quant à la position face au RN, que la droite ne se prenne pas les pieds dans le tapis de l’extrême droite."  Pour la majorité, le risque d'une victoire de l'extrême droite justifiait plus que jamais cette alliance. "Le front républicain de 2015 ne s’opérera plus de la même façon", analysait dimanche, auprès de LCI, l'entourage de Sophie Cluzel, ex-tête de liste LaREM en Paca. "La gauche a été la première à dire qu’elle ne voudrait plus être hors de l’hémicycle."

De nombreux observateurs voient dans cette stratégie une forme de laboratoire de ce que pourrait être l'élection présidentielle de 2022, avec la perspective d'un nouvel affrontement, au second tour, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Mais l'expérimentation du "barrage républicain" sous cette nouvelle forme est un jeu dangereux, relèvent certaines voix, notamment à droite. "Vouloir nationaliser les élections régionales, c’est prendre le risque de livrer des régions à l’extrême droite", a estimé le maire LR de Metz, François Grosdidier, lundi sur LCI. "C’est un formidable cadeau fait à l’extrême droite, libérant des électeurs qui ne voteront plus sur le critère régional, mais au niveau national. Les régionales ne doivent pas être une mini-élection présidentielle." "S'allier à Emmanuel Macron est une bévue magistrale", a également fustigé le maire LR de Maisons-Laffitte, Jacques Myard, sur notre antenne, convaincu que le chef de l'État "ne sera pas au second tour" en 2022. "Il y a un risque que le RN l'emporte en Paca, à qui la faute ?"

Pourquoi l'alliance a-t-elle été annoncée par Jean Castex ?

Le fait que Jean Castex, Premier ministre issu de la droite et personnalités extérieure à LaREM, ait annoncé dimanche l'alliance avec Renaud Muselier, peut surprendre. D'autant que l'agenda sanitaire du chef du gouvernement est particulièrement chargé. Au sein de la majorité, on insiste toutefois sur la logique de cette annonce. 

"Le choix du Premier ministre est concerté au sein de la majorité présidentielle", a fait savoir à LCI un cadre LaREM. "Le Premier ministre était la meilleure option pour indiquer que ce que nous avons fait n’est pas un accord d’appareil, mais un rassemblement dans l’intérêt de la région, avec la majorité présidentielle. C’était la parole la plus adaptée pour marquer le coup."

"C’est un vrai signal fort", nous a également expliqué l'entourage de Sophie Cluzel. "C’est lui le chef de la majorité. Le message, c'est qu’on peut dépasser les courants partisans pour le bien commun. Est-ce que cela va servir d'exemple au niveau national ? On le verra." Un argument supplémentaire, au sein de la majorité, consiste à considérer la période qui s'ouvre comme la 2e phase de la relance économique du pays. Dans cette logique, Jean Castex, qui est à la manœuvre dans ce plan de relance, est considéré comme le mieux à même de porter la bonne parole de l'exécutif dans les régions. Du reste, selon Politico, Jean Castex a été missionné directement par Emmanuel Macron pour annoncer cette alliance avec Renaud Muselier. 

Cet accord en annonce-t-il d'autres ?

Lundi matin sur LCI, le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a laissé entendre que des discussions similaires pourraient avoir lieu avec d'autres listes aux élections régionales. Il a notamment cité les régions Grand Est et Centre-Val-de-Loire. Pourtant, rien n'indique à ce jour qu'un tel accord soit possible dans les régions citées, ou dans d'autres, y compris celles où la possibilité d'une victoire du RN est élevée.

"Je ne pense pas que cela crée des petits au premier tour des régionales", estimait un député LR, dimanche auprès de LCI. "Il n'y a pas de crainte dans le Grand Est", ajoutait la même source à propos d'un hypothétique rapprochement entre le président LR sortant, Jean Rottner, et la candidate macroniste Brigitte Klinkert.  

A ce jour, de telles alliances ont été formellement écartées dans plusieurs régions, comme les Hauts-de-France, l'Ile-de-France, l'Occitanie, la Nouvelle Aquitaine ou encore Auvergne-Rhône-Alpes. 

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Comment le RN analyse-t-il cette situation ?

L'annonce de l'alliance entre Renaud Muselier semble avoir été accueillie avec un certain enthousiasme par le parti de Marine Le Pen, à commencer par la présidente du RN elle-même. La tête de liste RN dans la région, Thierry Mariani, en tête du premier tour dans les derniers sondages, a immédiatement saisi l'occasion pour lancer un appel aux électeurs de droite susceptibles de se tourner vers lui. "Aujourd'hui, LR est un mouvement qui est prêt à toutes les compromissions", a expliqué l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy lundi sur RMC. "Mon parcours est le même que celui de beaucoup d'électeurs de droite qui ont été déçus."

L'idée est de faire du scrutin un référendum contre le chef de l'État. "Je m'adresse aux électeurs de ma région et aux militants avec qui j'ai fait campagne en 2010 : regardez ce qu'il se passe", a expliqué Thierry Mariani. "Depuis hier, la liste de Renaud Muselier est la liste d'En Marche, avec des noms donnés directement par l'Élysée."

De quoi laisser espérer au RN une victoire en Paca ? "J'ai le même parcours que Thierry Mariani", expliquait lundi matin, sur LCI, Franck Allisio, vice-président du groupe RN en Paca. Ce dernier assure que les transferts de voix sont déjà à l'œuvre dans la région, au profit de son parti. "Depuis hier, mon téléphone n'arrête pas de sonner... Des élus, des militants... Vous imaginez le traumatisme."  La stratégie du RN est donc simple : s'imposer comme le seul parti de droite face à la nouvelle alliance entre Renaud Muselier et LaREM. 

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