La vitesse des bus parisiens a-t-elle "été divisée par deux" sous Anne Hidalgo, comme l'assure Agnès Buzyn?

Buzyn : "La vitesse des bus a été divisée par deux"
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À LA LOUPE – Agnès Buzyn souhaite revoir le schéma de circulation à Paris si elle est élue maire, et justifie ce souhait par la vitesse moyenne des bus, en net recul selon elle. A-t-elle raison d'affirmer qu'elle a été divisée par deux durant les 6 dernières années, durant la mandature d'Anne Hidalgo ?

Engagée dans une campagne éclair pour la mairie de Paris suite au retrait de Benjamin Griveaux, Agnès Buzyn a assuré, mercredi 4 mars, que "la vitesse a diminué de moitié, passant de 12 à 6 km/h". Un constat volontiers frappant qu'elle avait déjà asséné, une semaine plus tôt sur RTL, pour souligner l'impact des bouchons dans la capitale. 

Directement visée, Anne Hidalgo a répondu, sûre de son fait : "C'est faux. C'est faux. On pourra vérifier, ce soir ou demain". Fin février, Christophe Najdovski, l'adjoint d'Anne Hidalgo en charge des Transports et de l'Espace public, s'en était également chargé. Via son compte Twitter, il a dénoncé "un mensonge de plus" et des données erronées, déjà utilisées par Benjamin Griveaux lorsqu'il faisait campagne pour LaREM. 

Les raccourcis d'Agnès Buzyn

Dans cette bagarre de chiffres, qui dit vrai ? À LCI, l'équipe d'Agnès Buzyn explique que la candidate s'est basée sur un document réalisé par l'Union des transports publics et ferroviaires (UPF). Dans cet "Observatoire de la mobilité 2018", elle indique qu'en 2018, "la vitesse commerciale des bus à Paris a chuté à 8 km/h en heures de pointe sur des lignes majeures du réseau, contre 16,9 km/h en moyenne en 2016".

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La source de ces données ? La RATP, indique l'UPF, qui confirme au téléphone que le chiffre a été partagé lors d'une conférence de presse en 2018. D'emblée, on remarque qu'il n'est plus question d'une évolution sur 6 ans, comme l'a indiqué Agnès Buzyn, mais sur 2 ans seulement. Par ailleurs, il ne s'agit pas d'un constat à l'échelle du réseau entier, mais uniquement sur un échantillon de lignes, qualifiées de "majeures". Enfin, soulignons qu'il est ici question des seules heures de pointe, et pas de moyennes observées tout au long de la journée. 

La RATP, citée comme source par l'équipe d'Agnès Buzyn, explique qu'elle ne communique pas directement sur la vitesse moyenne des bus. Elle renvoie vers le syndicat des transports d'Île-de-France (Île de France mobilités), avec qui elle partage ses données.  

La vitesse ne fait pas tout

Île de France mobilités scrute les vitesses moyennes sur les différentes lignes de bus parisiennes, et renvoie vers un diagnostic réalisé en commun avec la RATP dans le cadre de la préparation de la restructuration des bus parisiens en 2018. À l'époque, cette étude interne "faisait état d’une baisse de la vitesse commerciale moyenne de nos bus d’environ -1km/h, passant de 9 à 8km/h entre 2015 et 2018".

Depuis, la situation semble s'être légèrement améliorée : on observe en effet "une légère remontée de la vitesse moyenne des bus aux alentours de 9 km/h mais avec des écarts importants selon les lignes". Une situation pas encore totalement satisfaisante, avec une vitesse environ 1km/h inférieure à l'objectif fixé par Île-de-France Mobilités à la RATP. La mairie de Paris se dit "surprise" par ces chiffres, inférieurs dit-elle à ceux dont elle dispose en provenance de la RATP, et indique qu'entre 2016 et 2018, "la vitesse commerciale moyenne des bus oscillait entre 11,8 km/h et 11,4 km/h", des écarts qu'elle peine pour l'instant à expliquer. 

Quoi qu'il en soit, la vitesse moyenne n'est pas nécessairement l'indicateur le plus important pour juger de la qualité de service sur les lignes de bus. La régularité des véhicules (respectent-ils les horaires de passage prévus ?) est ainsi scrutée avec attention pour juger du bon fonctionnement du réseau. Sur ce point, des problèmes ont été constatés, avec une régularité en baisse assez notable en 2017 et 2018 par rapport aux années précédentes. 

Un constat exagéré, un trafic en voie d'amélioration

Les nombreux travaux menés dans la capitale ne sont pas étrangers à ces mauvais résultats, mais ne suffisent sans doute pas à les expliquer entièrement. Ainsi, une restructuration du réseau de bus a été menée l'an passé, aboutissant à une mise en place le 20 avril. Les premières remontées semblent indiquer une amélioration de la régularité, mais il faudra attendre de disposer de plus de recul pour tirer de plus amples conclusions. 

En résumé, il est faux d'indiquer comme le fait Agnès Buzyn que la vitesse des bus a été divisée par deux durant le mandat d'Anne Hidalgo. D'autres indicateurs pointent toutefois des failles dans le fonctionnement du réseau, ce qui a abouti à sa refonte et à divers aménagements durant l'année écoulée. 

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