"Front républicain" ou non : qui dit quoi dans les régions où le RN pourrait arriver en tête ?

"Front républicain" ou non : qui dit quoi dans les régions où le RN pourrait arriver en tête ?

SCRUTIN DES 20 ET 27 JUIN - La question du "barrage républicain" face au Rassemblement national a ressurgi à l'occasion des élections régionales avec d'autant plus de force que le parti de Marine Le Pen est susceptible de remporter une ou plusieurs régions. Pourtant, cette stratégie vacille un peu partout.

Je suis tête de liste aux élections régionales et je me retrouve en 3e, 4e ou 5e position dimanche soir, avec un candidat du Rassemblement national en 1re ou 2e position : dois-je me retirer pour "faire barrage" au profit d'un candidat mieux placé, et ainsi empêcher le mouvement de Marine Le Pen de prendre une région ?

La question, posée à de nombreuses reprises lors des élections précédentes, a ressurgi avec encore plus de force à l'occasion des élections régionales, qui pourraient faire la part belle au RN. 

À trois jours du premier tour de ce scrutin, force est de constater que la "digue" théorisée jadis notamment par Jacques Chirac et Alain Juppé, mise en pratique par la gauche en 2015 dans les Hauts-de-France et en Paca, mais déjà remise en cause depuis une décennie, vacille. Pour trois raisons notamment : la première, c'est que le désistement républicain ne semble plus garantir à tous les coups de battre le RN. La seconde, c'est que les candidats qui ont sacrifié leur liste il y a six ans se sont privés, durant un mandat entier, de toute expression. La troisième : les électeurs ne suivent plus vraiment les consignes. 

"Il y a un affaissement de l'idée selon laquelle il faudrait 'barrer la route à'", a constaté auprès de l'AFP le politologue Emmanuel Rivière (Kantar),  "et une allergie des gens aux stratégies politiques". Et pour les candidats, le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

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L'un des exemples les plus criants de cet affaissement du "front républicain" se retrouve en Paca, cette région où Christophe Castaner, ancien candidat socialiste, avait renoncé au second tour en 2015, permettant la victoire de Christian Estrosi mais privant la gauche d'une quelconque représentation au conseil régional. Six ans plus tard, le candidat de la gauche Jean-Laurent Félizia (EELV-PS-PCF-Générations), dont la liste pourrait arriver en troisième position derrière Thierry Mariani et Renaud Muselier, a mis en cause explicitement cette stratégie, estimant que le niveau élevé du RN dans la région était imputable à la droite au pouvoir, et que la gauche ferait peut-être mieux de conserver, coûte que coûte, une opposition politique au conseil régional.  

Ce qu'il a répété mercredi soir lors du débat organisé sur LCI, rejetant l'idée de se positionner avant le premier tour. "Doit-on d'ores et déjà confisquer le vote aux électeurs ? Cette question vient entraver une dynamique que je ressens sur le terrain. Je n'ai pas envie de prononcer quoique ce soit qui pourrait empêcher cette dynamique. Nous verrons ce que nous aurons. Moi, je ne me tromperai pas", a-t-il évacué sur notre antenne. Le PS doit en principe arrêter une position vendredi sur ce sujet, à seulement deux jours du scrutin. 

À l'inverse, le candidat écologiste Jean-Marc Governatori (Cap Ecologie-Parti animaliste) a d'ores et déjà expliqué qu'il pourrait s'allier à Renaud Muselier - avec une petite contrepartie au conseil régional - s'il dépassait les 5% requis au premier tour, afin de "faire perdre" Thierry Mariani. La majorité présidentielle, de son côté, a annoncé en amont son soutien à Renaud Muselier, arguant notamment d'une possible victoire du RN. 

Ces positions contrastées sont à lire à la lumière de notre dernier sondage Ifop Fiducial dans cette région, selon lequel le RN serait susceptible de l'emporter, non seulement à l'issue d'une triangulaire, mais aussi d'un duel contre Renaud Muselier, c'est-à-dire avec désistement de la gauche. 

Un front républicain, mais derrière soi-même

La question du barrage au RN intéresse particulièrement plusieurs présidents de régions en lice pour un nouveau mandat. Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand a officiellement exclu de faire appel à d'autres listes au second tour s'il devait faire face à une concurrence dangereuse du candidat RN Sébastien Chenu. Le président sortant, également candidat à la présidentielle, veut à tout prix se passer de la majorité présidentielle pour conserver sa région. Ainsi, il fera barrage, mais tout seul. "Nous sommes les seuls à pouvoir leur barrer la route", clamait-il lors du débat organisé mercredi 9  juin sur LCI. "Ce sera le même projet au premier et au second tour." Selon notre dernier sondage Ifop Fiducial pour LCI et Le Figaro, Xavier Bertrand semble en mesure de gagner quelle que soit la configuration, même avec le RN sur ses talons. Ce qui peut expliquer ce coup de poker. 

La question d'une "fusion technique" avec LaREM au nom du barrage républicain pourrait en revanche se poser dans le Grand Est, où le président LR sortant Jean Rottner a fort à faire avec Laurent Jacobelli (RN), qu'un sondage récent donnait possible vainqueur. Mais si le patron de l'exécutif régional a d'ores et déjà appelé les autres listes à un "front républicain", il a posé des conditions plutôt drastiques. Celui-ci devrait se faire... Derrière son nom, et sans modifier la composition de ses listes.

Le problème se pose, mais cette fois à gauche, dans la région Centre-Val-de-Loire. Dans ce scrutin qui s'annonce parmi les plus indécis, François Bonneau est menacé à la fois par le RN et par le candidat de la majorité présidentielle. Le président PS sortant a pourtant refusé, jeudi sur France Bleu, de s'exprimer sur un possible "barrage". Convaincu d'arriver en tête derrière le RN, il a d'ores et déjà appelé à "un vaste rassemblement", incluant LFI, derrière son nom.  Quant à la possibilité de se désister au profit de Marc Fesneau (LaREM) ou Nicolas Forissier (LR) ? "La question n'est pas posée comme ça aujourd'hui", a-t-il assuré. "Vous savez que dans les sondages, je suis en 2e position (derrière le RN, NDLR). Je suis celui qui doit rassembler au second tour pour faire barrage au RN."

Les partis politiques divisés

Outre le PS, qui doit donc arrêter une position vendredi, notamment au sujet de Paca, les états-majors des partis sont divisés sur la conduite à tenir et préfèrent régler la question au cas par cas. "Le front républicain est une solution circonstancielle de second tour, il n'empêche pas l'extrême droite de progresser", a ainsi fait valoir l'eurodéputé Yannick Jadot, soulignant toutefois que "le soir du premier tour", EELV fera "ce qu'il faut", même au prix d'un retrait en cas de "risque réel" d'une victoire du RN. 

Favorable au "front républicain", le mouvement LaREM a toutefois constaté, également, que cette stratégie avait des limites, souvent à son détriment d'ailleurs. Le parti d'Emmanuel Macron planche donc sur de nouvelles options, comme celle de la "fusion technique", qui permettrait à une liste qui se désiste au second tour de négocier malgré tout l'attribution de sièges, évitant ainsi de disparaître du conseil régional pendant six ans. 

Au sein de La France insoumise, le député Adrien Quatennens a qualifié le "front républicain" "d'injonction absolument inefficace, dont les gens ont ras-le-bol".

Il faut noter, du reste, que ces divergences, y compris au sein des partis, ne sont pas nouvelles. Il y a dix ans déjà, lors des cantonales de 2011, Nicolas Sarkozy avait mis en orbite la stratégie du "ni-ni", c'est-à-dire "ni FN ni PS au second tour". Quant à la gauche, elle se montrait déjà divisée sur le sujet avant les élections de 2015, de Manuel Valls, qui se montrait sceptique au sujet de cette stratégie, à Jean-Luc Mélenchon, qui a refusé de donner une consigne de vote au second tour de la présidentielle de 2017.

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