Abstention massive : "Les régions ne sont plus perçues comme des instances politiques souveraines"

Abstention historique aux régionales : "Un échec de la classe politique à convaincre de l'intérêt de voter"

INTERVIEW - Le premier tour des élections régionales et départementales a été marqué par une abstention sans précédent. Certains y voient une crise démocratique. Pour le politologue Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et perspectives), c'est avant tout le résultat d'une réforme territoriale déconnectée des Français.

Alerte rouge sur la participation des électeurs en France. Le 20 juin, au premier tour des élections régionales et départementales, près de 2 électeurs sur 3 ne se sont pas déplacés dans les bureaux de vote. De nombreux responsables politiques y voient le signe d'une crise démocratique majeure, et certains proposent de mettre en place le vote par correspondance, ou encore le vote électronique. 

Le politologue Stéphane Rozès, enseignant à Science Po et président de Cap (Conseils, analyses et perspectives), propose une lecture différente de cette participation historiquement faible. Il s'en explique à LCI. 

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Le premier tour des élections régionales s’est caractérisé par une abstention record. Les raisons sont-elles conjoncturelles ou structurelles ? 

Il faut s’entendre sur ce que l’on appelle une raison "structurelle". Si cela désigne le fait que les Français se détournent de la politique, ma réponse est non. S’il s’agit de dire que les départements et les régions ne sont plus perçus par les Français comme des instances politiques souveraines, ma réponse est oui. On le voit très clairement dans le fait qu’en Corse, la participation aux élections territoriales a atteint 57% dimanche, tandis que la participation aux élections régionales dans le Grand Est n’est que de 29%. Autrement dit, il y a une forte participation lorsqu’il y a une correspondance entre les institutions et le territoire, et l’inverse se produit dans une région comme le Grand Est, qui est un regroupement baroque de populations. 

 

Selon vous, la réforme territoriale de 2015, qui a abouti à la création des grandes régions, est donc responsable de ce sursaut d’abstention ?

 L’abstention constatée au premier tour n’est pas seulement liée au contexte post-confinement, aux règles sanitaires ayant entouré le scrutin ou encore aux problèmes d’acheminement des professions de foi. Oui, il y a des raisons structurelles, qui ne tiennent pas à un manque de civisme des électeurs, mais à ce millefeuille territorial, ce dédale administratif sur lequel les citoyens ont le sentiment de n’avoir aucune prise, où les grandes orientations sont décidées ailleurs. 

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Ce phénomène d’abstention très forte a pourtant été constaté aussi lors des municipales de 2020, alors que les communes sont un échelon privilégié des citoyens…

Pour des raisons qui n’avaient rien à voir. L’élection est un rituel laïc. Il y a une dialectique entre le premier et le second tour. Le gouvernement avait initié une première baroquerie, qui consistait à organiser le premier tour des municipales au début de la pandémie. Puis une deuxième baroquerie, en déconnectant le second tour du premier. L’affaiblissement de la participation n’était donc pas ontologique, mais lié au processus de déroulement de l’élection. 

 

Pour répondre à l’abstention, des responsables politiques veulent recourir au vote électronique, ou encore au vote par correspondance. Ces solutions sont-elles viables ? 

Ce ne sont pas des réponses. On ne trouve pas des solutions techniques à une question politique, cela est d’une naïveté confondante. La dépression française vient d’une déconnexion entre l’État et la Nation, et ce lien devra être repensé à partir d’une vision stratégique. La plupart de nos dirigeants ne comprennent rien à la dialectique de notre modèle. La réforme territoriale s’est traduite par l’importation d’un modèle qui ne nous correspondait pas. Si l’Europe se déchire, c’est que les dirigeants ont pris des décisions qui ne correspondaient pas au génie européen. 

 

Peut-on en tirer des enseignements pour l’élection présidentielle de 2022 ?

Je pense que les Français vont se ruer aux urnes à la présidentielle, car ce scrutin soulève la question de la maîtrise du destin commun et de la souveraineté. Il réactive l’imaginaire français, nonobstant la qualité des candidats qui se présenteront. 

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