Xavier Bertrand, nouvelle cible prioritaire pour l'exécutif ?

Xavier Bertrand, nouvelle cible prioritaire pour l'exécutif ?

STRATÉGIE - La possible irruption d'Eric Dupond-Moretti dans la campagne des régionales dans les Hauts-de-France est perçue comme une tentative de déstabilisation de Xavier Bertrand, qui joue sa réélection et son avenir politique face au RN. Le président sortant de la région se met lui-même en scène comme le principal opposant d'Emmanuel Macron.

Il veut incarner la proximité et la sincérité face à un Emmanuel Macron "froid" et "calculateur". Depuis qu'il s'est porté candidat pour l'élection présidentielle, Xavier Bertrand n'a cessé d'attaquer de front l'actuel chef de l'État, rêvant d'incarner son meilleur opposant et de briser le scénario d'un nouveau duel Macron-Le Pen en 2022.

Alors que la bataille des régionales et des départementales, dernier rendez-vous démocratique avant l'échéance présidentielle, fait rage, le patron des Hauts-de-France, candidat à sa réélection dans ce fief durement conquis en 2015, hostile à toute alliance avec LaREM, semble avoir réussi à faire ressentir une menace sur le pouvoir actuel. Mais à quel prix ? L'hypothèse, avancée depuis mercredi, d'une candidature d'Eric Dupond-Moretti, poids lourd du gouvernement, dans les Hauts-de-France, pourrait avoir pour résultat de fragiliser les chances de Xavier Bertrand. Ce dernier est en effet talonné dans les sondages par le Rassemblement national, qui rêve lui aussi de faire de la région son tremplin pour 2022. 

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Si Xavier Bertrand assurait cette semaine pouvoir remporter la bataille face au candidat RN Sébastien Chenu, il joue très gros. Début avril, il expliquait sur France Info qu'une défaite aux régionales signerait la fin de sa vie politique. Et donc, de ses ambitions présidentielles. Une promesse qui n'a sans doute pas échappé aux soutiens d'Emmanuel Macron. 

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"Opération anti-Bertrand"

La possible candidature surprise du médiatique Eric Dupond-Moretti a été immédiatement perçue comme un acte de guerre. L'actuelle tête de liste LaREM, le secrétaire d'Etat Laurent Pietraszewski, est créditée de 12% des intentions de vote au premier tour, un score faible, mais qui lui permettrait déjà de faire peser une menace sérieuse s'il se maintenait au second tour. L'arrivée du garde des Sceaux pourrait accentuer considérablement ce risque. 

Un risque dont Xavier Bertrand a pleinement conscience. Dans une interview au Figaro, il fustige une volonté d'Emmanuel Macron de "briser la droite" pour "n'avoir en face de lui que Marine Le Pen", et ainsi l'emporter en 2022. Le chef de l'État "met en place les conditions objectives de la victoire de l'extrême droite", a-t-il prévenu. Un message qui vaut autant pour les prochaines régionales que pour la présidentielle. 

Pour le député LR de l'Oise Eric Woerth, invité jeudi matin de LCI, il s'agit bien d'une "opération anti-Bertrand". "Celui qui fait barrage au RN, c'est Xavier Bertrand", a expliqué l'ancien ministre. "Il n'a pas besoin de quelqu'un de plus pour empêcher le RN de prendre les Hauts-de-France." "Dupond-Moretti aura certes un discours anti-RN sincère, mais il sera vraiment là pour emmerder Xavier Bertrand !", a également observé un élu de gauche auprès du service politique de LCI. 

"Le seul qui peut redouter cette présence, c'est Xavier Bertrand"

Une analyse d'ailleurs partagée par Marine Le Pen. Lors d'une conférence de presse de lancement de la campagne à la Trinité-sur-Mer, jeudi, la présidente du RN, elle-même candidate aux départementales dans le Nord, s'est "réjouie de la présence d'Eric Dupond-Moretti" dans les Hauts-de-France. "Le seul qui peut redouter cette présence, c'est Xavier Bertrand", a-t-elle assuré. "Les prises de position de M. Dupond-Moretti sont si choquantes qu'elles sont un élément fantastique de mobilisation pour les électeurs du RN", a-t-elle ironisé, expliquant que le garde des Sceaux est "le porte-parole d'Emmanuel Macron en matière de sécurité"

Si le camp macroniste n'avait pas toujours officialisé une candidature Dupond-Moretti ce jeudi, certaines voix ont contesté l'argumentaire de Xavier Bertrand. "Nous voudrions éviter un face-à-face avec Marine Le Pen. Mais ce n'est pas notre faute si les chefs de LR et du PS n'ont pas travaillé, pendant quatre ans, à un projet alternatif pour convaincre les Français", a grincé un membre du gouvernement auprès de l'AFP. Pour autant, l'idée de prendre le président de région pour cible semble assumée par certains. "Dupond-Moretti, ça embêterait Xavier Bertrand, ce qui est en soi une qualité", ironise un membre du gouvernement auprès de LCI. 

François Bayrou, l'allié Modem d'Emmanuel Macron, a rappelé son côté à président sortant des Hauts-de-France dans quelles conditions ce dernier a été élu en 2015. "Quand Xavier Bertrand parle de traîtrise et de déshonneur, il oublie qu'il y a six ans, tous les partis du champ républicain se sont désistés en sa faveur pour éviter Marine Le Pen", a-t-il expliqué. 

Il n'empêche. Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre qu'une candidature Dupond-Moretti sur les terres d'un présidentiable de premier plan est bien, a minima, une forme d'avertissement pour la droite à moins d'un an du scrutin national. Car si le candidat LaREM parvient à se maintenir au second tour en juin prochain dans cette région, il sera bien difficile à Xavier Bertrand d'écarter tout accord s'il tient vraiment à conserver son fief. Et donc, à renier sa propre parole. 

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