Nouveaux soupçons de conflits d'intérêt contre Alexis Kohler, l'Elysée dément

Politique
ACCUSATIONS - Le numéro 2 de l'Élysée a approuvé entre 2010 et 2012 plusieurs contrats entre le port du Havre, où il siégeait comme administrateur, et le groupe de croisières MSC, fondé et dirigé par les cousins de sa mère, révèle Mediapart. Des accusations auxquelles l'Elysée a répondu, dans le JDD.

Le numéro 2 de l'Élysée a-t-il été impliqué dans un double conflit d'intérêt ? C'est ce qu'affirme Mediapart, lundi 6 août, en révélant qu'Alexis Kohler, l'actuel secrétaire général de l'Élysée, a approuvé entre 2010 et 2011 plusieurs contrats entre le port du Havre, dont il faisait partie du conseil de surveillance, et l'armateur italo-suisse MSC, créé et dirigé par des cousins de sa mère. Alors que le bras droit de Macron devait représenter l'agence des participations de l'État (APE) au sein du port du Havre, ses relations familiales avec MSC constitueraient un conflit d'intérêt. D'autant plus que selon Mediapart, il "n'a jamais informé les autres membres du conseil des ses liens familiaux avec l'armateur italo-suisse".


Mercredi 8 août, Anticor a déposé une plainte complémentaire contre le secrétaire général de l'Elysée pour "prise illégale d'intérêt". 

Une enquête déjà ouverte après de précédentes révélations

Le site d'investigation avait déjà révélé les mois précédents un premier conflit d'intérêt lié aux relations entre Alexis Kohler et MSC, l'un des plus gros transporteurs maritimes du monde. Le bras droit d'Emmanuel Macron avait en effet siégé à partir de 2010 au conseil d'administration des chantiers navals STX France en tant que représentant de l'État, alors que MSC était leur principal client, avant de rejoindre l'armateur après août 2016, en tant que directeur financier.


Ces premières révélations avaient entraîné l'ouverture d'une enquête du parquet national financier (PNF) début juin, afin de "vérifier si les règles relatives à la mise en disponibilité des agents publics ont bien été respectées". Le bras droit du président Emmanuel Macron avait bénéficié du feu vert de la commission de déontologie de la fonction publique pour rejoindre MSC après août 2016, mais celle-ci s'y était opposée en 2014.

L'Élysée et Matignon défendent Alexis Kohler

Alexis Kohler affirme s'être "toujours déporté" quand, au sein de ses précédentes fonctions où il représentait l'État, il était question de MSC. Mais deux procès-verbaux du conseil de surveillance du Grand Port maritime du Havre (GPMH) datés de septembre 2010 et septembre 2011 semblent montrer le contraire. Au cours de ces 2 réunions, Alexis Kohler a pris part aux débats et voté en faveur de contrats entre le port du Havre et une filiale de MSC. Edouard Philippe, alors maire du Havre avant de devenir l'actuel Premier ministre, était aussi présent.

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Edouard Philippe sur Alexis Kohler : "Je m'interdis tout commentaire sur la procédure mais je le connais bien et je ne peux en dire que du bien"

D'anciens membres du conseil de surveillance du GPMH ont indiqué à Mediapart "qu'ils ignoraient tout de la situation familiale d'Alexis Kohler et qu'ils sont tombés des nues quand ils ont découvert très récemment ses liens avec MSC". L'Elysée et le Premier ministre n'ont dans un premier temps pas commenté ces nouvelles révélations, la présidence ayant affirmé fin mai que "M. Kohler ne s'est jamais trouvé ou placé en position décisionnaire ou en situation de faire valoir une opinion personnelle dans les travaux internes et délibérations concernant MSC".


Un argumentaire que le palais a redéployé, dimanche 12 août, dans les colonnes du JDD : "Il a toujours, tout au long de sa carrière, informé sa hiérarchie de ses liens familiaux avec les actionnaires de MSC". Et d'ajouter, contredisant les témoignages reproduits par Mediapart : "Il n'y a jamais eu de dissimulation." Sans surprise au vu de ce positionnement, l'Elysée a balayé l'idée d'une démission d'Alexis Kohler, renvoyant à la règle édictée par Edouard Philippe pour les membres de son gouvernement : pas de mise en examen, pas de démission, "la question ne se pose pas".

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