Débat face à Jean-Luc Mélenchon : "Si Edouard Philippe se fait démolir, c'est pour la bonne cause"

Politique

INTERVIEW - Le Premier ministre Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon débattent sur le plateau de "L'Emission politique", sur France 2. Au regard de la discrétion du chef du gouvernement et de la verve facile du leader de La France insoumise, le débat est-il déjà joué ? LCI a posé la question à un spécialiste de la communication politique.

Avant le débat entre Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon, ce jeudi soir sur le plateau de L'Emission politique (France 2), nous avons demandé à Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences-Po, si le débat lui semblait équilibré. A priori, non, mais l'objectif pourrait bien être ailleurs : faire de Jean-Luc Mélenchon le seul opposant au gouvernement et enterrer définitivement le clivage droite/gauche.

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LCI : Pensez-vous que le débat de ce soir entre Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon sera équilibré ?

Philippe Moreau-Chevrolet : Non, le débat s’annonce très déséquilibré. Jean-Luc Mélenchon est au sommet de son influence politique, il est aujourd’hui la seule force d’opposition audible. Mais Edouard Philippe n’est pas un bon communicant et il a du mal avec les interviews télévisées. De plus, le Premier ministre est écrasé par le président, redevenu un hyperprésident époque Sarkozy. Il sera difficile pour lui de ne pas se faire dominer par la bête télévisuelle qu’est Jean-Luc Mélenchon.

LCI : Donc Edouard Philippe participe à ce débat en sachant qu’il a de forts risques de se faire dominer ?

Philippe Moreau-Chevrolet : Oui, le match de ce soir est à haut risque. Mais il va permettre au gouvernement de mettre l’accent sur le clivage mondialisation/anti mondialisation et non droite/gauche et d’ancrer Jean-Luc Mélenchon comme la principale force d’opposition au gouvernement. En gros, si Edouard Philippe se fait démolir ce n’est pas grave, c’est pour la bonne cause. Car En marche et Emmanuel Macron cherchent à avoir les membres de La France insoumise comme seuls opposants. Si le président y parvient tout au long de son quinquennat, c’est gagné pour lui. L’envie de l’exécutif est également de faire une réédition du débat d’entre-deux tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Même si Jean-Luc Mélenchon maîtrisera mieux ses sujets, Edouard Philippe va tout tenter pour le faire sortir de ses gonds et apparaître calme, pondéré, modéré. Son but va être de montrer que Jean-Luc Mélenchon est excessif, il va espérer qu’il déraille, qu’il en rajoute dans la caricature.

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LCI : Quels risques encourt le Premier ministre s’il est trop mauvais ce soir ?

Philippe Moreau Chevrolet : S’il est nul et en baisse de popularité après ce débat, la question sera posée dans l’opinion et dans les médias de son maintien. Le soutien qu’il aura de la part de Macron fera qu’il restera ou pas. Le chef de l’Etat sait pertinemment qu’Edouard Philippe est un mauvais communicant, mais son rôle est aussi de prendre les coups à sa place, de le protéger, de jouer le rôle de Premier ministre fusible.

De leur côté, les entourages respectifs ont cherché à dépassionner le débat. "Il s'adaptera au ton de son adversaire", a affirmé à RTL l'entourage du Premier ministre. On se souviendra que Jean-Luc Mélenchon avait, après le discours de politique générale d'Edouard Philippe, voulu "rendre hommage" à son adversaire du soir, dont le discours "méritait plus que 10 minutes de commentaire."

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