Emmanuel Macron a-t-il profité de l'épidémie de coronavirus pour acter en catimini la privatisation de la Poste ?

L'activité courrier n'est aujourd'hui plus un levier de développement pour la Poste.
Politique

À LA LOUPE – Un message relayé massivement sur les réseaux sociaux affirme que la Poste a été privatisée début mars dans l'indifférence générale. Si la part de l'Etat dans son capital a en effet diminué, cette publication déforme largement la réalité.

Malgré la tenue des élections municipales, dimanche, la vie économique et politique du pays va se mettre quasiment à l'arrêt en raison de l'épidémie de coronavirus. Dans ce contexte inédit, des internautes ont dénoncé sur les réseaux sociaux une mesure intervenue "mercredi dernier" et prise "en toute discrétion", si l'on en croit l'image suivante, abondamment relayée.

Emmanuel Macron aurait donc acté la privatisation de la Poste, avec un passage de la part de l'Etat de 73,58% à 34% de son capital. Cette décision, dont les conséquences sont présentées comme très néfastes, aurait été prise alors que "tous les regards sont tournés vers la pandémie". 

Une prise de pouvoir de la Caisse des dépôts

Cette publication fait référence à une annonce réalisée le 4 mars et présentée par la Poste comme la "constitution du grand pôle financier public". Il s'agit d'un rapprochement entre CNP Assurances (entreprise du secteur public) et la Poste, via sa filiale de la Banque postale. Cela se traduit par une évolution de son actionnariat – qui aboutit à une prise de pouvoir de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) –, et à une modification de la gouvernance de la Poste. 

Jusque-là majoritaire dans l'actionnariat de la Poste avec 73,68% des parts, l'Etat n'y pèsera plus que pour 34%. À l'inverse, la CDC passe de 26,32% des parts à 66%. Dans l'opération, la Banque postale devient pour sa part majoritaire dans l'actionnariat de CNP Assurances, et en prend ainsi le contrôle. 

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Présenter cette évolution comme une privatisation pure et simple est clairement abusif. En effet, si l'Etat n'est plus l'actionnaire majoritaire de la Poste, il demeure en revanche présente via la Caisse des dépôts, qui n'est autre qu'une institution publique. La gestion du courrier n'est donc en aucun cas confiée à un opérateur privé, qui aurait tout loisir de bouleverser le fonctionnement de l'entreprise.

Par ailleurs, prétendre que l'Etat a entériné cette évolution en catimini est totalement faux. Si la médiatisation d'une telle opération a bien été réduite en raison d'une actualité très centrée sur le coronavirus, il faut préciser que de telles manœuvres étaient actées depuis de longs mois. Leur annonce en ce début de mois de mars n'a ainsi fait qu'entériner un rapprochement mis sur pied dès août 2018, sous l'impulsion du ministre de l'Economie Bruno Le Maire. En décembre, le projet bénéficiait par ailleurs du feu vert de la Banque centrale européenne et de l'Autorité de la concurrence, sans lequel une opération de cette envergure n'aurait pu voir le jour.

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Un vrai changement de stratégie

Si la Poste n'a donc pas été privatisée en toute discrétion, il est vrai que son fonctionnement évolue, à l'instar de sa gouvernance. L'activité courrier, historique, n'est aujourd'hui plus au centre des perspectives de développement de l'entreprise. Comme le soulignaient Les Echos fin février, "avec CNP Assurances, La Poste pivote toujours plus vers la finance". 

Le PDG de la Poste, Philippe Wahl, a lui-même fait des annonces en ce sens. "Ce projet va permettre à notre entreprise, qui entame son sixième siècle d'existence, de se transformer", a-t-il lancé, mais aussi "de diversifier son modèle stratégique". Comprendre par-là : trouver de nouvelles sources de revenus pour assurer sa pérennité et garantir une rentabilité de son activité à l'échelle du groupe. Assurances automobiles et habitations, crédits à la consommation, gestion d'actifs… Via la Banque postale, la Poste a depuis plusieurs années déjà fait évoluer son activité. 

Côté syndical, le rapprochement avec CNC Assurances est observé avec une grande appréhension. Très attachés au maillage territorial qui fait sa force et à sa proximité avec les Français via la présence quotidienne des postiers sur le terrain, les acteurs de la branche courrier craignent que le virage opéré par l'entreprise s'opère au détriment des activités historiques de la Poste. 

Le Nouveau parti anticapitaliste, dans la lignée des organisations syndicales, dénonçait pour sa part en 2018 le "désengagement de l'Etat" et les "manœuvres capitalistiques sur fond de concurrence exacerbée", qui ouvrent la porte à une privatisation annoncée et à une dégradation des conditions de travail. La Caisse des dépôts, "tout publique qu'elle est, demande des retours sur investissement conséquents", déplorait le NPA, craignant que la population, à l'issue d'un tel rapprochement, n'ai "quoi que ce soit à gagner". 

Si évoquer une privatisation actée à l'abri des regards par Emmanuel Macron est clairement mensonger, il est vrai que la Poste vit avec cette opération une nouvelle étape de son évolution, qui accélère sa diversification, l'éloignant de son cœur d'activité historique : le courrier. 

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