Emmanuel Macron "président des riches" ? Au fait, c'est quoi être "riche" ?

REVENUS - Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, les critiques portant sur sa politique font régulièrement référence aux ménages les plus "riches", qui seraient les principaux bénéficiaires de ses réformes. L'occasion de rappeler comment les statistiques officielles situent le niveau de richesse en France.

C'est l'une des critiques récurrentes de ce début de quinquennat : Emmanuel Macron, "président des riches", conduirait des réformes exclusivement au profit des Français les plus aisés. En parlant des riches, les opposants à la politique du chef de l'Etat désignent souvent la haute finance, ou bien les grands patrons, mais parfois aussi les catégories sociales moyennes à supérieures par opposition aux ménages les plus modestes. Un champ socio-professionnel bien large.


En France, plusieurs indicateurs plus ou moins complets servent à décrire le niveau de vie de ces catégories "aisées". Ils tiennent compte des revenus, du nombre de personnes qui composent le ménage, mais aussi du patrimoine détenu. 

Où commence la richesse ?

L'Observatoire des inégalités, sur la base des statistiques de l'Insee, fait démarrer la "richesse" lorsque le revenu du ménage (salaires, revenus fonciers, etc.) représente le double du revenu médian français - 20.300 euros en 2015 - soit quand les revenus du ménage dépassent 3.400 euros par mois (après impôts et prestations sociales). Plus précisément, selon l'Observatoire, on devient "riche" à partir de 3.045 euros pour une personne seule, 5.940 euros pour un couple sans enfant, 7.092 euros pour un couple avec un enfant et 7.797 euros pour un couple avec deux enfants. 


Mais on peut faire partie des "catégories aisées" (par opposition aux "classes moyennes" ou au "catégories populaires") sans être "riche". C'est le cas lorsqu'on détient un revenu égal ou supérieur à 2.225 euros après impôts et prestations sociales pour une personne seule, 4. 389 euros pour un couple sans enfant et 5.544 euros pour un couple avec deux enfants. Cette tranche des "catégories aisées" regroupe 20% de la population française. 

La richesse patrimoniale

Les critères retenus pour définir la richesse sont toutefois loin d'être satisfaisants. L'Observatoire des inégalités souligne ainsi que la catégorie des ménages "aisés" présente une très grande disparité, englobant dans la même fourchette les cadres supérieurs et les grands patrons. En outre, note l'Observatoire, "les données de l'Insee ne prennent ni en compte le niveau de patrimoine détenu, ni le coût du logement ou des transports, qui réduisent les niveaux de vie et dépendent des territoires où l'on vit". 


Concernant le patrimoine, les enquêtes font apparaître des inégalités supplémentaires selon les milieux socio-professionnels. L'étude de l'Insee sur le patrimoine des Français au début de l'année 2015 montre que si 93.8% des Français détiennent au moins un actif financier (assurance-vie, livret...), immobilier ou professionnel, seuls 12.3% des ménages possèdent les trois à la fois. On note ainsi des différences notables entre un cadre, un professionnel libéral ou un dirigeant d'entreprise (plus de 72% possèdent un patrimoine immobilier) et, par exemple, un employé (39% possèdent un patrimoine immobilier) ou un ouvrier non qualifié (37.7%). De même, si 62.7% des ménages sont propriétaires de leur résidence principale, seuls 18% des ménages sont propriétaires de plusieurs logements.  


Enfin, si la moitié des ménages possèdent plus de 158.000 euros de patrimoine brut, les 10% les plus riches possèdent au moins 595.700 euros de patrimoine, soit la moitié du patrimoine global des Français. Les 1% de ménages les plus aisés détiennent plus de 1.95 million d'euros par ménage. 

Quelle évolution récente pour les plus riches ?

Les statistiques de l'Insee permettent en outre de retracer l'évolution récente des revenus des ménages les plus aisés. Selon l'enquête publiée en septembre 2017 et portant sur les niveaux de vie de 2015, les revenus des 10% de Français les plus riches ont augmenté en 2015, après une "forte diminution" entre 2012 et 2014. La hausse du niveau de vie est de 1.4% pour les ménages du 9e décile, c'est-à-dire ceux dont les revenus annuels sont supérieurs à 37.000 euros. 


L'Insee note que "l'augmentation est de plus en plus marquée à mesure que le niveau de vie s'élève". Autrement dit : plus on est riche, plus on bénéficie de l'embellie de la conjoncture économique.

Comment la richesse est-elle perçue ?

La richesse étant aussi une affaire de perception, des sondages se sont intéressés au regard porté par les Français sur les revenus de leurs compatriotes les plus aisés. En juin 2015, un sondage Odoxa montrait qu'une majorité de Français considéraient comme "riches" les ménages gagnant plus de 5.000 euros par mois et détenant un patrimoine supérieur à 500.000 euros. 


Un autre sondage Ifop remontant à juin 2013 interrogeait plus particulièrement des Français dont le foyer était ou avait été assujetti à l'Impôt sur la fortune (ISF). Une grande majorité de ces sondés, plus aisés que la moyenne, estimaient qu'un foyer ne pouvait être considéré comme riche qu'à partir d'une tranche allant de 7.000 à 9.999 euros nets mensuels. Ce qui montre, s'il fallait encore le prouver, que la perception de la richesse dépend en partie de la situation dans laquelle on se trouve soi-même.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

La présidence Macron

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter